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2 novembre 2021 - 18:00

Entrevue exclusive de Mathieu Bouchard-Racine

« Il n’y a personne qui veut autant que je gagne que moi » — Laurent Dubreuil

Par Salle des nouvelles

Les Jeux olympiques de Tokyo viennent à peine de se terminer, on se concentre déjà sur les Jeux d’hiver de Beijing.

Lorsque l’on se tourne vers nos athlètes locaux, des noms comme Justine Dufour-Lapointe, Kim Boutin ou Mickaël Kingsbury nous viennent rapidement à l’esprit, mais un nom que l’on doit apprendre à connaître en vue des prochains Jeux olympiques est venu nous rencontrer pour accorder une entrevue exclusive au réseau Néomédia dont fait partie EnBeauce.com.

Laurent Dubreuil est un patineur de vitesse professionnel, spécialisé en longue piste. Il a participé aux Jeux de Pyeongchang en 2018, alors qu’il a terminé 25e au 1000m et 18e au 500m. Là-dessus, Dubreuil affirme ne pas avoir satisfait à ses attentes personnelles, dans le cadre de cette compétition importante.

« Aux derniers Jeux, ça n’a pas très bien été, côté sportif. Je n’ai pas eu les résultats que je voulais. J’avais eu une année difficile, avec beaucoup de maladies et de blessures, je n’étais plus en forme une fois aux Jeux. »

Depuis ces premiers Jeux, Dubreuil a parcouru beaucoup de chemin et a rapidement fait sa place dans les sommets au patinage de vitesse. Il a d’ailleurs travaillé fort sur lui-même, pour finalement offrir des résultats concrets. 

« Mais à partir du moment où les Jeux étaient faits, j’ai tourné la page et je me suis concentré sur les années suivantes. La première année, on a travaillé sur certaines choses et on a essayé de trouver une façon de me faire débloquer, parce que je savais que j’avais le talent pour gagner des courses. »

« J’étais souvent pris dans la dixième position, mais dans les années 2019-2020, j’ai fini troisième aux mondiaux, deuxième au Championnat du monde de sprint, puis en 2021, malgré la pandémie, on a eu le Championnat du monde de 2021 et j’ai gagné le 500m en plus de finir troisième au 1000m. Depuis deux ans, j’ai gagné quatre médailles en Championnats du monde et avant dans ma carrière, j’en avais gagné une en 2015. On a compris des choses et on a commencé à s’entraîner de la bonne façon. »

Il n’y a pas de doute, il y a eu un déblocage majeur de sa part, depuis sa sortie des Jeux de 2018. Dans les circonstances, il a des attentes claires en vue des prochains Olympiques se déroulant dans quelques mois à peine.

« Mon but, c’est de gagner. Quand je gagne des coupes du monde et de championnats internationaux et que je multiplie les médailles, il n’y a pas de patineurs de plus qu’à la Coupe du monde aux Jeux. C’est les mêmes gars que j’affronte tout au long de l’année et si je suis capable de les battre aux Championnats du monde, je suis capable de les battre aux Olympiques. »

« Mais je ne peux pas contrôler la performance des autres, seulement les miennes, alors mon but est d’arriver en février fin prêt et d’être capable de faire ma meilleure course. Si je fais ma meilleure performance à vie et je me fais battre par trois patineurs, je peux juste me dire qu’objectivement, j’ai fait une bonne course. À ce moment-là, je peux gagner ou je peux finir septième, mais au final, je vais être content de ce que j’ai accompli par rapport à moi-même. »

Pas de pression médiatique
Avec cette montée en puissance de Laurent Dubreuil, l’attention médiatique à son endroit est également en expansion. Malgré tout, il ne serait pas question de pression dans son cas.

« Je ne sens pas vraiment de pression médiatique. Il n’y a personne qui veut autant que je gagne que moi. Il n’y a personne qui a plus à cœur mes résultats que moi-même. Si j’ai une mauvaise course, il y aura des articles sur le sujet le lendemain, mais on passera rapidement à autre chose. Je ne ressens pas de pression, mais c’est sûr qu’il y a plus d’attention sur moi qu’il y en avait, mais c’est tant mieux. C’est un signe que ça va bien et que ça mérite d’être parlé. »

« Pour moi, le patin, ce n’est pas une question de vie ou de mort. Si ça va bien ou pas, ma vie reste sensiblement la même. Ce n’est pas quelque chose qui va changer ma vie si j’ai une mauvaise course, même aux olympiques. Je ne ressens pas de pression, je fais tout ça parce que j’aime vraiment ce que je fais. »

En termes de compétition, les Pays-Bas sont probablement les meilleurs hôtes, car la population en général se passionne énormément pour le patinage de vitesse.

