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Pier Dutil

La fin de vie de Mélanie

La fin de vie de Mélanie
Photo: Pier Dutil

Avant d’entrer dans le vif de mon sujet, je tiens à préciser que je ne connaissais pas Mélanie Lachance, que je n’avais aucun lien parental, amical ou autre avec elle.

Mais, quand je dis que je ne la connaissais pas, ce n’est pas tout à fait exact car, comme plusieurs d’entre vous, au cours des derniers mois, j’ai pu suivre son cheminement qui l’a amenée jusqu’à son décès le 13 janvier dernier, décès survenu via l’aide médicale à mourir. Je l’ai donc un peu connue.

Rappelons les faits

En 2009, la Beauceronne d’adoption Mélanie Lachance apprend qu’elle souffre d’un cancer des ovaires. Elle n’a alors que 28 ans et est mère de deux filles âgées respectivement de 4 et 6 ans.

Heureusement, grâce à la médecine et à la pharmacologie, Mélanie récupère et on la dit en rémission. Mais, le cancer n’avait pas quitté son corps définitivement et, 14 ans plus tard, en 2023, cette maudite bibitte se manifeste à nouveau.

Cette fois, le verdict frappe en pleine face : le cancer de Mélanie est incurable. Malgré son fort optimisme, son envie de vivre, la médecine et la pharmacologie ne suffiront qu’à adoucir ses souffrances, mais pas complètement.

La pédale au fond

La réaction de Mélanie n’a pas tardé : le temps qu’il lui reste, elle va le vivre à fond de train. Ses filles ont maintenant 18 et 20 ans, ce sont des adultes. Son nouvel amoureux embarque avec elle dans sa démarche visant à faire de ses derniers moments des instants dont celles et ceux qui lui survivront se souviendront à jamais.

Et, quand viendra le temps, pas question d’agoniser sous l’effet de sédatifs ou d’autres moyens, elle se prévaudra du programme d’aide médicale à mourir.

Mélanie aurait pu s’asseoir sur son malheur, s’apitoyer sur son sort, pleurer à chaudes larmes et crier que la vie est injuste, demander pourquoi moi, etc.

Eh bien non, elle a plutôt choisi de vivre ses derniers instants la pédale au fond. Elle fait des voyages : Hawaï, Paris, l’Ouest canadien. Elle assiste à des spectacles divers : Festival d’Été de Québec, Osheaga à Montréal et, deux jours avant le grand départ, accompagnée de gens qu’elle aime et qui l’aiment, elle assiste au spectacle d’Alexandra Stréliski au Grand Théâtre de Québec. Jusqu’au bout, Mélanie a la «broue» dans le toupet.

Ne nous trompons pas, si ces derniers mois ressemblent à une vie de «jet set», cela ne se passe pas sans douleur. Le cancer continue de faire son œuvre. Les souffrances sont presque toujours présentes et la morphine, le Dilaudid et autres médicaments ne parviennent plus à la soulager.

C’est fini

Au Journal de Québec, quelques jours avant son décès, elle déclare : «Mon corps me fait assez bien comprendre qu’il faut que ça arrête à un moment donné.»

Au jour dit et à l’heure prévue, entourée de ses proches, Mélanie reçoit l’aide médicale à mourir, tel qu’elle le désirait. Elle quitte ce monde dignement.

Le choix qu’elle a fait de partager ses derniers instants publiquement, dans les médias, n’avait pas pour but de faire de sa mort un spectacle. Non, elle voulait plutôt nous montrer que, malgré un triste sort, on peut profiter de la vie jusqu’au bout.

Dans la vie, Mélanie était photographe. En photographiant ses clientes et clients, Mélanie contribuait à leur permettre de conserver des images qui meubleront leurs souvenirs plus tard.

Ce qu’elle ne savait probablement pas, c’est qu’en choisissant de partir comme elle l’a voulu, elle nous laisse d’elle la photo d’un visage dont le sourire est entraînant, une photo qui s’est imprimée dans une petite case de notre mémoire, cela même si nous n’étions pas un proche. 

Et, comme si tout cela n’était pas suffisant, avant de partir, Mélanie a offert ses organes pour d’éventuelles greffes. Sa cornée a été donnée à Héma-Québec, ce qui permettra à quelqu’un de recouvrer la vue.

La personne qui recevra cet organe ne saura probablement jamais de qui il provient. Mais cette personne, du moins je l’espère, pourra, grâce à cette cornée, voir la vie aussi positivement que Mélanie l’a vue jusqu’à la toute fin.

Mélanie Lachance, celles et ceux qui ont croisé ta vie sont privilégiés. J’aurais aimé être de ceux-là. Tu nous as donné une grande et belle leçon de vie. Merci d’avoir partagé tout cela avec nous. Tu nous as fait un beau cadeau.

Repose en paix, tu l’as pleinement mérité.

Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine à la mémoire de Mélanie Lachance. Elle aurait même pu en être l’auteure :

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