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Chronique Pier Dutil, par

18 novembre 2019 - 18:00

Sommes-nous devenus frileux?

 

SOMMES-NOUS DEVENUS FRILEUX?

 

Au Québec, deux personnes qui se rencontrent et qui entament une discussion, même si elles ne se connaissent pas, risquent fort de finir par parler de météo.

 

Ça devient souvent un sujet facile pour établir un contact. Selon la température du jour et l’humeur des gens, on entendra des expressions comme : «Il fait beau hein?» «Quelle belle journée!» «Encore de la pluie.» «Maudite neige.» Est-ce que l’hiver va finir par finir?» Et je pourrais en citer plusieurs autres que vous connaissez et utilisez aussi bien que moi.

 

Ces expressions peuvent même nous révéler l’état d’esprit des personnes qui les utilisent. Les optimistes sauront apprécier une belle journée, alors que les pessimistes préféreront affirmer : «On va payer pour ça plus tard.» Comme si on n’était pas capable d’apprécier le moment qui passe. On oublie que la belle journée que l'on vient de vivre, rien ne pourra nous l’enlever. D’ailleurs, ça ne sert à rien de s’en faire avec la météo, car nous n’y contrôlons absolument rien. On doit vivre avec ce que la Mère Nature nous envoie, jour après jour.

 

Dramatiser la météo

Lorsque j’écoute les prévisions météorologiques à la télé ou à la radio, je suis toujours surpris de constater à quel point on semble vouloir dramatiser les choses.

 

D’abord, la plupart des Miss Météo à la télé nous livrent leurs prévisions de l’extérieur des studios. Beau temps, mauvais temps, on est au vent sur le toit d’un édifice, sur le trottoir d’une rue achalandée, sous un parapluie ou au bord d’un plan d’eau lorsque le soleil est de la partie. L’environnement où se trouve la Miss Météo semble tout aussi important que les prévisions elles-mêmes.

 

Et, pour en ajouter, pas question de se contenter de nous dire combien de degrés il fera demain; ce serait trop simple. Durant l’été, il faut ajouter le facteur «humidex» et, durant l’hiver, on fait référence au facteur éolien. Dans les deux cas, ça ajoute à la chaleur ou au froid. Mettons-en, ce n’est pas de l’onguent!

 

Dernièrement, j’ai même entendu une Miss Météo parler d’un froid sibérien, alors qu’elle nous annonçait une journée à -15 degrés. Pas de doute dans mon esprit, cette Miss Météo n’a jamais mis les pieds en Sibérie.

 

Il arrive également souvent que l’on abuse de l’utilisation du mot tempête. Selon mon dictionnaire, la définition d’une tempête se lit comme suit : «Violente perturbation atmosphérique dépressionnaire, accompagnée de forts vents et de précipitations abondantes.»

 

La semaine dernière, lors d’une précipitation de 15 à 20 centimètres, on parlait d’une tempête. Si on est rendu à prétendre qu’une précipitation de six à huit pouces risque de nous immobiliser, aussi bien entreposer sa voiture au début de décembre et la retrouver le 1er avril.

 

Épiderme fragile

À force d’entendre à répétition des prévisions aussi dramatiques, on en vient à avoir l’épiderme fragile. On n’est pas encore sorti de la maison qu’on a envie de commencer à geler ou à suer, selon la saison.

 

Dans certaines municipalités, on en est même venu à décréter le report de l’Halloween parce qu’on prévoyait de la pluie. Aurait-on oublié qu’il existe des parapluies? Ces pauvres petits, sont-ils faits en chocolat? Je peux vous assurer que, dans mon temps, ça aurait pris une «méchante» tempête pour nous empêcher de procéder à notre cueillette de bonbons.

 

Cette année, l’hiver semble vouloir empiéter sur l’automne.
Malgré les prévisions, un grand nombre d’automobilistes n’avaient pas encore fait installer leurs pneus d’hiver lorsque la première chute de neige nous est tombée dessus. Il s’en trouve même pour dire, comme excuse, que l’on a le droit de garder ses pneus d’été jusqu’au 1er décembre, tel que prescrit par la loi au Québec. Comme si on devait s’habiller selon la date et non pas selon la température. Nous habitons un pays nordique où l’on n’échappe jamais à l’hiver. Pourquoi ne pas s‘y faire?

 

Les récentes précipitations ont fait le bonheur des amateurs de sports d’hiver. Des centres de ski ont déjà ouverts quelques pistes, les amateurs de motoneige ont commencé à frotter leur bolide et les commerçants qui vendent des vêtements d’hiver sont ravis.

 

Aussi bien y trouver son profit, car, que cela nous plaise ou non, on va patauger dans la neige durant encore plusieurs mois, malgré les petits redoux qui se pointeront le nez à l’occasion.

 

Pour répondre à la question de mon titre, oui, je crois que nous sommes devenus frileux.

 

PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine à tous les frileux :

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