« J’aime vraiment aller aux Pays-Bas, c’est ma place préférée dans lequel voyager pour le patin. À chaque compétition qu’il y a là-bas, excepté la bulle l’an passé, le stade contient 10 000 à 12 000 places. C’est plein, avec des gens, qui ont payé un billet environ 100$ pour venir voir les gens patiner. C’est spécial, d’aller patiner là-bas, ils sont capables de reconnaître une bonne performance. »

« Ils n’ont pas vraiment d’hiver, mais quand il fait froid, les canaux gèlent. Le pays est en dessous du niveau de la mer et ils ont creusé des tranchées un peu partout pour reculer la mer. Et quand ça gèle, les gens sortent en patin par milliers. On a eu la chance de vivre ça l’an passé. On dirait que les gens ne travaillaient pas, parce qu’à 14h il y avait des milliers de personnes. Quand ça gèle, on sent vraiment la passion que les gens ont. Cette année, on ne va pas aux Pays-Bas avant mars, juste après les Olympiques, mais j’ai déjà hâte. Juste une coupe du monde là-bas, il y a une meilleure ambiance que dans les Olympiques et ailleurs dans le monde. »

Laurent Dubreuil est né d’une famille olympienne, avec des parents, qui ont eux-mêmes participé aux Jeux olympiques. Il a donc toujours baigné dans cette ambiance où vivre d’une carrière sportive était possible.

« J’ai commencé tellement jeune, que je ne peux pas vraiment dire pourquoi j’ai commencé. Mes parents étaient d’anciens patineurs et ont tous les deux fait les olympiques. Ils voulaient que leurs enfants patinent, mais on n’a jamais eu de pression à patiner. Quand ils m’ont inscrit, j’ai immédiatement eu la piqûre. J’ai essayé d’autres sports et il n’y en a aucun, qui me procurait le même plaisir que le patin. Chaque année, nos parents nous demandaient si on voulait nous réinscrire, et la réponse, c'était absolument. Il n’y avait rien d’autre que je voulais faire au monde. »

En ayant nagé dans son sport très tôt, il a toujours été question pour lui de faire du patinage de vitesse, une carrière professionnelle. 

« J’ai toujours été bon, mais après la puberté, c’était beaucoup plus significatif. J’étais devenu le meilleur au Canada de mon âge, à 13, 14, 15 et 16 ans. C’était juste une progression naturelle après. Chaque année, ça allait bien et j’y croyais de plus en plus. Quand je suis arrivé dans l’équipe nationale à 17 ans, c’était clair que j’avais ce que ça prend pour réussir en patin. » 

Développer les athlètes: un chemin difficile
Dubreuil a écrit l’histoire au dernier Championnat du monde, devenant seulement le troisième champion du monde dans l’histoire du Québec. Récemment, on a assisté à l’inauguration du Centre de glaces Intact Assurance à Québec, deuxième centre avec un anneau de glace en longue piste au Canada après celui de Calgary. Sur ce, Dubreuil est persuadé que ces infrastructures seront favorables au développement des futurs athlètes.

« Ça a été tellement difficile. Gaétan Boucher (premier champion du monde québécois), dans son temps, c’était un anneau de glace extérieur. Il n’y avait pas de glace si ça ne descendait pas sous les 0o C. Moi, il y a dix à quinze ans, au moins, c’était une glace extérieure artificielle, donc on était capable d’avoir une glace en novembre. Grâce à Gaétan Boucher et ses médailles d’or, ils ont investi pour de la glace artificielle. »

« Ça a aidé pendant un bout, mais les anneaux couverts sont devenus monnaie courante dans le monde. Aujourd’hui, il n’y a plus de compétition dehors. Nous, on patinait seulement quatre mois par année. C’était difficile de percer, puisque les entraînements à Calgary favorisaient le Canada anglais. En courte piste, il y a beaucoup de Québécois sur l’équipe nationale, avec Charles Hamelin, Kim Boutin, Samuel Girard et Marianne St-Gelais. Il y a plein de médaillés en courte piste, mais en longe piste, on n’avait pas ce que ça prenait. » 

« Maintenant, avec le nouveau Centre de glaces, qui est magnifique, c’est clair qu’on a ce que ça prend, pour développer des athlètes de calibre internationaux, qui vont peut-être devenir champions du monde un jour. Avant, on partait avec deux prises contre le meilleur lanceur de la ligue, tandis que là, on a des conditions égales vis-à-vis le reste du monde. Maintenant, on a le talent et le bassin de patineur pour en former plus que trois dans le prochain cinquante ans. »

En bref, on aura la chance de voir Laurent Dubreuil, natif de Lévis, à l’œuvre aux prochains Jeux olympiques. Si son passage à Pyeongchang avait été plus discret, il sera certainement à surveiller en février prochain en patinage de vitesse, longue piste.

Entrevue et texte: Mathieu Bouchard-Racine

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