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LE MAGASIN GÉNÉRAL DE GEORGES LEMELIN IL Y A PLUS DE 100 ANS

LE MAGASIN GÉNÉRAL DE GEORGES LEMELIN IL Y A PLUS DE 100 ANS
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LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE SARTIGAN

Cette photo du centre-ville, prise il y a 124 ans par J. A. Gagnon, est remarquable par sa qualité exceptionnelle, probablement la meilleure photo du centre commercial avant 1900. On y voit ce qu'on appelait alors la rue principale, maintenant 1re avenue, avec plusieurs édifices commerciaux de l'époque. À droite, grâce à l'écriteau fixé sur la façade, on aperçoit clairement le magasin général de Georges Lemelin, le plus important commerce de cette rue autrefois. Pour mieux vous situer, son établissement était exactement là où se trouve aujourd'hui la Banque de Montréal. On a la chance de connaitre les noms de quelques-uns des personnages et autres commerces y apparaissant. On a capté cette image la veille de la pire débâcle de notre histoire, survenue le 16 avril 1896. Il est visible que le niveau de l'eau monte dangereusement, plus particulièrement le ruisseau d'Ardoise, entre la bâtisse Lemelin et l'immeuble suivant, celui du forgeron Ludger Poulin. Il y a environ 45 personnes sur cette photo, sans compter le cheval et les deux chiens. Les femmes sont sur les balcons et les hommes sont dans la rue, attroupés et inquiets. On se demande s'il y aura des dégâts importants. Les personnages sont les suivants, de gauche à droite: Fortunat Veilleux, Thomas Morin (à Moïse), inconnu, Jos Lessard (boucher) et Georges Lemelin, en arrière des autres, dont on ne voit que le haut, avec un chapeau noir, dur et rond. Son épouse Carmélite Lemay est debout sur la galerie de leur immeuble. Et en haut à l'extrême droite, c'est le cordonnier Napoléon Drouin et son épouse sur leur balcon. Les noms des autres commerces de gauche à droite: la fromagerie Pelletier (12015, 1re ave), Moïse Poulin libraire et pharmacien (12045) et Joseph Gagné marchand général. Du côté droit de la rue, en commençant par le plus rapproché: Napoléon Drouin cordonnier, annexe et magasin de Georges Lemelin (11980), Ludger Poulin forgeron, Alfred Martinette ferblantier (12040) et l'édifice blanc le plus éloigné au centre: le 2e magasin du marchand Ephrem Poulin (12140). C'était des poteaux de téléphone qu'on voit sur la rue, car l'électricité n'est apparue qu'en 1911. D'ailleurs, on aperçoit une petite affiche noire accrochée à un poteau du côté droit, c'est écrit: Bell Téléphone Co. Le lendemain 16 avril 1896, le pire est arrivé: les glaces se sont déchainées et ont envahi les lieux à une vitesse fulgurante, défonçant les solages, culbutant et détruisant beaucoup de maisons comme des châteaux de cartes. Plusieurs des édifices illustrés sur cette photo furent détruits, déplacés ou fortement endommagés. En fait, cette terrible débâcle a duré plusieurs jours, du 16 au 22 avril. Au début du mois de mai, il y avait encore de dix à quinze pieds de glace sur les routes, ce qui inclut des tonnes de boue et de détritus de toutes sortes. Sur la 2e photo, la maison du cordonnier Drouin s'est affaissée et est rendue dans le milieu du chemin. Sur la 3e, c'est la maison de Ludger Poulin qui s'est retrouvée dans la rue, et on constate que l'annexe de droite de l'édifice Lemelin fut complètement détruit; c'est Georges Lemelin lui-même qu'on voit dans le cadre de la fenêtre. Suite à ce malheur, celui-ci a dû amputer l'étage du rez-de-chaussé et réduire son édifice à deux étages, comme on le voit à la 4e photo, prise quelques années plus tard. Incroyable, quel désastre! Des scènes de désolation inouïes.

Photos 1 et 3 du fonds Claude Loubier. Photos 2 et 4 du fonds Daniel Lessard. Texte et recherches de Pierre Morin.


 Fondée en 1992, la Société Historique Sartigan est un organisme à but non-lucratif,
financé par les dons, dont la mission est la protection, l'interprétation, la valorisation
et la diffusion du patrimoine de Saint-Georges et de ses environs.

 


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