Congrès à Calgary
Poilievre obtient le soutien de 87 % des délégués conservateurs
Par La Presse Canadienne
Le leadership de Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur du Canada est bien en selle, voire très solide, selon ce que démontrent les 87,4 % d’appuis qu’il a obtenus lors d’un vote de confiance obligatoire des délégués de son parti réunis vendredi au congrès national du parti à Calgary.
Le vote de confiance s’est ouvert vers 20h, heure normale de Rocheuses (HNR), après un discours de 48 minutes de M. Poilievre aux délégués et militants conservateurs réunis au centre des congrès de Calgary. L’endroit était bondé et empreint d’une ambiance de campagne électorale, plusieurs partisans tenant des pancartes avec des slogans tels que «Choisissez de l’espoir» et Avenir».
Il a dit d’ailleurs aux partisans conservateurs que le thème de la convention était l’espoir — et Pierre Poilievre a promis de ne pas abandonner alors qu’il demandait aux délégués de lui donner une autre chance de mener le parti aux prochaines élections fédérales.
Pierre Poilievre a largement obtenu cet appui, les résultats étant dévoilés vers 1 heure samedi matin à Montréal, dans le fuseau de l’heure normale de l’est (HNE).
«L’espoir, c’est de savoir que votre travail va remplir son objectif», a déclaré M. Poilievre, devenant émotif alors qu’il racontait que ses fonctions le tenaient souvent loin de sa jeune famille et qu’il espérait de voir sa fille Valentina, qui souffre d’autisme, parler pour la première fois.
Il a dit que les jeunes du Québec et de l’Alberta peuvent s’attendre à un pays dont ils peuvent être fiers sous un gouvernement conservateur — et a attribué la responsabilité de la montée du sentiment séparatiste dans ces provinces de l’ouest et de l’est du pays aux libéraux fédéraux.
Le chef conservateur a parlé d’unir le pays et a offert de soutenir le gouvernement du premier ministre libéral Mark Carney dans ses efforts pour réduire les droits de douane américains — mais n’a jamais mentionné le président Donald Trump par son nom.
Il a critiqué les libéraux pour ne pas avoir réussi à apporter des changements significatifs depuis l’élection de M. Carney.
«Bien sûr, les mots ont changé, le style a changé, mais qu’est-ce qui a changé dans votre vie ?», a-t-il demandé aux gens dans la foule qui réagissaient à ses propos, souvent d’un signe de tête.
M. Poilievre a dit à ses partisans que le Parti conservateur est le parti des travailleurs — y compris les travailleurs syndiqués— des propriétaires de petites entreprises et des jeunes.
Il a soutenu que les conservateurs ont «remporté le débat» sur les grands enjeux de la dernière campagne électorale, notamment sur la criminalité, l’immigration, le logement et la fiscalité.
La foule a réagi avec enthousiasme lorsqu’il a promis que les conservateurs auraient bientôt «une fois de plus raison concernant la confiscation des armes à feu, une mesure libérale aussi coûteuse qu’insensée».
Des partisans fidèles, d’autres à convaincre
Dans la salle bondée du centre des congrès BMO de Calgary, l’on pouvait entendre les acclamations et les gens qui scandaient «Pierre, Pierre» pendant son discours.
Cela contrastait de l’ambiance qui était plus calme que lors des rassemblements qui ont marqué la dernière campagne électorale conservatrice.
En avril dernier, M. Poilievre tentait de convaincre les Canadiens de faire de lui leur premier ministre. Vendredi, il affichait un air plus serein alors qu’il tentait de convaincre les conservateurs de le maintenir à la tête du parti.
La dernière fois que les conservateurs ont tenu un tel vote de confiance remonte à 2005, année où Stephen Harper a obtenu l’appui de 84 % des délégués.
De nombreux conservateurs à Calgary, comme Jesse Affleck, âgé de 21 ans, de New Westminster, en Colombie-Britannique, ont affirmé que M. Poilievre avait leur soutien inconditionnel.
«Quand je participe à ces événements, il serre la main de chaque personne et discute avec chacun d’eux», a-t-il souligné.
Vincent Kunda a confié que le message de Pierre Poilievre l’avait attiré dans l’univers de la politique et que ce dernier était le chef idéal pour relever les défis posés par le président américain Donald Trump.
«J’ai voté pour lui aux dernières élections parce que je lui ai accordé ma confiance et mon soutien pour gérer Trump», a-t-il soutenu.
Toutefois, tout le monde n’était pas convaincu. Susan Friedman, de la circonscription de Parry Sound–Muskoka, en Ontario, a reconnu que son opinion sur M. Poilievre la plaçait dans la minorité.
«J’étais à Ottawa lors de son élection. Je ne l’ai pas soutenu à l’époque, et beaucoup de choses se sont passées depuis, et ce n’est pas bon signe, a-t-elle déclaré. Je ne crois pas qu’il soit vraiment capable de diriger le parti.»
Changement de ton et aspects du programme électoral révélés
Les conservateurs qui s’opposent à M. Poilievre soulignent souvent son ton tranchant et agressif, ainsi que son refus, durant la campagne électorale, d’orienter sa stratégie pour affronter Donald Trump. À Calgary, M. Poilievre a clairement cherché à transmettre un message plus positif et optimiste aux conservateurs et à l’ensemble du pays.
Vendredi soir, M. Poilievre a fait preuve d’une rare franchise en admettant avoir commis une erreur tactique, reconnaissant que le parti devait organiser plus tôt les nominations ouvertes dans les circonscriptions locales.
La question a fait polémique lors de la campagne électorale du printemps, lorsque plusieurs associations locales se sont plaintes que l’équipe de M. Poilievre avait choisi les candidats contre leur gré.
M. Poilievre a dit que ces associations locales étaient «la pierre angulaire de (leur) organisation» et a remercié les délégués présents pour leurs commentaires.
Le congrès a été l’occasion d’un débat sur les amendements proposés à la constitution du parti, qui donneraient aux associations locales plus de pouvoir de choisir les candidats.
Le discours de M. Poilievre a également abordé certains points saillants de son programme électoral, dont la promesse de stimuler le recrutement militaire «fondé sur le mérite et non sur la rectitude politique» et de bâtir une «culture guerrière» au sein des Forces armées canadiennes.
Il a appelé à l’adoption d’une «doctrine du château» à l’américaine pour permettre aux gens d’utiliser la force pour protéger leur propriété — ce qui a suscité de vives acclamations de la foule.
Le discours de vendredi reprenait aussi en grande partie les messages lancés par M. Poilievre en février dernier, lors du rassemblement «Le Canada d’abord» organisé par le parti à Ottawa.
À l’époque, la guerre commerciale de M. Trump venait de susciter une vague de fierté nationale et les libéraux gagnaient du terrain dans les sondages, avec la perspective d’un nouveau leader à la barre.
Le chef conservateur a modifié son discours vendredi soir, abandonnant le message que «le Canada est en ruine» et en adoptant une vision plus positive du pays.
« Nous sommes unis ce soir ensemble, toujours, parce que ce pays, son peuple et ses promesses valent la peine de se battre», a déclaré M. Poilievre en conclusion de son discours.
Les députés conservateurs qui ont pris la parole avant M. Poilievre jeudi et vendredi ont insisté sur l’unité du parti, même après le ralliement de deux députés aux libéraux ces derniers mois.
«Les libéraux tentent de semer la division dans notre parti depuis des mois», a déclaré le député ontarien Costas Menegakis.
— Avec des informations de Dayne Patterson à Calgary
Sarah Ritchie, La Presse Canadienne
