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OPINION | L'architecture à repenser

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26 septembre 2016
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Sébastien Roy
Par Sébastien Roy, Journaliste

L'étudiant en architecture, Vincent Bélanger, a lu le texte « Chacun nos goûts; et que les langues se clouent » et celui-ci tenait à réagir à ce sujet. Voici l'intégral de sa lettre.

Un article publié par Lorraine Légaré le 22 septembre dernier relate de nombreux commentaires concernant la laideur du 11260, 1re Avenue. Mme Roy, propriétaire de la bâtisse de cinq étages revêtue de tôle ondulée brune et beige, fait voir que bien d’autres bâtiments ne sont pas mieux que le sien, et elle a bien raison. Par Mme Légaré, elle nous fait aussi comprendre que ce bâtiment lui appartient et qu’elle compte bien en faire ce qu’elle veut. Étudiant en architecture à l’Université Laval, j’ai eu envie de participer à cette discussion.

La question de « beauté » et de « laideur » fait référence à l’esthétisme du bâtiment, une notion qui détermine l’apparence globale de celui-ci. Bien que cet aspect de l’architecture ne soit pas négligeable, il faut voir plus loin. Pourquoi ? Parce que l’esthétisme fait appel aux jugements de valeurs, aux goûts personnels et aux émotions provoquées par le bâtiment en question. Il est donc normal que, pour certains, le bâtiment de Sylvie Roy ait une apparence correcte et que d'autres trouvent son apparence horrible. Comme bien des bâtiments, il est difficile de trouver les qualités architecturales du 11260 et cela va bien au-delà de son apparence extérieure de « mauvais goûts ».

Bien qu’il le pourrait, le bâtiment ne participe pas à la revitalisation de la première avenue. Au rez-de-chaussée, le bâtiment est opaque. On ne peut voir ce qu’il contient et ce qu’il a à nous offrir. Seulement quelques enseignes placées aléatoirement nous informent de son contenu. Ce bâtiment est d’une autre époque en effet. De nos jours, on sait qu’il est important que le rez-de-chaussée soit transparent et qu’il se trouve au même niveau que le trottoir afin qu’il soit invitant. De plus, la lumière naturelle participe au bien-être des gens qui travaillent là quotidiennement. Au Québec, la dépression saisonnière frappe d’année en année. Une fenestration à la fois généreuse et bien réfléchie contribue positivement au bonheur des occupants. Il est triste de constater que pratiquement aucune fenêtre ne s’inscrit sur les façades sud et ouest.

Le bâtiment fut implanté dans le stationnement de Place Centre-Ville. Ce champ d’asphalte noir crée des îlots de chaleur en été, encourage la population à se déplacer en auto et met en évidence ce fameux bâtiment qu’on ne voudrait voir. Il serait tant agréable de voir un peu de verdure entourer l’édifice et ainsi, créer un lien végétalisé avec le parc de Saint-Georges qui s’accroit continuellement. Cependant, la transition entre l’intérieur du bâtiment et le stationnement est nulle. Générer des espaces entre-deux (entre l’extérieur et l’intérieur) encourage les occupants à sortir dehors, se déplacer à pied et respirer l’air pur. Une galerie couverte ou une cour extérieure aménagée sont des exemples d’espaces interstitiels qui participent à de saines habitudes de vie.

Définitivement, le bâtiment n’est pas pensé pour être écologique. Il faut seulement constater les immenses boites de mécanique sur son toit pour le comprendre. L’ensemble du bâtiment, comme tant d’autres, est géré par des machines qui pompent de l’air chaud ou de l’air froid dans des conduits dont on sous-estime souvent la salubrité. Il est prouvé que le bien-être de l’individu passe énormément par le contrôle sur son espace personnel; pouvoir ouvrir et fermer les fenêtres, gérer la température, la lumière, déplacer le mobilier… etc. Un bâtiment de ce gabarit pourrait fonctionner passivement (sans l’aide mécanique). Ce bâtiment est construit inutilement haut pour le terrain qu’il occupe et cela occasionne une dépendance technologique. Ces proportions devraient respecter un peu plus celles du bâti de Saint-Georges qui fait deux à trois étages en hauteur. Les propriétaires de tels bâtiments devraient accepter les engagements moraux qu’ils ont envers leurs occupants. Malheureusement, ce bâtiment, comme plusieurs autres, ne réussit pas à encourager le bonheur individuel et collectif.

L’architecture est un sujet peu parlé dans les médias québécois. Contrairement au modèle éducationnel européen, l’architecture n’est pas abordée dans nos écoles, du primaire au secondaire. Cela empêche d’avoir une bonne conscience du monde qui nous entoure. On sous-estime donc énormément le pouvoir de l’architecture, comment elle affecte nos vies, nos humeurs et notre santé. Je souhaite vivre dans une société qui se questionne sur le monde dans lequel elle vit et voir qu’elle souhaite l’améliorer.

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