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Parution d'un nouvel essai

La mémoire de René Lévesque instrumentalisée de toute part

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10 août 2025
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Par La Presse Canadienne

Bien qu’il soit décédé il y a près de 38 ans, René Lévesque est encore vivant dans l’esprit des élus québécois qui n'hésitent pas à instrumentaliser sa mémoire, et ce, peu importe leur position partisane.

C’est ce que démontre un essai écrit par le stagiaire de la fondation Jean-Charles-Bonenfant Clovis Brochu intitulé «René Lévesque – Formes et usages d’un mythe à l’Assemblée nationale».

«René Lévesque est instrumentalisé. Sa mémoire est instrumentalisée. C'est le propre de l'espace qu'est l'Assemblée nationale. C'est un lieu où on a des partis politiques qui sont en confrontation et qui cherchent à attaquer leur légitimité mutuelle dans l'objectif de prendre le pouvoir», explique l’auteur en entrevue avec La Presse Canadienne.

Pour en arriver à cette conclusion, il a analysé les discours des parlementaires à l’Assemblée nationale entre 1997 et 2022.

Un Lévesque péquiste-libéral-solidaire-caquiste

Dans son essai, l’auteur affirme donc qu’il n’existe pas un, mais bien «plusieurs René Lévesque», dont l'utilisation varie en fonction du contexte et des partis politiques.

Sans surprise, c’est le Parti québécois (PQ) qui s’approprie le plus la mémoire de leur ancien chef, affirme Clovis Brochu. Dans son essai, il donne l’exemple de Lucien Bouchard, qui s’est défendu d’avoir déjà appuyé le Parti libéral du Québec (PLQ), arguant que René Lévesque l’avait aussi déjà fait par le passé.

La Coalition avenir Québec – dont le chef François Legault est un ancien ministre péquiste – va plutôt mettre de l’avant un «René Lévesque pour parler de fierté nationaliste, un thème cher à la CAQ».

Québec solidaire, un parti souverainiste de gauche, va, quant à lui, davantage présenter un René Lévesque «humain» et sensible à la «condition socio-économique des Québécois», explique Clovis Brochu.

Bien que René Lévesque ait commencé sa carrière politique au sein du PLQ, l'auteur souligne que les libéraux se revendiquent assez peu de cet aspect de l’ancien premier ministre. Le PLQ va davantage faire un usage «offensif» de Lévesque contre le PQ.

Clovis Brochu donne l’exemple du chef libéral Philippe Couillard qui, en 2013, avait accusé la première ministre péquiste Pauline Marois de «trahir la mémoire de Lévesque en faisant la promotion d’un nationalisme étroit, avec le projet de la charte des valeurs québécoises».

«Lieux communs»

L’auteur note également que, lorsque les élus évoquent René Lévesque à l’Assemblée nationale, on omet généralement ses défauts et ses contradictions.

«Puisque l’Assemblée nationale est un lieu de débat des enjeux sociaux et non un congrès d’historiens, les parlementaires n’enrichissent que très peu la compréhension contemporaine de la vie et l’œuvre de René Lévesque, mais en mobilisent plutôt les lieux communs en fonction de leurs intérêts partisans», écrit-il dans son essai.

En entrevue avec La Presse Canadienne, il cite en exemple le fait qu’à plusieurs reprises, Lévesque ne respectait pas les décisions prises par ses membres en congrès, notamment en menaçant de démissionner.

«Et pourtant, on mobilise sans cesse dans l'iconographie qu'on a de René Lévesque, le René Lévesque, démocrate, qui est à l'écoute des gens, et qui va suivre les décisions qui sont prises par la population. Donc, les paradoxes de René Lévesque ne seront pas soulevés, car ce n’est pas utile dans le cadre de la lutte parlementaire», ajoute-t-il.

La figure mythique de René Lévesque

Il n’existe pas de figure plus mythique en politique québécoise que René Lévesque.

Un sondage Léger de 2020 publié dans le magazine L’actualité indique que 66 % des personnes interrogées croient qu’il est le premier ministre qui a le plus marqué l’histoire du Québec depuis la Révolution tranquille. Robert Bourassa se retrouve en deuxième place, loin derrière, avec seulement 8 %.

Selon Clovis Brochu, cela s’explique par plusieurs facteurs. Lévesque a eu une carrière télévisuelle et radiophonique avant de faire le saut en politique.

«Et il n'y a pas d'autres politiciens qui ont à la fois été un ministre vedette du Parti libéral et fondateur d'un parti politique qui va faire un référendum sur l'indépendance du Québec, qui est l'une des questions les plus importantes qu'on se soit posées au Québec», ajoute-t-il.

Thomas Laberge, La Presse Canadienne

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