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Marie-Ève Morin est médecin de famille oeuvrant en dépendances

Accepter ses différences pour pratiquer la médecine autrement

Une publication EnBeauce.com
Accepter ses différences pour pratiquer la médecine autrement
Photo: Maude Ouellet

Quand il faut parler de dépendance et de toxicomanie, Marie-Ève Morin est la référence en la matière. Le passage de la Beauceronne sur le plateau de Tout le monde en parle il y a deux semaines n’est pas passé inaperçu. Voici le portrait d’une femme qui a choisi de laisser sa créativité guider la manière dont elle pratique la médecine.

Marie-Ève Morin a fondé la clinique Caméléon en 2015, la seule dans son genre au Québec. Dans l’enceinte de ces bureaux aux murs colorés, elle traite plus de 700 patients qui ont des problèmes de dépendance, grâce à une approche globale. Si elle se sent plus utile que jamais comme médecin de famille, ses débuts dans le milieu de la santé n’ont pas été de tout de repos. 

Adolescente, Marie-Ève pratiquait la danse, le piano, et une panoplie d’autres passe-temps. Elle a délaissé toutes ces activités pour se consacrer uniquement à ses études en médecine. Dans ce milieu scolaire auquel elle ne s'identifiait pas, elle a sombré dans l’enfer de l’anorexie. Pendant sept ans, la privation et le jeûne faisaient partie de son quotidien. 

« La marginalité en médecine ça n’avait pas sa place. Il fallait tous rentrer dans le même moule. Tout le temps que j’ai été en médecine, jamais on ne m’a offert de l’aide. Jamais on ne m’a dit que je n’avais pas l’air d’aller. »

C’est lorsqu’elle a été admise en résidence de chirurgie orthopédique qu’elle a touché le fond. Sa maigre stature ne lui conférait plus la force et l’endurance nécessaires pour opérer des patients. 

« Je n’étais pas heureuse et je ne me sentais pas moi-même. C’est comme si le fait d’arrêter de manger, c’était refuser de devenir quelqu’un que je n’étais pas. »

La direction a choisi de la mettre à la porte. Avec le recul, cet échec cuisant lui a sauvé la vie. Après quelques mois passés loin de l’école, elle a reçu un appel pour intégrer le programme de résidence en médecine familiale. 

Malgré son désenchantement face au milieu de la santé, elle a tout de même entamé un stage à l’Hôpital Saint-François d’Assise à Limoilou. Ce quartier de Québec était, à l’époque, réputé pour être défavorisé. Elle s’est tout de suite reconnue à travers ses patients plus marginalisés. Marie-Ève se sentait enfin à sa place.

« J’ai recommencé à manger. J’ai commencé à me sentir utile auprès des personnes vulnérables, auprès des toxicomanes et des gens qui avaient eu de la misère dans la vie. C’est avec eux que j’avais du fun. C’est à ce moment-là que j’ai choisi de travailler en dépendance. »

Son trouble alimentaire lui a permis de mieux comprendre ses patients. Elle dresse désormais de nombreux parallèles entre l’anorexie et la toxicomanie. 

« La drogue c’est le jeûne. Si tu réussis à arrêter de manger une semaine, tu deviens très vitre accroc à l’état que ça provoque. »

Une plus grande ouverture 

Aujourd’hui, Marie-Ève reconnaît que le milieu de la médecine a changé et qu'il y a plus d'ouverture envers les personnes différentes. 

« Maintenant, les jeunes médecins peuvent exprimer davantage leur marginalité. Il y a des amateurs de techno, des membres de la communauté LGBT et tous les styles sont mieux acceptés », explique-t-elle. 

Elle souligne également l'apport considérable que le Programme d'aide aux médecins du Québec (PAMQ) a eu dans sa vie. Il s’agit d’une ressource destinée aux étudiants, aux résidents et aux médecins qui éprouvent des difficultés personnelles. 

Lorsqu’elle ne travaille pas, Marie-Ève se consacre à la musique, notamment à la techno. Sous son nom de scène, Lady KAM, elle participe à de nombreux festivals en tant que DJ. Lors de ces évènements, elle en profite parfois pour faire de la prévention en matière de consommation de drogues de synthèse.

Grâce à son vécu, Marie-Ève peut offrir un service novateur à des personnes qui en ont grandement besoin. 

 

NDLR : Dans une version précédente de cet article, il était écrit que Marie-Ève Morin est « médecin spécialisée dans le traitement des dépendance », ce qui a été changé puisqu’elle n’est pas reconnue comme une médecin spécialiste. 

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