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Lettre ouverte de l'Institut Jean-Garon

Où s’en va Agropur ?

Où s’en va Agropur ?
Photo: Sylvio Morin

Nous reproduisons l'intégrale d'un communiqué envoyé par l’Institut Jean-Garon au sujet de la coopérative laitière Agropur. L’Institut se définit comme non partisan et indépendant de tout intérêt particulier ou politique et se veut le carrefour de choix où se rencontreront, au-delà des intérêts particuliers, tous les Québécois qui ont à cœur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Où s’en va Agropur ?

Au-delà de ses dimensions strictement financières, la tempête que traverse présentement Agropur, la plus importante coopérative laitière au Canada et un des piliers de l’économie rurale québécoise, soulève d’importantes questions quant à sa gouvernance, au respect de ses valeurs coopératives et à sa propriété même.

L’Institut Jean-Garon estime que toute personne soucieuse de la vitalité du secteur laitier québécois et du mouvement coopératif ne peut rester insensible devant ce qui ressemble de plus en plus à une dérive financière risquant de mener au démantèlement sinon à la privatisation de cette grande institution.

La santé d’Agropur, avec ses  quelque 3 500 membres, ses 5 200 employés et ses 27 usines, est en effet extrêmement importante pour le Québec tout entier. D’ailleurs, si on examine les seuls résultats d’exercice, cette santé est relativement bonne, compte tenu du contexte difficile qu’a connu l’économie québécoise en 2020. 

Là où le bât blesse, estime l’Institut, c’est dans la nature et  l’opacité des opérations financières qui ont mené à la constitution d’une dette d’environ un milliard de dollars sous forme de parts privilégiées remboursables (débentures) pouvant porter un taux d’intérêt de plus de 9% lorsque, comme c’est le cas présentement, la coopérative ne peut pas rencontrer les échéances de remboursement. 

Ce mode de financement, réalisé essentiellement auprès d’institutions financières et non auprès des membres, a déjà mené la direction de la coopérative à reporter le paiement des ristournes aux détenteurs de parts ordinaires, c’est-à-dire les producteurs laitiers, et à le faire sous forme de parts de placement plutôt qu’au comptant. De plus, le remboursement des parts des membres  qui quittent la production est à nouveau reporté. 

En pratique, on est en train d’assister à un détournement de la plus-value des opérations des membres agriculteurs vers des institutions financières qui ne sont nullement engagées dans la production laitière. Combien de temps ce détournement se poursuivra-t-il et, dans un tel contexte, jusqu’à quand pourra-t-on encore parler d’une coopérative?

Selon l’Institut, l’ampleur et la nature de ce financement par parts privilégiées soulèvent en effet la question même de la propriété de la coopérative, propriété qui glisse des membres ordinaires vers ceux qui financent l’institution. « Ne risque-t-on pas d’assister à une démutualisation en douce d’Agropur et au démantèlement d’une entreprise bâtie par des générations de producteurs laitiers québécois ? », se demandent les membres de l’Institut. Déjà, Agropur a dû se départir de la marque de yogourt Ïogo lancée à grands frais il y a quelques années à peine. 

La transparence et le respect des membres
Le fond du problème, on le constate, réside dans le choix fait par la direction il y a quelques années de recourir à des modes de financement non-conventionnels afin de financer une expansion rapide et, entre autres, la construction d’un nouveau siège social luxueux qui en a fait sourciller plus d’un.

Pourquoi ne pas avoir eu recours à des modes de financement plus conventionnels qui n’auraient pas affecté la propriété de l’entreprise comme les emprunts ordinaires, l’admission de nouveaux membres-coopérateurs ou l’appel à un refinancement par les membres ?  Y-a-t-il d’autres conditions non divulguées liées à ce financement comme un droit de regard sur la composition du conseil d’administration et de l’équipe de direction ? 

Malheureusement, ces questions légitimes sont sans réponse puisque, contrairement à une tradition bien établie, la direction a choisi de ne pas s’exposer aux questions de la presse ou d’experts externes en présentant ses résultats financiers à huis-clos

Il n’est pas illégitime pour une coopérative de vouloir profiter des avantages qu’offrent les véhicules financiers non conventionnels mais elle doit le faire en toute transparence, en expliquant aux membres les avantages et désavantages de ces formules complexes, surtout au niveau des risques impliqués et de leur impact sur la propriété de la coopérative.

L’Institut Jean-Garon ne peut que souhaiter qu’Agropur revienne à ses valeurs coopératives que sont la transparence, l’éducation et la participation éclairée des membres aux décisions et que la solidarité, au cœur de ces valeurs, assure le rétablissement de l’entreprise.

Simon Bégin
Institut Jean-Garon

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