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13 mars 2010 - 00:00

Pharmacodépence : Québec devrait revoir l’accessibilité aux médicaments

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L’État québécois dans le rouge devrait scruter à la loupe le fléau grandissant de la pharmacodépendance. Tout en amenuisant les dommages des effets de la médication sur ces gens, le gouvernement pourrait stopper la hausse vertigineuse de son programme assurance médicaments. « Les gens prennent de plus en plus de médicaments, de narcotiques allant du somnifère à l’antidouleur. L’accessibilité est beaucoup trop facile. Un moment donné, il faudra questionner le système actuel », critique l’intervenante en toxicomanie, Caroline Roy, du Centre Caroline Roy à Saint-Ludger.

Pour Québec, c’est le temps idéal d’agir puisque le programme d'assurance médicaments a coûté l’an dernier près 3,7 milliards $ soit trois fois plus qu'au moment de la création du régime, en 1997. Les contributions des personnes assurées s’élèvent seulement à 1,4 milliard $ en 2008-2009. On dénombre 3,2 millions de prestataires dont le tiers d'entre eux bénéficient de la gratuité des médicaments, comme les assistés sociaux et les personnes âgées de 65 ans et plus qui reçoivent au moins 94 % du supplément de revenu garanti.

Au Centre Caroline Roy, l’intervenante souligne qu’elle accueille des alcooliques, des joueurs compulsifs, mais aussi des toxicomanes en tous genres. Selon ses observations, les personnes atteintes de pharmacodépendances sont de plus en plus présentes dans le système et sont par surcroît très jeunes. « C'est de plus en plus présent. Cela devient un fléau social. Ce sont des toxicomanes quand même sauf que la drogue est payée par le gouvernement. La société te fournit ta dope et c’est légal. Des médecins pushers, il y en a plein », pense Mme Roy.

Selon cette dernière, ces toxicomanes arrivent trop souvent à leurs fins parce que les médecins énormément débordés n’ont tout simplement pas le temps de poser les bonnes questions. Résultat, des prescriptions à la tonne sont données à ces gens et le médecin devient alors pour certains : un pusher. « Pendant ce temps, il y a des dommages. C’est produit à pelleter, c’est impressionnant de savoir combien de prescriptions qui sont données sans trop savoir pour qui et pourquoi. La personne sur l’aide sociale, c’est nous qui payons », rappelle cette dernière.

Sans tomber dans la rationalisation des soins, le Québec devrait mieux contrôler les prescriptions tout comme il se fait en Suisse. Un système de contrôle permettrait d’éviter qu’un patient puisse dégoter plusieurs prescriptions similaires par plusieurs médecins différents. Dans certaines pharmacies au Québec fonctionnant en réseau empêchant tout de même ce phénomène de se produire, mais c’est peu suffisant. « J’ai des jeunes qui sont venus avec quatre prescriptions de médecins différents, dont trois narcotiques. Cela ne fait aucun sens », soutient l’intervenante.

La médication ne doit pas être prise à la légère. « Les médicaments pris à fortes doses mélangés avec de l’alcool ou d’autres drogues sont carrément destructeurs. J’en ai vu que le cerveau est sérieusement atteint. Je ne suis ni médecin et ni pharmacien, mais c’est évident, certains ont des pertes de mémoire, des pertes de concentration, de mobilité, des tics nerveux voire même intolérant à la douleur. C’est très difficile de les arrêter. C’est une des dépendances les plus difficiles à arrêter à cause de l’accessibilité », décrit cette dernière.

Elle dit avoir déjà vu une de ses patientes complètement amorphes à la prise d’un antipsychotique (le Seroquel) pris à trop forte dose alors qu’elle n’en avait pas besoin. « C’était une dose de cheval », se remémore-t-elle.

Une véritable encyclopédie
L’Internet permet à n’importe qui d’en apprendre tout un rayon en termes de pharmacologie. En effet, quelques recherches suffisent pour trouver le nom des médicaments, connaître leurs effets ainsi que pour savoir quels symptômes. « Un jeune (de la rue) qui vient de quitter l’établissement âgé de 19 ans était une encyclopédie médicale, commente cette dernière. Il pouvait te dire le nom de plusieurs médicaments avec leurs effets et quels symptômes et pourquoi les médecins les prescrivaient. Il faut qu’il ait appris quelque part. »

« La pharmacodépendance affecte aussi bien des gens qui n’ont pas besoin de médicaments, mais qui s’en font prescrire pour la vendre », renchérit cette dernière.

Répandu dans les grands centres ces réseaux de vente sur le marché noir s’étend aussi dans les milieux ruraux. « C’est lucratif. À la Maison du père à Montréal, j’avais des gens qui vendaient du Rivotril à 5 $ (la pilule) et se faisaient prescrire deux bouteilles de 60 pour 80 $. Certains étaient sur l’aide sociale et cela les aidait à arrondir leur fin de mois », raconte Mme Roy.

L’exemple du Ritalin

Le Ritalin prescrit abondamment chez les jeunes peuvent être pour certains une vraie bombe à retardement pour l’enfant. « Tu démontres à ton enfant qu’il a besoin d’une béquille pour fonctionner. Lorsqu’il grandit, il se dit qu’il a besoin de quelque chose à l’extérieur de lui pour fonctionner dans la société. Cela peut être de la médication ou une quelconque substance. Cela est appuyé de plusieurs études, le profil de cette personne va tendre à développer des dépendances dont aux médicaments », commente Mme Roy. 

La disponibilité de cette drogue parfois même banalisée par plusieurs peut aussi représenter un risque pour les parents. Le Ritalin a un effet dépresseur pour l’enfant, mais c’est tout le contraire pour l’adulte. « Cela fait l’effet contraire comme la coke. Bien des parents les écrasent et les sniffent, etc. », raconte Mme Roy.

Les gens ne connaissent par leurs médicaments
Par ailleurs, d’autres vont développer des dépendances puisqu’ils n’ont pas suffisamment questionné le médecin sur leur médication même il s’agit de leur santé. Mme Roy raconte l’arrivée d’une personne dépendante d’une autre substance à son centre ayant été victime d’une crise de cœur. Cette dernière possédait quatre pots de pilules dont elle ne savait pas pourquoi elles les prenaient. Une de ses pilules traitait l’agressivité alors que cette dernière ne présentait aucun symptôme du genre.

« C’est un non-sens. Il y a des personnes démunies et qui vont se sentir intimidées devant les médecins, elles n’osent pas questionner. Il s’agit de l’effet de la blouse blanche », commente cette dernière. Il a été reconnu, selon plusieurs études dont celle de Stanley Milgram, que la blouse blanche est une figure de l’autorité.

Les Québécois auraient donc selon elle avantage d’être sensibilisés et de poser plus de questions sur leur médication.

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1 réactionsCommentaire(s)
  • vous dites n'importe quoi ma chere dame faut vraiment etre petit et rendu tres bas pour dire de teles choses

    carine - 2010-04-27 16:18