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Mois de sensibilisation à l'autisme

Thomas n’aimerait pas être neurotypique

durée 18h00
6 avril 2023
Léa Arnaud
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par Léa Arnaud, Journaliste de l’Initiative de journalisme local

Pour souligner le Mois de sensibilisation à l'autisme, EnBeauce.com a rencontré Thomas Bolduc, un jeune homme de 18 ans qui vit avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA). 

« Pour moi le TSA, c’est une façon différente de penser par rapport aux gens neurotypiques. En comparaison, les gens neurotypiques pensent comme un ensemble de choses, tandis que les personnes autistes ont plus tendance à penser par diapositive », a-t-il expliqué. Pour mieux comprendre, Thomas a décrit sa façon de penser par un exemple. « Mes parents m’expliquaient qu’on pouvait faire une mise à jour sur l’ordinateur, alors je me demandais s’il existait des mises à soir. »

Il existe différents niveaux d’autismes, Thomas se considère de niveau un, donc léger. À cela, il a trois troubles associés, soit la dyspraxie motrice, un trouble d'anxiété généralisé, ainsi qu’un trouble de modulation sensorielle.

Grandir avec ces troubles n’a pas toujours été facile, mais Thomas n’en changerait pas. « Je ne cacherais pas que je suis passé à travers des phases difficiles, que ce soit au niveau scolaire ou dans des camps de jours par exemple. Quand je vivais des situations difficiles, je me faisais aider par mes parents, par les ressources en Beauce. Finalement, j’ai eu une belle enfance et une belle adolescence. J’ai pu grandir avec ça sans trop de soucis. »

Il utilise beaucoup l’écriture pour mettre des mots sur ce qu’il ressent. « C'est sûr que l’écriture j’adore ça, le français c'est une force pour moi. Le soir je peux être chez nous à écrire toute la soirée. Ça me met comme dans une bulle dans laquelle je me sens bien et joyeux. Ça me fait oublier mes soucis. »

Des défis au quotidien 

Au niveau scolaire, le plus grand défi de Thomas c’est les mathématiques. Il trouve ça vraiment difficile alors il travaille là-dessus depuis longtemps. « C’est sûr que je ne serais pas mathématicien, mais c’est pas grave, il n’y a pas juste ça dans la vie », dit-il en riant. Il est vrai que souvent, quand on pense aux personnes avec un TSA, on pense à des scientifiques, « mais moi j’ai pas le syndrome du savant, loin de là. »

Sinon, il y a différents défis auxquels il doit faire face au quotidien et c’est essentiellement lié à ses sens. « Par exemple, être dans un environnement très bruyant où je ne contrôle pas nécessairement le bruit, ça peut être difficile, je peux me déconnecter. Des fois j’ai même besoin de bouchons ou de coquilles antibruit pour gérer le bruit. » Il y a aussi les odeurs qui sont très amplifiées.

Il ne supporte pas de se faire toucher les mains, les bras et les épaules, c’est une chose qu’il ne tolère pas du tout, surtout s’il n’a pas été averti d'avance. « Je ne suis pas du genre à me mettre en colère, mais je vais penser à ça toute la journée, je vais me sentir très anxieux et je vais dire souvent à la personne que je n’ai pas aimé qu’elle me touche. C’est comme une sorte d’agression pour moi, même si ça n’en est pas du tout une. Alors, du mieux que je peux, j’essaie de le dire à la personne. »

Thomas est aussi une personne très anxieuse, comme la plupart des personnes vivant avec un TSA. 

Ce qui le dérange le plus ce sont les changements et les imprévus. « Si le matin à l’école, mon enseignant est remplacé par un autre enseignant, même si l’on m'avertis du changement, je vis beaucoup d’anxiété. De plus, cela peut m’apporter plus de difficulté à fonctionner pour le reste de la journée et ça me demande beaucoup d’énergie », a-t-il donné en exemple. « Lorsque je vis un changement ou un imprévu, mon cerveau devient figé puisque l’image ne correspond plus pour moi. »

Cependant, ces défis ne l’empêchent pas de s’accomplir. D’ailleurs, il étudie en ce moment au Centre d’éducation des adultes de Beauceville, pour valider des matières académiques de base afin de pouvoir ensuite aller au Centre de formation professionnelle Pozer à Saint-Georges, pour faire un DEP en secrétariat.

Des outils pour s’aider

Pour faire face à ses défis, s’aider et se rassurer, Thomas a plusieurs solutions notamment le visuel. « J’ai tendance à prendre les choses au pied de la lettre, mais une fois que ça m’a été expliqué de façon visuelle, avec des dessins, je vais mieux comprendre. »

En raison de son anxiété, il a une routine très établie qu’il suit soigneusement chaque jour. Notamment la routine de l'école, le lever, le déjeuner, se préparer, etc. « Le fait de voir mes routines en visuel, que ce soit en séquence, en pictogrammes, ça m’aide à comprendre et ça me sécurise, ça calme une partie de mon anxiété. » Il a également de nombreux rituels qui l’apaisent et le sécurisent. 

Enfant unique, ses parents l’ont toujours beaucoup aidé. Il a aussi des ressources comme l’AIS Beauce-Sartigan qu’il affectionne particulièrement. Il bénéficie entre autres du service de répit les samedis et des camps de jour l’été.

« Sinon, il y a aussi les spécialistes du CRDI et du CLSC qui m’ont beaucoup aidé, particulièrement quand j’étais un enfant et plus jeune. Ils m'ont aidé à passer à travers mon autisme si on veut, en travaillant les situations difficiles que je vivais, etc. », a confié le jeune adulte.

Thomas est heureux et fier de la personne qu’il est. « J’ai toujours dit dans la vie que je n’aimerais pas être neurotypique, je me trouve bien comme ça. Je vois le monde d’une façon différente. »

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