Mairesse de Frampton
Après sa démission, Gina Cloutier ne fera pas marche arrière malgré les appuis
Gina Cloutier
Deux jours après avoir annoncé sa démission, la mairesse de Frampton, Gina Cloutier, indique qu'elle n'entend pas revenir sur sa décision pour le moment. Rencontrée ce jeudi matin au bureau municipal, elle affirme que la vague de messages de soutien reçus depuis mardi la touche, sans effacer ce qui continue de se dire sur les réseaux sociaux.
« Je vois ce qui se dit encore, puis ça ne me donne pas beaucoup le goût de revenir », confie-t-elle.
Interrogée à savoir si elle reviendrait sur sa décision, la mairesse a répondu que non, du moins pas aujourd'hui. « Pas ce matin, en tout cas, non, parce que c'est reparti encore en vrille sur les réseaux sociaux », a-t-elle précisé, disant y lire notamment des commentaires comparant son départ à celui d'un rat qui quitte un navire qui coule. « Je l'ai fait pour moi, pour ma santé. »
Un projet de 1,7 M$ qui a fait déborder la coupe
Selon Gina Cloutier, les critiques sur les réseaux sociaux visent le travail du conseil municipal depuis janvier. Elle dit n'avoir jamais répondu à ces commentaires. La situation se serait toutefois aggravée au cours du dernier mois, autour du projet de rénovation de la salle communautaire, évalué à 1,7 million de dollars. La mairesse soutient que le dossier n'est pourtant pas nouveau.
« Les gens ont comme découvert ce projet-là à la dernière séance du conseil, mais on en parle depuis six mois », fait-elle valoir, rappelant que le conseil avait déjà donné un nouveau nom à la salle et adopté un avis de motion avant d'approuver le règlement d'emprunt lors de ses dernières séances. « C'est comme si on venait tout d'un coup de découvrir qu'il y allait avoir une salle communautaire. » Elle défend l'ampleur de la facture en expliquant que, sur le 1,7 million, environ 300 000 $ seraient retranchés, parce que les taxes et les frais de décontamination des sols, jugés inutiles puisque le terrain n'est pas contaminé, ne s'appliqueraient pas. Le projet tomberait alors à 1,4 million, duquel il faut encore soustraire quelque 950 000 $ de subventions, ce qui laisse à financer environ 440 000 $. À ce montant s'ajoute l'acquisition du salon funéraire Nouvelle Vie, dans lequel sera aménagé le nouvel espace.
« Ça ne fait quand même pas un gros montant », estime l'élue, qui voit dans ce chantier un investissement pour plusieurs décennies.
Des rumeurs, de l'intimidation et des nuits blanches
C'est dans ce contexte que les choses ont dégénéré. « Ça a dégénéré sur les réseaux sociaux. J'ai des citoyens qui m'ont rapporté qu'il y avait des rumeurs, que j'allais me faire casser les deux jambes », ajoutant avoir aussi subi « beaucoup d'intimidation » et reçu des appels de citoyens en colère. Elle précise que son numéro de cellulaire est public depuis cinq ans. « Je veux être proche des gens, je veux être accessible. »
Dans cette situation, Gina Cloutier affirme que son état physique s'est détérioré.
« Ça fait un mois, je dors plus, je dors mal. J'avais des symptômes physiques », confie-t-elle. Constatant que la situation ne se calmait pas, elle a pris la décision de se retirer. À ceux qui lui disent qu'elle donne ainsi raison à ses détracteurs, elle répond « Si eux sont capables de dormir avec ce qu'ils font, tant mieux. Mais moi, je veux bien dormir aussi. »
Elle dit n'avoir jamais imaginé en se lançant en politique vivre pareil climat. Comme conseillère, elle savait que certains critiquaient le conseil sur les réseaux sociaux, mais pas avec une telle virulence
. « Ça restait quand même dans la normalité des choses. On ne peut pas plaire à tout le monde, ça, je le savais. » La mairesse estime que la rémunération n'aurait d'ailleurs rien changé à sa décision. « Ce n'est pas un gros salaire, être mairesse à Frampton, mais même si j'avais été très bien payée, j'aurais quitté quand même. »
Fleurs, appels et pétition
Depuis l'annonce de sa démission, la mairesse a reçu de nombreuses marques de soutien. « J'ai reçu des fleurs, j'ai reçu une centaine de téléphones », citant notamment les appels du maire de Québec, Bruno Marchand, et du député fédéral de Beauce, Jason Groleau, ainsi que ceux de plusieurs maires. « Ça fait chaud au cœur ».
De nombreux citoyens lui ont également demandé de revenir sur sa décision. Une pétition circule d'ailleurs en ce sens. Lancée par Émilie Ferland, copropriétaire du Miller Zoo et récemment devenue propriétaire de l'église, qu'elle souhaite reconvertir en centre de divertissement familial, elle comptait 339 signatures au moment d'écrire ces lignes.
Le texte qui l'accompagne affirme que la mairesse a été « contrainte de démissionner de son poste en raison de menaces proférées contre elle » et estime qu'il est « crucial de montrer à Gina que sa communauté la soutient et souhaite son retour ». Il invite également les autorités locales à garantir un environnement sûr pour les élus et à renforcer les politiques visant à protéger ces derniers contre les agressions verbales et physiques.
Gina Cloutier dit avoir vu passer la pétition. « C'est sûr que ça fait réfléchir, toute cette vague d'amour-là », laisse-t-elle tomber.
« J'ai mis le doigt sur quelque chose de gros »
La mairesse s'étonne de l'écho que sa décision a reçu bien au-delà des limites de la municipalité. « Je voulais tout simplement donner ma démission, finir mon mois puis m'en aller chez nous. Mais ça a créé un tsunami à la grandeur de la province », raconte-t-elle. Elle y voit le signe d'un enjeu plus large. « J'ai dû mettre le doigt sur quelque chose de gros, quelque chose de grave, quelque chose qui est un problème de société. »
Son message est clair : « C'est inacceptable d'avoir tout le temps des gens qui dénigrent tout ce qu'on fait, qui nous harcèlent. »
Gina Cloutier précise que les décisions du conseil se prennent collectivement. « Nos décisions, on les prend ensemble, on se challenge ensemble », rappelant qu'elle est « en façade » mais que les attaques visent l'ensemble de l'équipe. Certains membres du conseil ont tenté de la dissuader de partir. « Même s'ils voudraient que je change d'idée, et que quelques-uns ont refusé ma démission, ils comprennent et respectent mon choix, par contre ».
Quant à l'avenir de la fonction dans les petites municipalités, où le recrutement de candidats est déjà difficile à chaque élection, elle reconnaît qu'elle ne se présenterait pas à nouveau dans le contexte actuel. « Mais il ne faut pas lâcher quand même », nuance-t-elle, souhaitant à son éventuel successeur « la couenne plus solide ». Mais l'élue rejette l'idée voulant qu'elle ait manqué de résistance. « Des insultes du matin au soir, je ne pense pas que personne soit capable d'endurer ça pendant aussi longtemps. »
Pour la suite, Mme Cloutier assure que la municipalité est entre bonnes mains. « On a un super bon conseil. On a des bons employés municipaux ». Elle ajoute que la relève sera prise en charge par la personne occupant la fonction de maire suppléant, le temps de lancer le processus électoral.
La mairesse, qui habite Frampton depuis 25 ans, espère que le développement de la municipalité se poursuive, avec ou sans elle. « C'est une municipalité magnifique. On est chanceux », conclut-elle.
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