La Véranda, Centre-Femmes
Femmes au travail : jamais au bon âge
Au travail, le vieillissement ne touche pas les femmes et les hommes de la même manière. Si l’expérience et les années sont souvent perçues comme un atout chez les hommes, elles peuvent devenir un facteur de remise en question pour les femmes. L’âgisme en emploi est profondément marqué par le genre.
Les recherches scientifiques le confirment : les femmes vivent un paradoxe tout au long de leur carrière. Plus jeunes, elles sont jugées trop inexpérimentées pour accéder à des postes décisionnels. Plus vieilles, elles sont perçues comme dépassées. Entre ces deux périodes, il existe une fenêtre très étroite de légitimité, où une femme est jugée crédible sans être trop jeune ni trop âgée. Selon plusieurs études, cette période se situe approximativement entre 30 et 40 ans. Même dans cette tranche d’âge, les femmes doivent souvent prouver leur compétence et leur pertinence, alors que les hommes du même âge voient leur crédibilité et leur autorité valorisées par les signes du temps, comme les cheveux gris ou les rides.
Cette double norme se manifeste de plusieurs façons. Les femmes doivent démontrer leur expérience tout en restant séduisantes et dynamiques, maintenir une image professionnelle rassurante, et parfois investir dans des soins esthétiques ou des choix vestimentaires pour préserver leur légitimité. Les hommes, eux, sont moins jugés sur ces aspects et peuvent se concentrer sur leurs compétences perçues.
Au quotidien, l’âgisme genré peut se traduire par :
• des occasions de formation plus souvent offertes aux plus jeunes;
• des promotions accordées aux hommes du même âge;
• la mise à l’écart de certains projets ou responsabilités;
• des présomptions sur la motivation ou la capacité à suivre le rythme.
Ces situations, souvent subtiles, s’accumulent et peuvent miner la confiance et le sentiment de légitimité. Plusieurs femmes disent devoir travailler plus fort pour prouver qu’elles sont encore pertinentes, alors que leur expérience devrait être reconnue comme une force.
Comprendre que l’âgisme au travail est genré permet de mieux nommer ces réalités. Il ne s’agit pas seulement de vieillissement, mais de la manière dont la société valorise différemment l’âge selon le genre. Remettre en question ces normes, c’est reconnaître que l’expérience, les compétences et la créativité ne disparaissent pas avec les années.
Les milieux de travail ont un rôle à jouer : valoriser les parcours diversifiés, offrir des occasions de développement à tous les âges et éviter les commentaires ou pratiques qui renforcent les stéréotypes. Entre femmes, il est aussi possible de soutenir des discours qui reconnaissent l’expertise et la contribution de chacune, plutôt que de renforcer la peur de vieillir.
Les femmes ne devraient pas avoir à choisir entre être compétentes ou paraître jeunes pour être reconnues. Elles devraient pouvoir traverser les étapes de leur carrière avec la même légitimité que leurs collègues masculins. Les études montrent que cela reste un défi réel, et que la société doit agir pour corriger ce double standard.
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