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13 mai 2007 - 22:09

Un engouement médical pour le taijiquan

Deux parutions antérieures dans cette chronique, « Du taijiquan à la Fondation du cœur Louis-Georges Fortin » et « À Lac-Etchemin, bon pied bon œil grâce au taijiquan », ont fait état de certains bienfaits de la pratique de cet art martial sur la santé. Cet article désire maintenant préciser le contexte dans lequel ce mode d’intervention alternatif a fait son apparition dans le courant de la médecine officielle.

Introduit depuis quelques années déjà au Pavillon de prévention des maladies cardiaques de l’Hôpital Laval et du Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal, c’est cependant par la porte de la gériatrie que le taijiquan a fait son entrée en médecine occidentale.

L’étude FICSIT
Aux États-Unis, un grand projet de recherche subventionné par l’Institut national du vieillissement (NIA) s’est déroulé de 1984 à 1996 pour investiguer divers moyens de prévenir les chutes chez les personnes âgées. C’était l’étude FICSIT pour « Frailty and Injury Cooperative Study for Intervention and Technique »; un projet colossal. Il a regroupé pendant trois ans huit universités triées sur le volet dont celles de Harvard et de Yale.

En 1996, Wolf et ses collaborateurs ont publié un article dans le Journal of American Geriatric Society communiquant certains résultats tirés d’une partie de ce projet réalisée à l’Université Emory (Atlanta, Géorgie). Leur papier fit un tabac. Il mentionnait que la pratique du taijiquan avait réduit la fréquence des chutes de 47.5% chez des gens âgés qui s’y étaient adonnés. L’influence de cet article fut si grande sur la pratique de la gériatrie qu’il reçut de l’Association américaine de gériatrie la mention du meilleur article de son journal pour la décennie ’90. Une retombée directe au Québec fut la création du programme PIED dont nous avons déjà parlé.

Depuis dix ans, suite à cet article, l’attrait pour le taijiquan dans le monde médical ne cesse de croître comme le montre la figure ci-haut. Uniquement entre 1995 et 1999, on fit plus que doubler le nombre de recherches publiées durant les quinze années qui précédèrent et, en trois ans, nous aurons probablement rejoint ce qui en avait pris cinq à se réaliser juste auparavant. Seulement en 2004, quatre revues de littérature tentèrent de faire le point sur les données probantes surtout en gériatrie et en cardiologie. L’une d’entre elles révise systématiquement 17 études contrôlées (certaines étaient aussi randomisées) effectuées entre 1985 et 2003 et présente une synthèse des modalités les plus étudiées et favorablement influencées par le taijiquan. On s’aperçoit que l’amélioration de l’humeur s’y démarque (7 études sur 17), suivie par celle de la condition physique comprenant le conditionnement aérobique.

Un retour dans l’histoire
La science n’a fait que mettre en évidence ce qui était su depuis fort longtemps par les adeptes du combat suprême. Dès son origine, il y a trois ou quatre siècles, le taijiquan fut étroitement associé à la santé. La tradition veut que ses premiers créateurs y aient inclus des mouvements du jeu des cinq animaux, une forme de qigong développée il y a mille huit cents ans par Hua Tuo, un célèbre médecin de l’antiquité chinoise. Ajoutons à cela que certains maîtres contemporains renommés furent ou sont encore médecins et il apparaît moins étonnant de redécouvrir aujourd’hui les bienfaits médicaux de cet art.

La double nature du taijiquan
Pratiquer le taijiquan, c’est exercer physiquement son corps tout en entraînant son esprit. Techniquement, on peut considérer cette discipline comme une forme de qigong appliquée aux arts martiaux. Ses bienfaits pour la santé ayant été constatés dès 1779, le taijiquan est maintenant incorporé dans la médecine traditionnelle chinoise et reconnu pour faciliter la circulation du qi (énergie vitale).

Tant la tradition martiale que les scientifiques lui reconnaissent des aspects méditatifs. Selon une définition opérationnelle contemporaine de la méditation de pleine conscience (vipassana, mindfulness) et un modèle théorique de celle-ci, le taijiquan peut en être perçu comme une forme en mouvement puisque l’attention est délibérément maintenue d’instant en instant sur chaque posture de manière détendue, sans juger.

Lors d’une pratique de groupe, son aspect extérieur peut ressembler à une « danse de ligne chinoise ». Nous assistons à une lente chorégraphie caractérisée par une alternance de postures impliquant tour à tour le support d’une ou des deux jambes couplées avec des mouvements réciproques des bras, des rotations de la colonne vertébrale et une coordination de la respiration. Cette forme d’exercice n’excède pas 55% de la consommation maximale en oxygène et occasionne une dépense énergétique moyenne de 4 équivalents métaboliques (METs). Le rythme cardiaque durant la pratique du taijiquan augmente typiquement de 56 à 70 % de la fréquence maximale ajustée pour l’âge; ce qui le place dans la catégorie d’un exercice aérobique d’intensité modérée.

Le taijiquan aide à faire comprendre la valeur de la modération; ce qui en a toujours fait un exercice des plus sécuritaires.

Claude Fournier, MD.
Courriel : foucla01@yahoo.com

Claude Fournier est clinicien au Centre de santé et de services sociaux de Beauce où il enseigne le qigong et le taijiquan. Un partenariat avec la Fondation du cœur Louis-Georges Fortin et Accueil-Sérénité lui permet de transmettre ces enseignements à des personnes respectivement atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires et de cancer.

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