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Pier Dutil

Regardez-vous encore la télé?

durée 18h00
8 juin 2026
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Par Pier Dutil

Au Québec, pour une population de 9,03 millions, il existe quatre chaînes de télévision généraliste francophones (Radio-Canada, TVA, Télé-Québec et Noovo) et quatre chaînes anglophones (CBC, CTV, Global et Citytv). S’ajoutent à cela les dizaines de chaînes spécialisées comme RDI, LCN, RDS, Explora, Séries Plus, Historia, Canal D, pour ne nommer que celles-là.

Tout cela pour dire que les téléspectateurs québécois disposent d’un vaste choix le moment venu de passer une soirée devant la télé.

Problèmes financiers

Si l’on se fie aux commentaires des dirigeants de ces réseaux, la situation financière de plusieurs n’a rien d’enviable. Le Président de Québecor, Pierre-Karl Péladeau, multiplie les déclarations concernant la diminution des budgets de publicité destinés aux stations de télé privées. 

Évidemment, la situation des chaînes publiques comme Radio-Canada et Télé-Québec est beaucoup moins précaire puisqu’elles sont financées par des fonds publics provenant des Gouvernements fédéral et provincial.

Depuis l’avènement des nombreux réseaux sociaux comme Facebook, Instagram, Google et autres, les budgets de publicité ont migré dans une proportion de plus de 75 % vers ces réseaux sociaux, menaçant ainsi la survie des télés génériques. Au cours des dernières années, le Groupe TVA a mis à pied plusieurs centaines d’employés, dont des journalistes. Des stations en région ont écopé. D’autres réseaux ont fait de même, dans des proportions moindres, mais tout aussi déplorables.

Où est le public?

Il est facile de comprendre que les annonceurs se dirigent là où ils espèrent atteindre un consommateur éventuel susceptible d’acheter leurs services ou leurs produits.

Mais, depuis plusieurs années, le nombre de téléspectateurs qui visionnent les réseaux francophones n’a cessé de diminuer. Les annonceurs visent à joindre la clientèle qui se situe entre 25 et 54 ans, car, semble-t-il, c’est là que se retrouve la clientèle cible payante.

Malheureusement pour les réseaux de télé généralistes, cette clientèle regarde de moins en moins la télé. Dans un article de Mario Girard publié dans La Presse+ du 1er juin dernier, ce dernier citait des données en provenance de Numeris, l’entreprise chargée d’évaluer les cotes d’écoute dans les médias télévisés et radiophoniques.

Au cours de la saison 2009-2010, les 25-54 ans représentaient 48 % de l’auditoire télé. En 2022-2023, ce même groupe ne représentait plus que 28 % de ce même auditoire. Cela explique la migration des budgets de publicité vers les réseaux sociaux, là où l’on retrouve présentement cette clientèle.

Ce délaissement de la télé par les plus jeunes pour s’informer ou se recréer est une tendance qui ne cesse d’évoluer. Des amis me confient que leurs enfants ne regardent plus la télé. Même que certains jeunes couples qui aménagent en appartement n’ont pas de téléviseur. On est branché sur le téléphone intelligent ou sur les ordinateurs.

La publicité, un mal nécessaire

Sans revenus publicitaires, les dirigeants des diverses télés sont limités dans leurs efforts de production. Même que certains réseaux ont fermé partiellement ou entièrement leurs services de production pour confier cette responsabilité à des producteurs privés auprès desquelles elles achètent les émissions que l’on regarde.

Mais, encore là, on met une pression constante sur les maisons de production pour qu’elles réduisent leurs coûts afin que les prix reliés à l’achat d’émissions soient les moins élevés possible.

Au Québec, les téléspectateurs peuvent compter sur une majorité d’émissions originales produites ici. Ce n’est pas le cas dans le reste du Canada où l’on regarde de très nombreuses émissions américaines.

Présentement, la publicité à la télé a atteint des proportions qui dérangent le téléspectateur. En effet, dans une émission de 30 minutes, près du tiers du temps est consacré à la publicité. Même chose pour les émissions de 60 minutes. On nous bombarde de 10 à 15 publicités d’affilée. Difficile pour un téléspectateur de retenir le message d’un annonceur dans un tel mitraillage.

Même les bulletins de nouvelles n’échappent pas à cette abondance de publicités. Je me souviens d’une époque pas très lointaine où on s’interdisait de diffuser des publicités au cours des bulletins de nouvelles.

Cela a eu pour effet que plusieurs téléspectateurs préfèrent enregistrer leurs émissions favorites pour les regarder plus tard en zappant les publicités. Je comprends cela, mais, il nous faut également comprendre que sans publicité, il n’y aurait pas d’émissions.

Dans le domaine des sports, les droits de télédiffusion permettant de diffuser les matchs professionnels comme le football américain, le hockey de la LNH et autres ont atteint des sommes énormes. On parle maintenant de milliards de dollars. Pour rentabiliser le tout, les réseaux de télé n’ont pas le choix de nous bombarder de publicités durant les matchs.

La multiplication des canaux

En même temps que les dirigeants des télés privées se lamentent à cause de la baisse des revenus de publicité, ils ne cessent de multiplier les canaux spécialisés, espérant ainsi retirer des revenus d’abonnement.

À lui seul, le Groupe TVA compte plus d’une dizaine de canaux différents : TVA, LCN, Addik, CASA, Évasion, Témoin, Prise 2, TVA Sports 1 et 2, Zest et qub.

En multipliant ainsi le nombre de canaux, on contribue à fragmenter l’auditoire qui se partage entre tous ces canaux. Quant aux annonceurs, le budget de publicité se répartit aussi entre plusieurs canaux. 

On est loin de l’époque où nous n’avions le choix qu’entre Radio-Canada et Télé Métropole.

Je n’ai pas le goût de retourner à cette époque et j’ose espérer que nous serons suffisamment nombreux à regarder notre télé, car il s’agit là d’un élément très important pour assurer le maintien de notre culture.

Courage

Il ne reste que 957 jours au mandat de Donald Trump. 

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