Lors des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina
Le français refusé au point de presse de Marie-Philip Poulin
À la suite de la défaite du Canada face aux États-Unis en finale du hockey féminin aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, un incident survenu lors du point de presse de la capitaine Marie-Philip Poulin a provoqué une onde de choc au Québec.
En effet, des journalistes québécois présents sur place se sont fait indiquer que les questions devaient être posées uniquement en anglais ou en italien, excluant ainsi le français.
La scène s’est déroulée ce jeudi soir, après le match de la médaille d’or. Puisque plusieurs médias souhaitaient s’adresser à la capitaine native de Beauceville, l’organisation a opté pour une conférence de presse formelle plutôt qu’un passage en zone mixte.
Selon le journaliste Jean-Nicolas Blanchet, du Journal de Québec, présent à Milan, les représentants des médias ont été informés que la conférence « allait se passer en anglais et en italien ». Dans une chronique publiée ce vendredi,, il écrit : « En théorie, le français est la langue officielle des Jeux olympiques. Dans les faits, le français est aussi important que le langage des Schtroumpfs aux Olympiques. »
Le français est officiellement langue des Jeux olympiques depuis 1896. L’anglais s’y est ajouté en 1972, mais la Charte olympique accorde toujours une place au français, la version française des textes faisant foi en cas de divergence. Or, selon le chroniqueur, sur le terrain à Milan, cette réalité ne se reflète pas.
« Les communications du comité organisateur, c’est en anglais. Je dois leur écrire en anglais ou en italien. Partout sur les sites de compétitions, les panneaux d’affichage sont en anglais ou en italien. (…) Lors des événements, les animateurs parlent italien et anglais. Pas un peu français. Pas le moindre mot. »
« Sorry, just in English or Italian »
L’incident s’est cristallisé lorsqu’un journaliste québécois a tenté de poser une question en français à la capitaine canadienne. « Mon collègue Guillaume Lefrançois part donc sa question en français. “Sorry, just in English or Italian”, se fait-il répondre aussitôt », relate Jean-Nicolas Blanchet.
La réaction a laissé les journalistes québécois « plus sidérés », écrit-il, dénonçant ce qu’il qualifie de « ridicule mépris du français aux Olympiques ».
Pour la Beauce, l’épisode touche directement une figure sportive emblématique. Marie-Philip Poulin, qui venait de subir une défaite importante sur la scène internationale. « Là, c’est Marie-Philip Poulin, de la Beauce. Elle vient de vivre probablement la pire défaite de sa vie. Il me semble que ça lui ferait du bien de s’exprimer dans sa langue. C’est plus facile de parler avec son cœur dans sa langue », souligne le journaliste.
Face à la consigne linguistique, Jean-Nicolas Blanchet a choisi une approche bilingue pour formuler sa question : « Is it plus difficile too see la pression when bla bla bla…? », écrit-il, afin de « passer [son] message, mais quand même poser [sa] question sans [se] faire couper le micro ».
Dans sa chronique, il déplore : « Quel profond manque de respect pour les Québécois ! C’est comme si personne n’avait réalisé dans le CIO que ça existait, le français, au Canada. »
Il ajoute que les journalistes québécois présents ont dénoncé la situation « à l’unisson » et manifesté leur désaccord.
Pour plusieurs au Québec, l’épisode dépasse le simple cadre sportif. Il ravive un débat sensible sur la place du français dans les grandes instances internationales.

