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Selon une chercheuse de l'Université Concordia

Des femmes se tournent vers Instagram pour apaiser leur mal-être

durée 15h00
19 février 2023
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Par La Presse Canadienne

On n'a jamais autant parlé de l'importance de prendre soin de sa santé mentale, mais que fait-on quand les ressources sont inaccessibles? Selon une chercheuse de l'Université Concordia, de nombreuses femmes se tournent vers Instagram pour trouver des outils apaisants.

Selon les plus récentes données du tableau de bord du gouvernement, plus de 20 500 personnes sont en attente de services en santé mentale au Québec. Pas étonnant que ces gens, livrés à eux-mêmes, cherchent de l'aide partout où ils peuvent en trouver.

On peut accuser les réseaux sociaux de tous les maux, mais ces plateformes font désormais partie de nos vies. De l'avis de Fanny Gravel-Patry, ce qui compte est de développer une littératie numérique permettant d'évacuer le négatif et de trouver le contenu qui nous convient.

C'est exactement ce qu'ont réussi à faire la vingtaine de femmes interrogées dans le cadre de ses travaux de recherche ayant mené à la publication de l'article «"A series of little high fives": mental health and digital habituation in women's Instagram practices» dans la revue «Feminist media studies».

On y apprend que, faute d'autres moyens, ces femmes trouvent refuge en ligne et forment en quelque sorte des communautés de soutien. Qu'elles soient aux prises avec des troubles d'anxiété, des troubles alimentaires, des traumatismes ou même des problèmes physiques souffrants, elles trouvent du contenu positif, stimulant, offert par d'autres femmes vivant les mêmes difficultés ou par des professionnels proposant de la vulgarisation scientifique.

Ces femmes tendent à développer une forme de routine que la candidate au doctorat en communications décrit sous le concept de «habituation» en anglais. Un terme que l'on pourrait traduire par une accoutumance.

De façon pratique, lorsqu'elles vivent un épisode de détresse ou qu'elles en ressentent le besoin, elles se réfèrent à des pages de contenu apaisant qui les aide à mieux gérer leur mal-être.

«Quand on parle de troubles de santé mentale et de rétablissement, on va beaucoup mettre l'emphase sur des stratégies ou de saines habitudes de vie pour gérer son stress et prendre soin de soi», explique Fanny Gravel-Patry.

Elle estime qu'une utilisation avertie des contenus en ligne, notamment sur Instagram, «peut devenir un facteur de protection».

La chercheuse souhaite aussi mettre de l'avant l'importance de s'intéresser aux pratiques médiatiques des femmes qui ont trop longtemps été négligées.

«Le savoir qu'elles produisent à travers ce contenu-là était perçu comme peu important, note-t-elle. Je voulais mettre de l'avant l'importance du savoir qu'elles produisent et d'écouter ce qu'elles ont à dire.»

Pour Mme Gravel-Patry, les récits de ces femmes sur les réseaux sociaux doivent être pris au sérieux par les autorités. Elles témoignent de véritables besoins de services et de reconnaissance.

Trop souvent, des femmes ne se sentent pas écoutées par les professionnels en soins qui cherchent à nier leur condition ou à minimiser le sérieux de leurs maux. Les réseaux sociaux deviennent donc une voie de secours pour se faire entendre et trouver du support.

Mises en garde

Bien que sa recherche porte sur les bienfaits que des femmes peuvent trouver dans Instagram, la chercheuse tient à rappeler que ce n'est pas la plateforme qui est positive en soi, mais bien l'usage qu'on en fait. 

«Il faut garder en tête que c'est une plateforme qui a beaucoup de pouvoir et que ses algorithmes ont aussi un grand rôle à jouer dans l'accessibilité du contenu», mentionne-t-elle.

«La plateforme ne s'intéresse pas vraiment au bien-être des femmes qui en font l'utilisation», renchérit celle qui est aussi chargée de cours.

Il faut aussi être conscient qu'«il y a des structures de pouvoir et de fonctionnement qui nous échappent et qui sont difficiles à contourner» sur les réseaux sociaux. Ainsi, on est «toujours susceptible de rencontrer du contenu qui peut déranger et secouer».

D'où l'importance de développer une littératie numérique permettant de séparer le bon grain de l'ivraie dans le chaos des réseaux sociaux.

Le contenu en santé de La Presse Canadienne obtient du financement grâce à un partenariat avec l’Association médicale canadienne. La Presse Canadienne est l’unique responsable des choix éditoriaux.

Ugo Giguère, La Presse Canadienne

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