Guerre tarifaire Canade-USA
Droits de douane: «ils sont assez loin d’une entente», affirme Bernard Drainville
Par La Presse Canadienne
Le ministre de l’Économie du Québec, Bernard Drainville, a affirmé que le Canada et les États-Unis ne sont toujours pas parvenus à une entente, peu avant l’entrée en vigueur de nouveaux droits de douane.
«Il n’y a toujours pas d’entente, ils sont même assez loin d’une entente (…) pour le moment, il n’a aucun signe que M. Trump pourrait reporter l’application des tarifs de 50 % mardi prochain», a expliqué M. Drainville, au sortir d’une rencontre avec le ministre responsable du Commerce Canada–États-Unis, Dominic LeBlanc, lui-même à Washington dans le cadre des négociations.
Le ministre Drainville en a fait l’annonce devant des représentants du secteur agroalimentaire, qui craignent des concessions concernant le secteur laitier. Il a souligné que les discussions entre Washington et Ottawa devraient continuer dans les prochains jours pour parvenir à un accord.
Washington a annoncé ces dernières semaines son intention d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur une multitude de produits canadiens à partir du 19 août.
Le maintien de la gestion de l’offre
La première ministre Christine Fréchette a assuré, en mêlée de presse après la rencontre avec les représentants du secteur agroalimentaire, que sa confiance envers la capacité d’Ottawa à négocier avec Washington n’est pour le moment pas compromise.
«Je veux réitérer auprès du gouvernement fédéral de l’importance de préserver ce système de gestion de l’offre, a-t-elle dit. On le sait, on est dans un blitz de négociation à Washington, et c’est essentiel que cet élément-là (…) ne fasse pas partie des éléments qui feront l’objet de concession.»
Le système de gestion de l’offre, qui protège le secteur laitier canadien, a été cité par les États-Unis comme un point de friction majeur dans les négociations.
Le lait, comme les œufs, le poulet et le dindon, est soumis à ce système qui consiste à gérer la production d’un produit agricole de manière à ce qu’elle corresponde aux besoins du marché canadien.
Mme Fréchette a également assuré vouloir faire front commun avec les secteurs impactés, afin que leurs préoccupations se retrouvent sur la table des négociations.
«On va faire front commun pour maintenir ce système de gestion de l’offre intacte et que les producteurs puissent poursuivre leur activité», a ajouté Mme Fréchette, entourée des représentants du secteur agroalimentaire.
Le président des Producteurs de lait du Québec a fait part de son inquiétude à la sortie de la rencontre avec le gouvernement.
«Ce qui est inquiétant dans tout ça, c’est que la stratégie de M. Trump est assez simple: semer la discorde dans le pays, et ce n’est pas ce qu’on fait aujourd’hui en restant solidaire face à ça, a expliqué aux médias Alain Brasseur. On retient qu’il y a beaucoup de choses que les Américains veulent et qui nous inquiètent.»
Lui-même propriétaire d’une exploitation laitière de sixième génération, M. Brasseur a rappelé qu’il est question de la souveraineté alimentaire du Québec.
«Ce qu’on a convenu avec le gouvernement, c’est de se donner la main pour être capable de travailler ensemble, de se servir de nos réseaux et contacts auprès de nos producteurs et des confrères des autres provinces», a-t-il ajouté.
L’ACEUM et la suite
M. Brasseur a déploré que de telles négociations aient lieu au détriment de celle entourant le renouvellement de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).
«On n’est même pas à négocier l’ACEUM, ça va être quoi la suite? a-t-il dit. C’est ça qui nous inquiète.»
La première vice-présidente générale de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Stéphanie Levasseur, a soutenu quant à elle que la rencontre avec Québec a permis d’avoir une «idée plus claire» sur l’état actuel de la situation.
«On ne souhaite pas que le fédéral fasse une autre brèche dans la gestion (de l’offre), surtout qu’on n’est pas en train de renégocier l’ACEUM, a-t-elle dit. (Donald Trump) n’est pas très fiable sur la façon dont quoi que ce soit qui serait signé pourrait être appliqué ou pas.»
Quentin Dufranne, La Presse Canadienne
