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Y a-t-il de la relève pour nos entreprises?

durée 18h00
20 mai 2024
duréeTemps de lecture 4 minutes
Par
Pier Dutil

Selon le Centre de Transfert d’Entreprises du Québec (CTEQ), au cours des dix prochaines années, 34 000 entreprises seront à vendre, leurs dirigeants ayant atteint l’âge de la retraite.

Si l’on veut que ces entreprises continuent d’exister, il faudra trouver des gens intéressés et intéressants pour prendre la relève. Il y a là un défi important pour l’avenir de l’économie du Québec.

La Beauce n’est pas étrangère à ce phénomène puisque notre région compte des centaines, voire plus d’un millier d’entreprises.

Québec Inc.

C’est dans le cadre de la révolution tranquille amorcée dans les années 60 que survient la création d’entreprises par des Québécois. Auparavant, les entreprises appartenaient avant tout aux anglophones ou à des conglomérats étrangers.

D’abord petites et moyennes entreprises (PME), plusieurs connaissent une croissance importante qui feront d’elles des fleurons de notre économie. En Beauce, on peut mentionner les cas de Vachon, Pomerleau et Groupe Canam Manac, à titre d’exemples.

Une majorité de ces entreprises appartient à de familles qui ont investi tout ce qu’elles possédaient. Aujourd’hui, leurs propriétaires approchent de la retraite et, bien souvent, la valeur de l’entreprise est le principal actif de leurs fonds de pension.

Acquéreurs potentiels

Une fois prise la décision de vendre l’entreprise, il faut identifier des acquéreurs potentiels. Ils sont de trois types.

Il y a d’abord la famille immédiate, à savoir les enfants. Mais le sens des affaires n’est pas automatiquement génétique. Il faut d’abord et avant tout que les enfants soient intéressés, qu’ils aient la compétence pour prendre la relève et que, finalement, ils puissent disposer du capital nécessaire au rachat. Et, au sein d’une même famille, ce ne sont pas nécessairement tous les enfants qui sont intéressés.

En deuxième lieu, des cadres et/ou des employés de l’entreprise peuvent être des acquéreurs potentiels. Ils ont l’avantage de connaître l’entreprise et son fonctionnement et ils sont déjà impliqués dans la vie de l’entreprise.

Enfin, si la relève ne se pointe pas du côté de la famille et des employés, il reste une troisième option : vendre à des sources externes. Ces dernières peuvent être une entreprise concurrente, un investisseur intéressé par le secteur d’activité ou encore un fonds d’investissement. Cela peut également impliquer que la propriété de l’entreprise passe à des mains étrangères.

Mais, peu importe vers quels acquéreurs potentiels se tourneront les propriétaires, la relève d’une entreprise est une démarche qui doit faire l’objet d’une planification. À moins d’exception, le transfert d’entreprises ne s’improvise pas du jour au lendemain. Le processus peut prendre de deux à cinq ans, surtout lorsqu’il s’agit d’un transfert à des membres de la famille ou à des employés. Il est même recommandé de se faire accompagner tout au long de ce processus afin d’éviter que les émotions prennent le dessus.

L’École d’Entrepreneurship de Beauce (EEB)

En février dernier, le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie du Québec, Pierre Fitzgibbon, lors d’un passage en Beauce, annonçait que l’EEB avait été sélectionnée pour mettre en place un programme de formation destiné aux cédants et aux repreneurs d’entreprises.

Accompagné d’une contribution financière de 830 000 $, le programme en question vise à former 1 000 cédants et/ou repreneurs sur une période de cinq ans. La formation s’étalera sur 12 à 18 mois et inclura cinq séjours à l’EEB.

Le choix de l’EEB pour la mise en place de ce programme de formation est une belle reconnaissance de l’excellent travail accompli par cette institution de chez nous auprès des entrepreneurs québécois.

La situation en Beauce

Depuis des décennies, la Beauce est reconnue comme le paradis de la PME. On y trouve des centaines d’entreprises oeuvrant dans des secteurs fort variés. Et, facteur important à considérer, la très grande majorité de ces entreprises est la propriété de Beaucerons et de Beauceronnes. 

Quand le propriétaire d’une entreprise vit dans la même municipalité ou la même région que ses employés, cela contribue à maintenir de bonnes relations.

L’un de mes anciens patrons me disait : «Quand ta femme croise les femmes de tes employés à l’épicerie, tu as avantage à être correct avec tes employés.»

Et, advenant une période difficile dans l’entreprise, avant de congédier des employés que tu risques de croiser sur les trottoirs de ta municipalité, tu y penses à deux fois. Ce n’est pas le cas d’une propriétaire étranger pour qui, l’usine établie loin du siège social, est un point sur une carte géographique. 

On en a eu un bel exemple l’année dernière avec l’usine d’Olymel à Vallée-Jonction. Les dirigeants ont fait preuve d’un manque de classe en annonçant la fermeture de l’usine à partir de leur siège social à St-Hyacinthe, après avoir laissé couler la nouvelle la veille. On n’a pas eu la décence de se présenter devant les employés par manque de courage ou tout simplement par crainte des réactions des employés à l’annonce de cette mauvaise nouvelle.

Je ne voudrais pas mettre tous les propriétaires étrangers d’entreprises beauceronnes dans le même panier. Il y a des propriétaires très respectueux. Je me permets de citer le cas des propriétaires des gâteaux Vachon, le groupe mexicain Bimbo qui, après d’importants dommages subis à l’usine de Sainte-Marie suite à l’inondation due au débordement de la Chaudière en 2019, ont opté pour demeurer en Beauce et investir plusieurs millions de dollars pour protéger leur usine d’éventuels dommages.

En Beauce, il semble que la relève s’effectue relativement bien. Je me permets de mentionner quelques cas comme ceux de Canam qui en est à la troisième génération, Manac, Pomerleau, Garaga, Boa-Franc qui en sont à la deuxième génération, Menuiserox qui présente une relève issue à la fois de la famille, des employés et d’investisseurs externes. 

À mesure que nos entreprises atteindront le stade de la reprise, il est à souhaiter que la relève sera présente pour assurer leur pérennité, voire même leur croissance. Ainsi, ce sera l’économie de notre région qui en bénéficiera. 

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Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine aux dirigeants d’entreprises et à leurs éventuels repreneurs :

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