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Pier Dutil

Tout simplement dégueulasse

durée 18h00
8 août 2022
durée

Temps de lecture   :  

4 minutes

Par Pier Dutil

TOUT SIMPLEMENT DÉGUEULASSE

Même si j’ai pris une pause d’une semaine, mon intérêt pour l’actualité ne s’est pas démenti. Deux sujets en particulier m’ont donné la nausée : le comportement dégueulasse des dirigeants de Hockey Canada et de la fonderie Horne à Rouyn-Noranda. Comme exemples d’irresponsabilité, difficile de trouver mieux.

HOCKEY CANADA

Grâce au travail d’enquête de journalistes, nous avons appris que, en 2018, des joueurs de l’équipe de hockey Canada auraient violé une jeune fille à London, en Ontario, suite à une fête. Un autre évènement du genre aurait eu lieu en 2003, alors que l’on aurait filmé un assaut sexuel survenu à Halifax. 

Ces deux évènements, et plusieurs autres survenus entre-temps, n’auront pourtant jamais fait l’objet de poursuites et les intervenants s’en sont tirés sans accusations. Déjà là, il y a lieu de se poser des questions.

Mais, là où la situation devient scandaleuse, c’est lorsque l’on apprend que les dirigeants de Hockey Canada avaient eu la sagesse (?) de créer un fonds spécial de quelque 15 M $ dédié aux règlements à l’amiable de crimes sexuels non couverts par les assureurs de l’organisme.

Des membres de Hockey Canada commettaient des crimes à caractère sexuel ? Pas de problème. On approchait la victime afin de la convaincre de ne pas porter plainte moyennant une importante compensation financière. Cela revient à dire que l’on achetait le silence de la victime.

Et qu’advenait-il des agresseurs? Absolument rien. On passe à un autre appel et on poursuit sa carrière en toute impunité.

Depuis 1989, le fonds en question, que l’on a eu l’audace de baptiser «fonds national d’équité», a servi à verser plus de 12 M $ pour régler à l’amiable une vingtaine de cas d’abus sexuels.

En agissant ainsi, les dirigeants de Hockey Canada et les membres de son conseil d’administration contribuaient à couvrir des crimes sexuels afin que ces derniers ne se retrouvent pas face à la justice. 

Suite à la comparution des dirigeants de Hockey Canada devant un comité de la Chambre de Communes à Ottawa, la ministre des Sports, Pascale St-Onge, a eu des propos durs à l’égard des dirigeants de Hockey Canada, organisme largement financé par des fonds fédéraux. Aussitôt informée, Pascale St-Onge a suspendu le financement gouvernemental à Hockey Canada. Malgré sa bonne volonté, Madame St-Onge n’a pas le pouvoir de mettre sous tutelle Hockey Canada.

Dans une déclaration, elle ajoutait : «Mon message c’est que, comme ministre, je peux mettre des politiques en place, mais si ça ne change pas sur les patinoires ou dans les gymnases, ça ne changera pas.»

Finalement, le seul pouvoir de la ministre des Sports, c’est le financement. En coupant les vivres à Hockey Canada, le Gouvernement peut exercer un pouvoir de pression. Certains commanditaires importants se sont également retirés, affectant ainsi le financement de l’organisme.

Mais, chose certaine, le lien de confiance à l’égard des dirigeants actuels de Hockey Canada est définitivement rompu et la démission de ces derniers, à elle seule, pourrait être l’amorce d’une solution qui devra passer par un changement de culture qui cessera de cautionner des abus sexuels demeurés impunis.

LA FONDERIE HORNE

La fonderie Horne, unique fonderie de cuivre en activité au Canada, est établie à Rouyn-Noranda depuis 1926. Elle est la propriété de la multinationale Glencore.

L’entreprise émet dans l’air des tonnes d’arsenic. Récemment, l’entreprise a fait surface dans l’actualité suite à la publication de données laissant entendre que les émanations d’arsenic dépassaient la norme du Québec de 33 fois et que ces dernières représentaient un risque pour la santé des gens habitant autour de l’usine.

Parmi ces risques, on dénotait une espérance de vie réduite, un nombre de cas de cancer plus élevé que la moyenne et des naissances prématurées de bébés de poids inférieur chez les résidents avoisinants.

Fait surprenant, la fonderie n’est pas dans l’illégalité. En 2017, le Gouvernement du Québec alors dirigé par Philippe Couillard, a autorisé la fonderie Horne à émettre jusqu’à 100 nanogrammes par mètre cube d’arsenic dans l’atmosphère, alors que la norme officielle est de seulement 3 nanogrammes sur l’ensemble du territoire du Québec. Cela revient à donner à la Fonderie Horne un permis de polluer 33 fois plus élevé que la norme.

L’entreprise a fait part récemment d’un programme visant à réduire ses émanations qui passeraient à une quantité pouvant varier de 20 à 64 nanogrammes, soit encore six à vingt fois plus que la norme québécoise.

Évidemment, quand on en est là, on met dans la balance la protection de l’environnement VS la protection des quelque 600 emplois directs de l’entreprise. Pourtant, l’un ne va pas sans l’autre.

Est-ce qu’un Gouvernement peut tolérer de mettre en danger la santé de certains de ses citoyens pour protéger des emplois bien rémunérés? Poser la question, c’est y répondre.

La Fonderie Horne est la propriété d’une multinationale, Glencore, qui réalise un chiffre d’affaires de 278 milliards de dollars (G $) annuellement. Ses profits nets annuels sont de plusieurs milliards de dollars. Les opérations de la Fonderie Horne seraient largement profitables, selon des données financières. 

L’entreprise a donc les moyens d’adopter des mesures lui permettant de se conformer aux normes environnementales susceptibles de protéger la santé de ses voisins. 

Je serais curieux de savoir où habitent les dirigeants locaux de la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda. Est-ce que leurs résidences sont situées dans le quartier avoisinant l’usine ou sont-elles plutôt en retrait de l’espace affecté par les émanations d’arsenic dépassant la norme québécoise? Je parierais un petit 2 $ sur la deuxième option.

En 2022, il n’existe plus de justifications valables pour permettre à une entreprise, peu importe son importance, de polluer au point de mettre en péril la santé de ses voisins. Vouloir maintenir un tel privilège relève de l’irresponsabilité totale des dirigeants de la Fonderie Horne. 

Et, comme pour les dirigeants de Hockey Canada, cela est tout simplement dégueulasse!

Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil


PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine aux dirigeants de Hockey Canada et de la Fonderie Horne :

commentairesCommentaires

1

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  • JL
    josette labbé
    temps Il y a 1 mois
    Décourageant!

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