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Pier Dutil

On se fait fourrer

durée 18h00
13 mars 2023
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Par Pier Dutil

ON SE FAIT FOURRER

Âmes sensibles, même si l’utilisation du mot «fourrer» dans mon titre vous indispose, je ne ressens pas le besoin de m’excuser.

Je sais très bien que j’aurais pu utiliser les expressions «se faire avoir» ou encore «se faire flouer», mais ces dernières ne suffisent pas à exprimer pleinement le vif sentiment de colère que je ressens chaque fois que je passe à la caisse des épiceries et/ou des stations-services que je n’ai pas le choix de fréquenter si je veux continuer à manger et à rouler.

L'ÉPICERIE EN FOLIE

En janvier dernier, les consommateurs canadiens devaient payer 11,4 % de plus qu’en janvier 2022 pour s’alimenter. Pourtant, le taux global d’inflation était beaucoup moins élevé. Et, évidemment, les salaires n’avaient pas suivi la même courbe ascendante.

Mercredi dernier, les grands patrons des trois principales chaînes d’alimentation canadiennes, Loblaw (Provigo et Maxi), Empire (IGA et Sobeys) et Metro (Metro et Super C), comparaissaient devant le Comité parlementaire permanent de l’agriculture à Ottawa et se défendaient d’être responsables des hausses du coût du panier d’épicerie.

Ils affirmaient haut et fort que les augmentations étaient dues à la chaîne d’approvisionnement, aux coûts de l’énergie, à la hausse de prix des matières premières, à la guerre en Ukraine et aux changements climatiques. Un chausson avec ça?

À les entendre, j’avais envie de m’apitoyer sur leur pauvre sort en me disant que, finalement, comme moi, ils étaient eux aussi victimes de la situation. Sortons les kleenex.

DES PROFITS EN HAUSSE

Mais je me suis vite ravisé lorsque j’ai consulté les états financiers de leur dernière année. Les trois mêmes entreprises ont réalisé des profits fortement en hausse. Leurs marges d’exploitation ont varié en moyenne de 4,3 % à 6,2 %, soit le double des marges des chaînes d’alimentation américaines.

Les trois grands ténors de l’alimentation canadienne ont beau avancer toutes les raisons du monde pour nous convaincre qu’ils ne sont pas responsables des fortes augmentations du panier d’épicerie et blâmer tous les autres intervenants dans la chaîne d’approvisionnement, un fait demeure : le consommateur paie sa bouffe de plus en plus cher. Je me fous éperdument de savoir à qui la faute; je veux tout simplement que l’on cesse de m’exploiter. 

La semaine dernière, on en a ajouté une couche lorsque j’ai appris que, lors de la prochaine saison des fraises et des framboises, au lieu de disposer de contenants d’un litre dans les épiceries, on aura droit à des paniers de 750 ml, soit une diminution de rien de moins que 25 %. Parions que le prix de vente ne sera pas ajusté en conséquence. On risque fort de payer le même prix que l’année dernière, voire même plus cher, tout en obtenant 25 % moins de fruits.

Et pourquoi un tel changement? Tout simplement pour nous rendre service et éviter le gaspillage, car, en achetant un panier d’un litre, on risquait de perdre quelques précieux fruits. Remercions donc les patrons des marchés d’alimentation qui démontrent une fois de plus à quel point ils prennent notre bien en considération.

Malheureusement, je constate que chacun des intervenants multiplie les efforts pour se remplir les poches tout en tentant de repousser la responsabilité sur les autres.

LE PRIX DE L'ESSENCE

Pendant ce temps, les pétrolières, qui réalisent des profits mirobolants encore jamais vus, se sont tapés une autre augmentation du prix à la pompe récemment. À St-Georges, en moins de dix minutes, toutes les stations-services ont haussé le prix du litre ordinaire de 1,51 $ à 1,64 $, une augmentation de 0,13 $ le litre ou, si vous préférez, de 8,6 %.

Pourtant, au même moment, le prix du baril de pétrole à la source avait diminué. Mais les grands bonzes à la tête des pétrolières se tuent à nous convaincre que le prix du baril n’influence plus autant qu’auparavant le prix à la pompe. Il y a aussi le prix du raffinage, du transport et ainsi de suite. En somme, il y a toujours une raison pour justifier les augmentations à la pompe.

Et ces augmentations, vous l’avez probablement constaté comme moi, elles arrivent par tranches de 0,10 à 0,15 $ à la fois, alors que les baisses, lorsqu’elles se pointent, arrivent par tranches de 0,01 à 0,02 $ à la fois. Quand on monte l’escalier, on grimpe deux ou trois marches à chaque enjambée, mais quand vient le temps de descendre, on y va marche par marche.

VIVE LES PROFITS

Je tiens à préciser que je comprends très bien comment fonctionne l’économie. Je suis également conscient qu’une entreprise doit réaliser des profits pour assurer sa survie, payer ses employés et ses fournisseurs. Je n’ai pas l’âme d’un socialiste.

Je sais également que les hauts dirigeants d’entreprises touchent des salaires plusieurs centaines de fois plus élevés que ceux de leurs employés. Et, à ces salaires s’ajoutent généralement des primes rattachées aux performances financière, lire ici les profits. Donc, plus la compagnie engrange les profits, plus les dirigeants encaissent les bonis. Pourtant, les employés, qui ont aussi contribué aux performances de l’entreprise, ne bénéficient pas des mêmes avantages. Allez savoir pourquoi!

 Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil


PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine à tous les consommateurs que nous sommes :

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