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Pier Dutil

De l'incompétence à Ottawa, des talibans à Washington

durée 18h00
27 juin 2022
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Par Pier Dutil

DE L’INCOMPÉTENCE À OTTAWA,
DES TALIBANS À WASHINGTON

La dernière semaine a été fébrile en évènements qui ne font pas honneur aux sociétés où ils se sont déroulés. Alors qu’il faut patienter des jours, des semaines et même des mois pour renouveler son passeport au Canada, la Cour suprême des États-Unis a servi une gifle digne des talibans aux femmes américaines, les privant de leur droit à l’avortement.

LA SAGA DES PASSEPORTS

Vous avez réservé un hôtel à Old Orchard où vous prévoyez passer une partie de vos vacances? J’espère que vous avez pris soin de vérifier la validité de votre passeport, sinon, votre excursion pourrait prendre fin au poste frontière de Jackman.

Alors qu’il fallait habituellement quelques jours ouvrables pour renouveler ou obtenir un nouveau passeport, voilà qu’au Canada, présentement, on se croirait dans la maison de fou d’Astérix dans les bureaux de Service Canada, un organisme qui ne fait pas honneur à son nom.

Un peu partout au Canada, des voyageurs doivent faite la queue durant des jours et des nuits pour espérer obtenir un nouveau passeport avant de partir en voyage à l’extérieur du pays. 

Au lieu de s’améliorer, de jour en jour, la situation devient un véritable bordel. Les informations transmises aux personnes en attente varient de jour en jour, voire même d’heure en heure. On promet des coupons qui, finalement, ne sont plus distribués, on donne des rendez-vous qui ne sont pas respectés, des gens qui font la queue depuis deux ou trois jours et nuits se font dépasser par d’autres, des agents de sécurité expulsent des journalistes qui font tout simplement leur travail et ainsi de suite.

Et pendant ce temps, à la Chambre des Communes, la Ministre responsable de ce beau gâchis, Karina Gould, se contente de lire des propos insipides pour tenter de sauver la face.

Pourtant, Service Canada disposait de toutes les données nécessaires pour prévoir cet afflux de demandes, car elle possède les dates d’émission des passeports. Si des centaines de milliers voire même des millions de passeports venaient à échéance au cours des premiers mois de 2022, il fallait s’attendre à une importante demande de renouvellements.

Pourtant, on n’a rien fait en prévision de cette forte demande anticipée. Alors que l’on a besoin de 1 200 à 1 300 agents de passeports au Canada, on en comptait plus que 800. Il ne faut donc pas se surprendre du chaos actuel. C’est digne d’une république de bananes et le Canada se retrouve avec un œil au beurre noir à la face de la planète.

Je vous avoue qu’il m’est difficile de comprendre comment on peut atteindre un tel niveau d’incompétence en 2022.

RECUL DE 50 ANS AUX ÉTATS-UNIS

Vendredi dernier, dans une décision très attendue, la Cour suprême des États-Unis a restreint le droit à l’avortement garanti depuis 1973 par cette même Cour suprême. Dans toute l’histoire de cette institution, c’est la première fois que des juges viennent défaire un jugement rendu par leurs prédécesseurs.

Avec la nomination de trois nouveaux juges conservateurs par Donald Trump durant son mandat, la récente décision était prévisible. Au cours des dernières années, Donald Trump et les élus Républicains ont instrumentalisé la Cour suprême afin de faire triompher les idéaux des fondamentalistes religieux de la droite américaine.

En retournant la responsabilité de légiférer sur l’avortement aux 50 états américains, cela contribuera à traiter différemment les femmes américaines, lesquelles, selon l’état où elles habitent, auront droit ou pas à l’avortement.

Déjà 13 états ont légiféré pour interdire l’accès à l’avortement et presque autant prévoient faire de même. Selon les états, l’interdiction prend des formes différentes. Au Texas, par exemple, on ne se contente pas de menacer de prison les femmes qui choisiraient de se faire avorter dans un autre état où cela est permis. On va même jusqu’à encourager la délation, invitant les gens à dénoncer des femmes qui se feraient avorter. On menace aussi de prison les gens qui auraient accompagné ces femmes ou collaborer pour les mener à une clinique d’avortement. 

En plus de diviser le pays, ce retour en arrière de 50 ans marquera la reprise des avortements pratiqués en cachette, souvent par des charlatans qui mettent la vie des femmes en danger ou encore par les femmes enceintes elles-mêmes qui utiliseront des objets risquant de les mutiler comme l’usage de cintres, à titre d’exemple.

L’attitude des juges conservateurs de la Cour suprême et de plusieurs élus Républicains aux États-Unis me fait penser au sort réservé aux femmes par les talibans en Afghanistan.

SITUATION AU CANADA

Plusieurs personnes se disent que si cela se passe aux États-Unis, cela ne nous concerne pas. 

Il est vrai que le droit à l’avortement est beaucoup mieux protégé au Canada, mais l’histoire nous apprend qu’il ne faut jamais rien prendre pour acquis.

On sait déjà que plusieurs dizaines de Députés conservateurs à Ottawa rêvent d’abolir le droit à l’avortement au Canada. Même si, jusqu’à date, les candidats à la chefferie du parti conservateur ont fait part de leur intention de ne pas rouvrir ce débat, il ne faudrait pas se surprendre de voir un politicien changer d’idée une fois élu.

Au Nouveau-Brunswick, en 2020, le Gouvernement conservateur du Premier Ministre Blaine Higgs a suspendu le droit des femmes au financement des avortements réalisés dans des cliniques privées. C’est la seule province canadienne à procéder ainsi.

Les gens qui s’opposent à l’avortement le font avant tout pour des considérations religieuses. Je respecte ces croyances, mais là où je ne suis pas d’accord, c’est lorsque ces croyants veulent imposer leur morale à l’ensemble de la société. 

Vous vous opposez à l’avortement, vous n’avez qu’à ne pas l’utiliser. Mais, de grâce, voulez-vous bien laisser aux femmes le soin de décider pour elles-mêmes. C’est à elles et uniquement à elles que revient la décision de procéder ou non à un avortement.
 

Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil


PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine aux juges de la Cour suprême américaine :

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