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Conflit Cumberland-Saint-Benjamin

Cumberland Mills : l’histoire oubliée derrière une fracture toujours vivante

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16 avril 2025
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Germain Chartier
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Par Germain Chartier, Journaliste

Alors que le changement d’adresse postale dans le secteur Cumberland continue de susciter la colère et l’incompréhension, un homme tente de remettre les pendules à l’heure. Propriétaire de l’Auberge-Manoir Taylor, James Dean Hunter a partagé une vaste documentation historique qui retrace les origines profondes de ce territoire.

À travers ce retour historique, c’est toute une communauté qui se redécouvre et qui, peut-être, cherche à se réconcilier avec son passé.

Bien avant les querelles municipales modernes, Cumberland Mills était un village à part entière, avec sa propre identité, sa propre église, son école, son moulin, et même son bureau de poste. Au début du XIXe siècle, Edward Harbottle acquiert le fief Cumberland, situé sur la rive est de la Chaudière, et y introduit une technologie révolutionnaire pour l’époque : la première machine à vapeur en Beauce.

Son neveu, Edward Taylor, puis son petit-fils Thomas John Taylor, poursuivront son œuvre, attirant plusieurs familles britanniques, irlandaises et écossaises. En 1919, Thomas Taylor construit le Manoir Taylor pour ses sept enfants. Le bâtiment existe encore aujourd’hui et accueille des événements et des visiteurs de passage.

Une communauté divisée par la religion et les frontières

En 1895, la création de la paroisse catholique de Saint-Benjamin vient bouleverser l’équilibre établi. Sans consultation, les rangs 4 à 7 du fief Cumberland sont intégrés dans la nouvelle paroisse, malgré leur population majoritairement anglicane et leur enracinement dans le village de Cumberland Mills. Les citoyens sont désormais contraints de financer, par leurs taxes, une église catholique avec laquelle ils n’ont ni lien religieux, ni historique, ni culturel.

« La famille Taylor a dû se battre pour préserver leur école anglophone, rattachée à Jersey Mills plutôt qu’à Saint-Benjamin, afin de préserver son caractère laïc et linguistique », a expliqué M. Hunter.

Une situation similaire se reproduira en 1928 avec la création de la municipalité de Saint-Simon-les-Mines, qui viendra à son tour couper le village en deux.

Des cicatrices qui ne se referment pas

Au fil du temps, Cumberland Mills se dévitalise. L’école ferme en 1960, le bureau de poste en 1962, la gare en 1967. Seule subsiste la mémoire de ce village industriel prospère, désormais éclaté entre trois municipalités : Saint-Georges, Saint-Benjamin et Saint-Simon-les-Mines.

Les difficultés perdurent encore aujourd’hui : confusion dans les GPS, livraison de courrier aléatoire, adresses qui ne correspondent ni aux services municipaux ni aux habitudes de vie des résidents.

« Quand nos clients entrent notre adresse, leur GPS les envoie au club de golf de Saint-Georges. Ils finissent par nous appeler, paniqués », a indiqué James Dean Hunter. 

Le changement d’adresse postale : la goutte de trop ?

La récente décision de modifier les codes postaux du secteur Cumberland, officialisée par une résolution municipale à Saint-Benjamin, a ravivé un sentiment d’abandon. Pour plusieurs résidents, il s’agit d’un épisode de plus dans une longue série de décisions imposées de l’extérieur, sans véritable concertation avec ceux qui vivent sur le territoire.

« La situation actuelle est le prolongement de divisions territoriales anciennes, imposées à une communauté qui n’a jamais été consultée », a résumé M. Hunter.

Face à l’accumulation des frustrations, M. Hunter a proposé une idée : et si on restaurait officiellement Cumberland Mills comme secteur unique rattaché à la Ville de Saint-Georges ? Une façon de corriger une fracture ancienne, d’unifier une communauté autour de ses services et de son histoire.

Aussi, la plupart des résidents utilisent déjà Saint-Georges comme adresse postale, à l’exception du Manoir Taylor, qui continue d’utiliser Cumberland Mills Beauce, conformément à l’entente conclue lorsque Eva Taylor a fermé le bureau de poste du Manoir.

Cet éclairage historique, rendu possible grâce au travail minutieux de James Dean Hunter, permet de mieux comprendre pourquoi la situation actuelle suscite tant d’émotions. Au-delà d’un simple changement d’adresse, c’est une question d’identité, de mémoire et de justice territoriale qui se pose pour les résidents du secteur Cumberland.

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