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21 juin 2021 - 18:00

Le poulet du gril au gaz

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LE POULET DU GRIL AU GAZ


Le conflit de travail entre Exceldor et ses 550 travailleurs syndiqués donne présentement lieu à l’euthanasie de centaines de milliers de poulets à chaque semaine, une situation choquante face à un tel gaspillage de nourriture.

Au-delà du conflit lui-même, l’industrie de l’abattage et de la transformation alimentaire pèse au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès. 

LES PARTIES EN PRÉSENCE

Du côté patronal, Exceldor est une coopérative dont les origines remontent à 1945 alors que l’on assiste au regroupement de deux groupes de producteurs. Les 225 membres de la Société coopérative avicole régionale de St-Damasse décident d’unir leurs forces à celles des 377 membres de la Coopérative avicole régionale d’Etchemins pour former le Groupe Dorchester/St-Damasse qui prendra le nom d’Exceldor en 1996.

Cette coopérative possède des usines d’abattage et de transformation alimentaire à St-Anselme, St-Damasse, St-Bruno-de-Montarville au Québec, Hanover en Ontario et Blumenort au Manitoba. L’entreprise emploie 3 450 travailleuses et travailleurs. Les quelque 400 producteurs de poulet membres de la Coopérative en sont propriétaires. À l’usine de St-Anselme, on abat près d’un million de poulets par semaine.

Du côté syndical, les travailleurs de l’usine d’Exceldor à St-Anselme sont membres du Syndicat des Travailleurs unis de l’alimentation et du commerce affilié à la FTQ.

LE CONFLIT

Le conflit entre le syndicat et la direction de l’entreprise tient aux conditions de travail dans leur ensemble. Il importe de rappeler que la convention collective est échue depuis le 31 juillet 2020. Insatisfaits de la tournure des négociations, les travailleurs ont déclenché la grève le 23 mai dernier.

Les conditions de travail dans ce genre d’entreprise sont reconnues pour être difficiles : température froide, eau en abondance, rapidité de la chaîne de production, etc. Ces conditions en général font en sorte que le recrutement de personnel est difficile.

Quant aux salaires horaires, on parle d’un peu plus de 20 $. Les travailleurs demandent une hausse à 25 $, alors que la compagnie offre 22,71 $ plus un montant forfaitaire moyen de 1 500 $. À noter que le conflit ne porte pas uniquement sur les salaires.

Après plusieurs séances de négociation, la présence de médiateurs et de conciliateurs, on est toujours loin d’une entente. C’est pourquoi le ministre du Travail du Québec, Jean Boulet, a proposé aux deux parties de soumettre le tout à un arbitre indépendant qui, après avoir entendu les opposants, fixerait les conditions de travail auxquelles les deux parties devraient se soumettre. La partie patronale a accepté cette suggestion, mais la partie syndicale s’y oppose toujours.

DES IMPACTS MAJEURS

Si cette grève est tout à fait légale, elle crée des situations malheureuses pour l’industrie avicole et pour les consommateurs de poulet.

Une source impliquée dans l’industrie avicole m’expliquait récemment qu’il nous faut comprendre que l’on ne peut conserver les poulets dans les fermes d’élevage tant et aussi longtemps que persistera la grève.

En effet, les poulets envoyés à l’abattoir doivent avoir un poids précis pour passer à travers les équipements de la chaîne de production. Ainsi, de la naissance à l’expédition à l’abattoir, il faut de 30 à 35 jours pour que le poulet soit prêt.

Pourquoi une telle exigence? Tout simplement parce que les gros acheteurs de poulet, à savoir les restaurants comme St-Hubert, Scores, Fusée, pour ne nommer que ceux-là, tiennent à obtenir des poulets d’un poids précis à offrir à leur clientèle. Ainsi, des poulets d’une même grosseur pourront prendre place dans les grils de cuisson, exiger un même temps de cuisson et pourront être vendus à un même prix pour un cuisse, une poitrine ou tout autre format d’une journée à l’autre.

Présentement, les clients qui se procurent leurs poulets à l’usine Exceldor de St-Anselme font face à un manque d’approvisionnement. D’autres petits abattoirs ont accru leur production, mais cela ne suffit pas.

C’est ainsi que l’on se retrouve avec des centaines de milliers de poulets que l’on doit euthanasier à chaque semaine, ce qui constitue un gaspillage éhonté de nourriture. On considère qu’un poulet entier peut servir pour quatre repas.

Les marchés d’alimentation, comme les restaurants, commencent à connaître des problèmes d’approvisionnement. Finalement, à l’autre bout de la chaîne ce sont les consommateurs qui feront face à des augmentations de prix. On peut déjà détecter des hausses de prix dans certains marchés d’alimentation.

Quant aux producteurs, ne pleurons pas sur leur sort, car ils sont compensés pour les poulets euthanasiés. D’accord, ils sont malheureux de constater que leurs poulets d’élevages finissent à la décharge plutôt que sur les tables des consommateurs, mais là s’arrête leur souffrance.

Ces producteurs de poulets, j’oserais penser qu’ils sont peut-être en conflit d’intérêts puisqu’ils sont aussi propriétaires de l’usine de St-Anselme en tant que membres de la Coopérative. Si on compense leurs pertes, ils ne sont pas touchés financièrement comme les syndiqués qui subissent une perte de salaire en temps de grève.

Mais, peu importe les intérêts des parties impliquées dans ce conflit, le gaspillage de plus d’un million de poulets depuis le début du conflit est une vraie honte, alors que des gens peinent à se nourrir. Et, finalement, lorsque le conflit sera réglé, il faudra s’attendre à payer notre poulet plus cher, ce qui fait des consommateurs les vraies victimes de ce conflit.

Espérons que les deux parties puissent en venir à une entente raisonnable le plus tôt possible, car personne ne sortira gagnant à l’issue de ce conflit.
 

Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil

PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine aux deux parties impliquées dans le conflit de travail chez Exceldor :

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1 réactionsCommentaire(s)
  • Pauvres poulets!

    Josette Labbé - 2021-06-21 21:53