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16 octobre 2020 - 18:00 | Mis à jour : 17 octobre 2020 - 08:35

Portrait

La chasse au féminin : Yolande Turcotte

Léa Arnaud

Par Léa Arnaud, Journaliste

Toutes les réactions 3

Yolande Turcotte est infirmière auxiliaire au CHSLD de Saint-Georges depuis 17 ans et pratique la chasse depuis presque aussi longtemps.

Après un changement de carrière à 38 ans alors qu’elle travaillait dans une usine de couture, elle a décidé de suivre son rêve en devenant infirmière. Peu de temps après, elle a rencontré Robert, qui devient alors son conjoint et son partenaire de chasse. 

Comment avez-vous commencé la chasse ?
« C’était il y a environ 15 ans quand j’ai rencontré mon conjoint actuel, Robert. 

J’avais toujours voulu chasser mais mon ancien conjoint ne voulait pas entendre parler des femmes dans ce milieu, il disait qu’elles n'avaient pas de rapport avec la chasse. 

Alors quand j’ai connu Robert, il m’a apporté avec lui. La première année je l’ai simplement accompagné pour observer et à partir de la deuxième année j’ai chassé moi aussi.

Depuis que j’y suis allé, je n’ai jamais arrêté. D’ailleurs, je lui ai dit qu'astheure, il était mal pris parce que je vais toujours y aller, je ne me tannerais pas. » 

Pouvez-vous nous raconter votre première sortie armée ?
« Oui, je me souviens, Robert m’avait tout expliqué. J’étais dans une petite cache comme une petite maison, il avait tout installé et j’avais un champ de mire qu’il avait préparé. Il m’a rappelé comment manier l’arme et quoi faire après avoir tiré. 

Maintenant, ça fait 15 ans et il me le dit encore! 

J’avais tué une petite femelle d’environ un an et demi. Je n’étais pas sûr qu’elle soit morte, je la touchais avec ma carabine pour essayer de savoir.

Mon chum, lui il chassait dans une cache plus haut, je voulais aller le voir pour lui demander mais j'avais peur qu'elle se relève et qu'elle s'en aille. Finalement, il est venu voir et puis oui elle était vraiment morte. 

C’était ma première expérience de chasse et j’ai adoré! J’en étais seulement à ma deuxième journée de chasse. »

Qu’est-ce qui fait que ça vous a plu tout de suite ? 
« Ça faisait longtemps que je voulais y aller et puis je suis vraiment une amatrice de la nature. 

On habite sur une terre à bois et j’y vais tous les jours, je vais tout le temps marcher, j’ai même un petit camp dans lequel j’ai encore dormi cette semaine. 

Dans le fond des bois, c’est là que je suis vraiment bien. Moi je travaille dans un CHSLD et là avec la Covid ce n'est pas évident alors quand je me retrouve en forêt c'est le bonheur absolu, il n’y a rien de mieux que ça. 

J’aime beaucoup la nature, on a un grand jardin, on mange de la viande de bois, nos légumes, on ramasse des champignons sauvages, etc. 

J’ai eu la piqûre tout de suite. Je n’ai jamais été déçue, tous les ans j’ai hâte d’y aller! »

Vous avez abattu un animal tous les ans ? 
« Oui, sauf l’an passé, mais sinon oui. Cette année, je suis chanceuse j’ai un permis pour la femelle donc ce n’est pas énervant, car je ne serais pas obligé d’attendre un mâle. 

L’an passé j’aurais pu tuer une femelle à l’arbalète, mais je suis moins à l’aise avec cette arme. Il faut vraiment être près et précis, sinon tu risques de juste blesser la bête et de ne pas la retrouver.

Et puis c’est quand même gros une arbalète, l’année dernière j’étais toute seule et en voulant la crinquer je me suis fait mal au bras, en forçant trop. D’habitude, c’est mon t’cheum qui me la prépare. »

Vous chassez quels animaux ?
« Je chasse le chevreuil et l’orignal à la carabine. 

