Pier Dutil
Quand les politiciens nous rendent cyniques
QUAND LES POLITICIENS NOUS RENDENT CYNIQUES
Depuis quelques années, un peu plus du tiers des électeurs inscrits aux élections québécoises et fédérales choisissent de ne pas se prévaloir de leur droit de vote.
Parmi les raisons invoquées : ça ne sert à rien, ils sont tous pareils, mon vote ne changera rien, ils ne respectent jamais leurs promesses, etc. Avec le temps, les électeurs deviennent cyniques et cela m’inquiète. Je me suis toujours prévalu de mon droit de vote.
Mais la semaine dernière, je dois vous avouer que j’ai été ébranlé face au comportement de nos dirigeants, tant à Québec qu’à Ottawa, un comportement qui tend à nous rendre cyniques.
La lâcheté de François Legault
Depuis 2014, en tant que chef de la CAQ, François Legault promettait l’aménagement d’un troisième lien entre Lévis et Québec, un tunnel autoroutier.
Lors de la campagne électorale de 2018, ce projet était devenu un engagement majeur. François Legault assurait même que les travaux débuteraient avant la fin de son mandat, soit en 2022 et le candidat Éric Caire promettait de démissionner si la CAQ n’allait pas de l’avant avec ce projet. En octobre 2022, aucune pelletée de terre n’avait eu lieu et Éric Caire est toujours en poste.
En vue des élections d’octobre dernier, François Legault recrutait deux candidatures vedettes sur la rive sud de Québec, Bernard Drainville et Martine Biron, et en faisait les porte-étendards du projet de troisième lien devenu la question de l’urne dans ces comtés. Les candidats de la CAQ ont remporté tous les comtés de Chaudière-Appalaches et tous ceux de la Capitale nationale, sauf un.
À peine sept mois plus tard, voilà que François Legault renie son engagement et réduit le troisième lien à un tunnel réservé au transport en commun dont on ne connaît encore ni le mode de transport ni les coûts.
Et pour annoncer ce virage à 180 degrés, François Legault a envoyé au front sa Vice-Première Ministre et Ministre des Transports, Geneviève Guilbault pour faire la sale besogne.
Le volte-face du projet de troisième lien est une décision qui origine directement du bureau du Premier Ministre. Ce n’est certainement pas la Ministre desTransport qui s’est levée un beau matin et qui a décidé de modifier du tout au tout un projet phare de la CAQ.
Si François Legault avait des couilles, c’est lui qui aurait été le porteur de cette nouvelle et qui aurait fait face aux questions et critiques. Il a préféré demeurer tapi dans sa tour d’ivoire et laisser ses députés affronter la grogne publique.
Comme manque de courage politique, je ne me souviens pas avoir vu un tel comportement depuis des lunes.
Promesses trahies à Ottawa
Jeudi dernier, le Commissaire à l’environnement, Jerry Demarco, publiait cinq rapports indiquant clairement que le Gouvernement Trudeau ne respectait pas ses engagements pour lutter contre les changements climatiques.
Pourtant, suite à son élection en 2015, Justin Trudeau se présentait à une rencontre de l’ONU portant sur la lutte aux changements climatiques en clamant : «Canada is back». Traduction libre, «Le Canada est de retour.» Il faisait ainsi référence au fait que le Gouvernement conservateur de Stephen Harper n’accordait pas suffisamment d’importance à la lutte aux gaz à effet de serre (GES) et que le Gouvernement Trudeau ferait de ce sujet une priorité.
Pourtant, depuis ces engagements, le Canada n’a atteint aucun de ses objectifs de réduction des GES. Non seulement on n’a pas diminué nos émissions, mais on les a augmentées.
En 2018, le Gouvernement canadien a acheté l’oléoduc Trans Mountain afin d’en accroître la dimension pour transporter le pétrole le plus polluant au monde, celui des sables bitumineux de l’Alberta, jusqu’au Pacifique pour en faciliter l’exportation. Le projet d’abord évalué à quelque 7 milliards de dollars (7 G$) est aujourd’hui évalué à plus de 30 G$. Tout cela à nos frais.
Pour améliorer son image environnementale, en 2019, Justin Trudeau a recruté le militant écologiste Steven Guilbault. Suite à l’élection de 2021, Justin Trudeau a fait de Steven Guilbault son Ministre de l’Environnement. Un emploi de rêve pour un militant écologiste.
Pourtant, l’un des gestes les plus importants de Steven Guilbault a été d’autoriser le projet d’exploitation pétrolière Bay du Nord au large de Terre-Neuve, un projet décrié par l’ONU et tous les experts en environnement. Ce projet contribuera à émettre des millions de tonnes de GES au cours des prochaines années. Steven Guilbault a sans doute dû avaler plusieurs couleuvres pour accepter un tel projet.
Il s’agit pourtant du même Steven Guilbault qui a milité de nombreuses années au sein de Greenpeace avant de cofonder Équiterre. Et c’est ce même Steven Guilbault qui a posé un geste d’éclat en 2001 en escaladant la tour du CN à Toronto en guise de protestation contre le Gouvernement fédéral qui, selon Guilbault, n’en faisait pas assez pour l’environnement.
À mes yeux, Steven Guilbault n’a plus aucune crédibilité lorsqu’il parle de protection de l’environnement. Ses gestes parlent plus fort que ses paroles.
Quant à Justin Trudeau, son Gouvernement continue de subventionner à coût de milliards de dollars les pétrolières polluantes, n’a encore rien fait pour respecter sa promesse de planter deux milliards d’arbres d’ici 2031 pour compenser les émissions canadiennes des GES.
Dans ses critiques sur le bilan environnemental canadien, le Commissaire à l’environnement concluait : «L’histoire du Canada, c’est beaucoup de mots, beaucoup de plans et pas assez d’action.» Toute une gifle au Gouvernement Trudeau.
Comme contribuable, je ne puis m’empêcher de devenir cynique face au comportement de l’actuel Gouvernement libéral dont les bottines ne suivent pas les babines.
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Pensée de la semaine
Cette semaine, je me sens généreux, c’est pourquoi vous aurez droit à un deux pour un. Je nous dédie les pensées de la semaine, à nous, celles et ceux que l’on prend trop souvent pour acquis :

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