Beauceville
La pression citoyenne s'accentue sur l'usine de Royal Mat
«Est-ce qu'une pétition serait la meilleure solution?», a demandé Richard Duval au conseil municipal de Beauceville, en compagnie d'une vingtaine de citoyens concernés par les émanations de l'usine de Royal Mat.
Photos numériques à l'appui, Jean-Pierre Mathieu a montré les traces de suie répandues sur le site de sa résidence.
La suie se répand partout sur le site de la résidence de Jean-Pierre Mathieu, comme on peut voir sur ces photos et les suivantes.

Par Sylvio Morin, Chef des nouvelles
Une vingtaine de citoyens ont réclamé à la Ville de Beauceville des actions « plus vigoureuses » afin de régler le problème des émanations de fumée et des retombées de suie qui proviendraient de l'usine de recyclage de pneus Royal Mat, et qui « empestent notre vie. »
Le tout s'est passé à la période des questions de la séance régulière du conseil municipal, tenue ce lundi 6 juillet.
« Tout le monde aimerait trouver une solution à ce problème et je me dis qu'en travaillant tous ensemble, élus et citoyens, on pourrait probablement trouver une solution », s'est exprimé Richard Duval, qui a entrepris, avec sa conjointe Chantal Poulin, de mettre en lumière sur la place publique cette problématique de la qualité de l'air. Alors qu'il était seul lors de son intervention à la séance du 1er juin, la salle était comble, hier soir, de voisines et de voisins affectés par les émanations.
L'une d'entre elles, Johanne Roy, qui habite « en ligne directe » avec l'usine, a hésité longtemps avant de venir s'exprimer sur le sujet parce que des propriétaires lui disaient que « si on parle de ça publiquement, ça va dévaluer nos maisons. » Mais l'enseignante retraitée estime que les conditions sont devenues «intenables. Cette année, c'est de pire en pire. (Les émanations sont) la fin de semaine, les soirs, au souper. On n'est pas capable de manger à l'extérieur, on n'est pas capable d'étendre notre linge à cause de la suie », a-t-elle partagé au micro, elle qui craint pour la santé de ses enfants et ses petits-enfants qui habitent le quartier.
« Je suis plus capable! Je fais juste nettoyer dans mon été, s'est exclamé à son tour Jean-Pierre Mathieu, en montrant aux membres du conseil des photos numériques de suie sur plusieurs surfaces de sa résidence (murs, garde-corps, pavée, etc.) et des articles et objets se trouvant sur le terrain (chaises, table, chaloupe, etc.). Je peux pas profiter de rien. La semaine passée, j'avais de la visite. Il a fallu rentrer dans la maison. L'air climatisé marche, ça pue. Câline, ça pue. Je suis tanné que ça pue. Faites quelque chose! »
Rappelons que la semaine dernière, un porte-parole du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changement climatiques, de la Faune et des Parcs, avait indiqué à EnBeauce.com qu'aucun manquement à la loi n'avait été constaté envers l'usine Royal Mat, malgré les 11 signalements concernant les odeurs, acheminés depuis 2023.
«Les renseignements reçus jusqu’à maintenant n’ont pas été suffisants pour établir un manquement à l’article 20 de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) », avait écrit Frédéric Fournier, conseiller en communication du ministère pour la région de Chaudière-Appalaches, dans un message courriel.
Vers une pétition?
Après avoir remercié le maire Patrick Mathieu d'avoir entrepris les démarches de communication avec le ministère de l'Environnement pour se saisir du dossier, Richard Duval s'est demandé si la prochaine étape serait de lancer une pétition afin d'accentuer la pression sur les parties impliquées.
«Est-ce qu'une pétition serait la meilleure solution? Car après avoir rempli plusieurs fiches (de signalement) d'odeurs auprès du ministère, il n'y a pas grand-chose qui bouge. Je ne sais pas si ça prendrait cent personnes qui remplissent des fiches d'odeurs pour faire bouger le ministère. De quelle façon les faire bouger ? Peut-être que vous avez eu des réponses que je ne sais pas », a demandé M. Duval au premier magistrat.
Le maire a réitéré ce qu'il avait déjà dit, à l'effet qu'il était toujours en «acquisition de connaissances » pour avoir l'heure juste dans ce dossier, mais a avoué, lors de la séance, qu'il n'avait pu encore parler avec un dirigeant de l'entreprise, ses demandes en ce sens étant restées lettre morte. Il a aussi redit son intérêt à établir un dialogue constructif avec la compagnie.
Entretemps, il a mandaté le directeur général, Serge Vallée, d'entreprendre une «démarche de diagnostic» pour avoir un meilleur portrait des enjeux.
Ainsi, ce dernier a découvert que Royal Mat avait un certificat d'accréditation environnemental régi selon des normes datant d'avant 2004 et que, selon des fonctionnaires de l'Environnement, les entreprises ne passaient pas automatiquement d'un régime à l'autre lorsque des règlements plus restrictifs étaient adoptés.
Il a aussi tenté de déposer une «plainte collective» au nom des citoyens de la ville, mais le formulaire de signalement ne s'applique que pour des individus.
« Je pense que plus la population va mettre de la pression, plus ça va nous aider, surtout au niveau politique, pour pouvoir aller faire bouger les choses en haut. Car la ville tout seul, c'est pas assez », a indiqué M. Vallée qui invite les citoyens concernés à remplir les fiches de signalement du ministère. « Car s'il n'y a pas assez de plaintes, ce ne sera pas assez significatif à leur yeux. »
Quant au lancement d'une pétition. il estime que cela ajoutera un poids important dans la balance.
Enfin, signalons qu'EnBeauce.com a tenté à nouveau d'obtenir des commentaires de l'entreprise mais aucun porte-parole n'a donné suite à la demande.
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