Il y a deux ans on a tué un orignal avec mon conjoint et son frère, c’était la première fois pour moi. J’y étais allé plusieurs années, mais je n’en avais jamais vu. C’était la première fois que j’étais dans une équipe où on en a tué un, c’est mon beau-frère qui l’a tiré. Ça faisait une dizaine d’années que j'essayais de chasser un orignal. 

Pendant sept ans on est allé à la chasse à l’orignal à Saint-Adalbert, pendant sept ans j’étais assise dans le même stand, matin et soir, à attendre, et ce pendant une dizaine de jour. Il faisait fraitte mais j’étais là et j’attendais. 

Je ne me tannais pas. J’avais toujours espoir et je suis très patiente. 

À cet endroit, j’ai vu une fois un très bel orignal avec un gros panache, mais j’étais à l’arbalète et il était trop loin, c’était très frustrant. 

J’aimerais aller à l’ours aussi, et essayer d’autres animaux. Quand mon conjoint sera à la retraite, on prendra plus le temps pour ça. »

Vous mangez uniquement de la viande de bois ?
« Non on mange aussi du porc et du boeuf, mais on chasse vraiment pour la venaison. On achète pratiquement plus de boeuf, car on a assez de viande comme on est deux à chasser.

J’aimerais bien avoir un beau trophée par exemple, de beaux bois de chevreuil, mais la viande est beaucoup moins bonne. La viande d’un gros buck de 5 ans ne sera pas aussi bonne que celle d’une femelle d’un an et demi. 

L’important aussi c’est de bien éviscérer. Mon conjoint fait ça à la perfection alors je préfère que ce soit lui. Après, on pend la carcasse au frais dans notre garage et on laisse la viande vieillir pendant 2 semaines avant de l'emmener chez le boucher.

C'est ça qui fait que la viande est meilleure, c’est la laisser vieillir. »

Une dernière question, comment avez-vous vécu le fait que les hommes ne voulaient pas vous laisser une place à la chasse  ?
« C’était de la frustration, de la grosse frustration. Quand j’ai commencé, mon conjoint avait un coéquipier qui disait que les femmes n’avaient pas d’affaires à la chasse. Je lui répondais “Un jour je vais y aller et ce sera moi la coéquipière de Robert!”. Et quand j’y suis allé, ce gars-là s’est tassé et depuis il ne me parle plus… J’avais proposé de faire une équipe à trois, mais il n’a rien voulu savoir.

À cette époque, les hommes étaient vraiment fermés, ils disaient “Les femmes n’ont rien à faire là! Si on faisait encore la chasse fine les femmes elle ne chasserait pas, elles le font parce que maintenant elles sont assises dans une cache” etc. Mais ce n’est pas vrai parce que moi si on faisait la chasse fine et bien j’irais pareil, j’aimerais encore plus ça.

À cette heure, ils sont plus tolérants, car il y a de plus en plus de femmes. 

Nous on chasse en couple, c’est mon meilleur partenaire de chasse et il a été mon meilleur professeur. Lui aussi il adore ça. 

Maintenant il est pogné avec moi, parce que je vais y aller tout le temps, je ne me tannerais pas. »

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3 réactionsCommentaire(s)
  • Félicitation Yolande vas montrer ca a mon père Lucien il vas être fou de joie pour toi.

    Jean-Rock Poulin - 2020-10-16 20:54
  • Quel belle histoire madame! Vous devez etre faite forte pour faire le travail que vous faite!Merci pour tout vos efforts!

    steph belanger - 2020-10-17 14:45
  • Bonjour moi je chasse depuis maintenant 19 ans et j'adore toujours sa c'est mon moment de relaxations mon avre de paix. J'ai chassé l'original mais plus maintenant je continue le chevreuil et l'ours. Mon père chassait mais disait que c'était un sport d'hommes quand mon deuxième conjoint j Ai appris qu'il allait a la chasse J'ai dit moi je veux y aller il ma dit fait ton cour si tu aimes tu continue sinon tu reste au camp et je n'ai jamais arrêté. Ha oui et ma fille a hérité de la passion de sa mère moi.

    Diane - 2020-10-18 12:26