Pier Dutil
Pourquoi le ministre Roberge ne comprend pas?
Par Pier Dutil
Au cours des dernières semaines, j’ai observé le débat concernant des dizaines de milliers de travailleuses et de travailleurs étrangers au Québec qui risquent l’expulsion parce que le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, a décidé, unilatéralement, de changer les règles du jeu en mettant fin au Programme de l’expérience québécoise (PEQ).
Et, même si tous les intervenants concernés par cette mesure s’opposent à ce changement, Jean-François Roberge s’entête et maintient sa position.
Pas un bar ouvert
Le PEQ est un programme mis en place dans le but de recruter des travailleurs étrangers pour combler des postes disponibles pour lesquels il était devenu très difficile, voire parfois impossible, de recruter des travailleurs québécois.
Pour être éligible au PEQ, il fallait remplir plusieurs conditions : avoir deux ans d’expérience de travail au Québec, avoir déjà un emploi au moment de faire la demande d’accès au PEQ, parler un français avancé et avoir un employeur établi au Québec. On est donc loin d’un bar ouvert dans lequel tout le monde peut s’abreuver.
Le Gouvernement québécois a lui-même organisé des missions de recrutement dans des pays francophones pour inciter des travailleurs qualifiés à venir travailler au Québec, leur promettant que celles et ceux qui seraient admis au PEQ bénéficieraient d’une voie rapide vers l’obtention d’une résidence permanente leur permettant de demeurer ici et de s’y établir.
D’année en année, une moyenne de quelque 20 000 travailleurs étrangers se sont prévalus du PEQ et ont contribué à combler des postes dans diverses entreprises ou divers services à la grandeur du Québec.
Mais voilà que Jean-François Roberge décide que cela a assez duré et que, unilatéralement, il choisit de mettre fin au PEQ pour le remplacer par le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), un programme basé sur un système de points à obtenir pour avoir droit de travailler au Québec.
Alors que, pour certains travailleurs, il ne restait que quelques mois pour remplir les conditions du PEQ et espérer obtenir la résidence permanente, du jour au lendemain, on change les règles et on laisse tous ces travailleurs dans l’incertitude.
Après avoir fait rêver des travailleurs étrangers en leur promettant des emplois intéressants et bien rémunérés, après les avoir convaincus d’abandonner leurs emplois à l’étranger pour venir s’établir au Québec, sans avertissement, on vient changer les conditions au risque de devoir en expulser des milliers.
J’avoue avoir rarement vu un Gouvernement renié à ce point sa parole. D’accord, on n’en est pas aux expulsions sauvages à la Trump avec sa police de l’immigration ICE, mais pour celles et ceux qui devront partir, le résultat est le même.
On en a besoin
Ces travailleurs étrangers, on en a un urgent besoin. Le patronat, les syndicats, les dirigeants municipaux, les Chambres de Commerce, tout le monde s’oppose à l’abolition du PEQ et réclame du Gouvernement québécois qu’il respecte son engagement envers celles et ceux qui en sont déjà membres, permettant à ces derniers de jouir d’une clause grand-père et/ou de droits acquis pour compléter leur démarche selon les règles préétablies.
Après cela, si le Gouvernement décide d’utiliser un nouveau programme, libre à lui d’aller de l’avant, mais on aurait respecté nos engagements envers celles et ceux qui avaient accepté les conditions du PEQ.
Présentement, j’avoue ne pas comprendre l’attitude du ministre Roberge et du Gouvernement Legault qui se sont toujours présentés comme un «Gouvernement de comptables» qui prétend avoir l’économie à cœur.
Même que, à l’élection de 2018, concernant l’immigration, on disait : «En prendre moins, mais en prendre soin.» Admettez avec moi que l’on est présentement loin d’en prendre soin. La réputation du Québec à l’étranger risque d’en prendre un méchant coup lorsque viendra le temps de recruter d’autres travailleurs.
Pourtant, une simple analyse rapide de la démographie québécoise devrait facilement démontrer que le Québec est en perte de population. En 2025, pour la première fois dans son histoire, la population du Québec a diminué et le nombre des décès a été plus élevé que celui des naissances.
De plus, le Québec a l’un des taux de fécondité les plus bas au monde à 1,3 enfants par femme. Le vieillissement de la population va en s’accélérant, ce qui fait que la population active est de moins en moins nombreuse. Déjà 12 des 17 régions administratives du Québec ont un taux d’accroissement naturel de la population négatif.
Ce n’est donc pas compliqué à comprendre; sans immigrants, la population du Québec est condamnée à diminuer. Et, sans travailleurs provenant de l’étranger, des entreprises, des commerces devront fermer leurs portes et des services à la population ne pourront être rendus. C’est aussi simple que ça. Refuser de voir en face cette situation équivaut à nier la réalité.
D’ailleurs, s’il y a un endroit au monde où l’on devrait être ouvert à l’immigration, c’est bien ici, alors que nous sommes toutes et tous des descendants d’immigrants qui sont venus d’ailleurs pour peupler l’Amérique.
Des retombées positives
Quand je parle des travailleurs étrangers qualifiés qui occupent déjà des emplois dans nos entreprises, dans nos services de santé et d’éducation, je ne parle pas de gens qui viennent au Québec pour bénéficier de nos mesures sociales.
Les travailleurs reliés au PEQ sont des citoyens actifs, qui occupent des emplois, paient des impôts et des taxes, contribuent à l’économie en consommant et en plus, qui s’expriment en français.
Pourquoi prendre le risque de perdre cette main-d’œuvre précieuse et rentable pour le Québec?
Quand je vois le ministre Roberge refuser de faire preuve d’un peu de souplesse en respectant les engagements déjà pris par son Gouvernement, j’avoue ne rien y comprendre. Il faut vraiment vivre dans une bulle, avoir perdu tout contact avec la réalité économique du Québec pour faire preuve d’un tel entêtement.
Jeudi dernier, Jean-François Roberge a ouvert une porte aux quelques 6 300 employés de la santé menacés de perdre leur poste en déclarant qu’ils seraient admis dans le nouveau programme et qu’ils ne risqueraient pas de perdre leur poste et d’être expulsés. C’est un pas dans la bonne direction.
Mais je me permets de demander à Monsieur Roberge pourquoi seulement pour les employés en santé? Ce qui est bon pour pitou devrait aussi être bon pour minou, n’est-ce pas?
Courage
Il ne reste que 1076 jours au mandat de Donald Trump.
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Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à Jean-François Roberge :

