Pier Dutil
Bonne chance M. Dubé
BONNE CHANCE M. DUBÉ!
Christian Dubé, ministre de la santé et des Services sociaux, a présenté la semaine dernière son plan de refondation du système de santé québécois, un programme en 50 points.
M. Dubé n’est pas le premier à s’attaquer à ce mammouth qui hante tous les Gouvernements québécois depuis des décennies. Plusieurs de ses prédécesseurs se sont cassés les dents en tentant de changer la culture de ce ministère au sein duquel la résistance au changement demeure un lourd handicap.
TOUT UN CHANTIER
Le ministère de la Santé du Québec accapare présentement 50,6 % du budget québécois et, d’année en année, on y ajoute des milliards de dollars sans parvenir à améliorer les choses. Il devient donc évident que ce n’est pas en continuant à investir des milliards que l’on va améliorer la situation. Il faut avoir le courage de modifier ses façons de faire en utilisant les forces de tous les intervenants impliqués dans la livraison des soins aux patients.
En optant pour 50 mesures clairement exprimées dans son programme, Christian Dubé entreprend tout un chantier. Recruter des milliers de nouveaux employés, modifier la rémunération des médecins, redonner du pouvoir aux dirigeants locaux en décentralisant la livraison des services, utiliser le privé pour rattraper les retards en chirurgie, mettre en place un guichet d’accès à la première ligne, etc., ce ne sont là que quelques mesures permettant de juger de l’ampleur du chantier.
Christian Dubé ne prévoit pas réinventer la roue. Il a relu les nombreux rapports d’études déposés depuis la Commission Clair en 2001, rapports qui dormaient sur les tablettes et dont les principales recommandations n’ont jamais vu le jour, faute de courage des Gouvernements précédents.
Comme si nous avions besoin d’un exemple de plus, la pandémie nous a permis de constater l’inefficacité du système en place. On a frappé le mur de plein front.
BEAUCOUP DE SCEPTICISME
Il ne faut pas s’attendre à ce que le plan de Christian Dubé passe comme une lettre à la poste.
Même si plusieurs intervenants concernés par cette transformation ont semblé accueillir positivement le plan Dubé, il faudra voir comment ces mêmes intervenants réagiront lorsque les mesures les concernant les affecteront. Feront-ils preuve d’ouverture? Seront-ils prêts à collaborer, à modifier leurs façons de faire? Un changement de culture est toujours difficile à implanter et cela est encore plus vrai au sein d’un ministère comme celui de la Santé où chacun tire la couverte de son bord depuis des décennies.
Dans la population, il y a beaucoup de scepticisme face au plan Dubé. Et cela est facile à comprendre puisque, depuis des années, tous les Gouvernements précédents nous ont promis des améliorations qui ne se sont jamais concrétisées.
Même le Gouvernement caquiste renonce à l’une de ses principales promesses faites lors de l’élection de 2018, à savoir que tous les Québécois auraient accès à un médecin de famille avant la fin de son premier mandat. Or, près de quatre ans plus tard, entre 800 000 et 1 000 000 de Québécoises et de Québécois n’ont toujours pas accès à un médecin de famille. Et, souvent, celles et ceux qui en ont un parviennent difficilement à obtenir un rendez-vous.
Lors de la présentation de son plan, le ministre Dubé a emprunté au Capitaine Bonhomme l’un de ses expressions favorites : «Les sceptiques seront confondus.» J’en prends bonne note, mais je vous avoue que j’ai un sérieux doute.
DES CONDITIONS GAGNANTES
Si le plan Dubé demeure intéressant sur papier, c’est dans sa réalisation que l’on sera en mesure de le juger. Je dois vous avouer que j’ai confiance en Christian Dubé. Le passé de ce gestionnaire parle de lui-même. Il a connu une brillante carrière en affaires. Il a été appelé à gérer des crises, à apporter d’importants changements dans les façons de faire dans diverses entreprises.
Christian Dubé n’est pas venu en politique pour faire de l’argent. Il pourrait gagner des millions par année dans le privé. Il fait de la politique pour améliorer les choses et, à ce titre, j’ai tendance à lui faire confiance.
De plus, il a la confiance de son Premier ministre, François Legault, lequel semble disposé à lui donner toute la marge de manœuvre dont il aura grandement besoin.
Enfin, comme je le mentionnais précédemment, la pandémie nous a permis de constater que l’état actuel de notre système de santé laissait grandement à désirer.
En considérant tous ces aspects, je suis disposé à donner une chance au coureur. Mais ma confiance ne me rend pas aveugle. Comme M. Dubé nous l’a promis, il faudra voir des changements rapidement. La mise en place du plan Dubé s’échelonnera jusqu’en 2025, mais les Québécoises et les Québécois n’attendront pas jusque-là avant de percevoir des améliorations.
Et si je suis disposé à donner une chance au coureur, c’est tout simplement parce que, s’il réussit son pari, vous et moi en bénéficierons.
Quant aux partis d’opposition qui ont tenté de dénigrer le plan Dubé dès son annonce, je leur suggère de se garder une petite gêne puisque, si le système de santé québécois est dans un état si pitoyable, Libéraux et Péquistes, qui se sont succédés au pouvoir depuis 40 ans, en sont les premiers responsables.
Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil
PENSÉE DE LA SEMAINE
Je dédie la pensée de la semaine à tous les artisans de la résistance au changement :
RECOMMANDÉS POUR VOUS

Les églises de 1831 et de 1862 à Saint-Georges
LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE SARTIGAN La première église, qu'on aurait pu appeler une chapelle, dura à peine 30 ans, de 1831 à 1862. On n'en détient aucune photo. En 1935, le frère Adjuteur (Frères de la Charité) a rédigé un «Précis Historique sur la paroisse de St-Georges». De 1933 à 1935, il a interviewé plusieurs personnes âgées pour ...
LIRE LA SUITE
La criminalisation du contrôle coercitif
Depuis le 18 juin dernier, après avoir obtenu la sanction royale, le contrôle coercitif est devenu un crime au Canada. Il s’agit d’une grande avancée pour les femmes victimes de violence conjugale. La loi C-16 contient de nombreux changements au Code criminel qui portent sur la violence conjugale, notamment la question du féminicide, du ...
LIRE LA SUITE
Le mémorable Café Paris d'autrefois
LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE SARTIGAN Avez-vous connu l'époque où on pouvait savourer une «patate, sauce, pois» pour 25c ? Accompagnée d'une liqueur pour 15c ? Et si vous aviez un p'tit goût de sucré, pourquoi pas ajouter un «flotteur» aussi appelé «ilot sur Coke», soit une boule de crème glacée dans un verre de Coke pour 20c ? Ces items ...
LIRE LA SUITE
