Entrevue avec un explorateur urbain
À Saint-Georges, Daniel Poulin fouille le passé sous nos pieds
« Ça paraît être un grand titre, mais en réalité, ce que je suis, c'est un fouineur. » Daniel Poulin se présente ainsi, avec un sourire dans la voix, avant de préciser le nom plus officiel de son passe-temps: explorateur urbain.
Depuis plusieurs mois, cet homme arrivé à Saint-Georges à 18 ans, aujourd'hui retraité depuis deux ans, arpente la ville à la recherche de tunnels oubliés, de bunkers cachés et d'histoires que plus personne ne raconte.
Tout a commencé, dit-il, faute d'autre chose à faire dans sa jeunesse. « Mes amis tripaient sur sexe, drogue, rock'n'roll. Ça m'intéressait pas trop. Fait que tout ce qui me restait, c'était de me promener dans la ville. » Quarante-deux ans plus tard, cette habitude s'est transformée en véritable enquête sur les légendes urbaines de la région, à commencer par celle des anciens tunnels de prospection d'or, dont les gens plus âgés parlaient depuis toujours sans jamais en avoir la preuve. Une première confirmation est venue d'un tunnel découvert par la Ville en 1962 sous l'ancien cinéma de Saint-Georges, à la suite de l'incendie de l'hôtel Normandie, puis redécouvert en 2002 lors de travaux. « Là, j'ai dit : il y a quelque chose », se souvient Daniel Poulin.
Sa passion pour l'histoire locale s'est intensifiée après la lecture, en trois jours à peine, de la biographie de l'entrepreneur beauceron Édouard Lacroix.
« J'ai trouvé ça vraiment magique. Il y avait des scènes décrites dans le livre, puis la Société historique a les photos de ça. Ça mettait un piquant fou. »
Depuis, il ne regarde plus sa ville de la même façon. « Avant, je pouvais traverser une rue comme un piéton marche. Là, aujourd'hui, mes enfants trouvent ça tannant quand ils prennent des marches avec moi. J'arrête aux deux, trois pieds. »
Trois découvertes, une même curiosité
Au fil de ses recherches, Daniel Poulin a bâti un véritable réseau d'informateurs, des citoyens curieux aux survivalistes qui lui glissent des indices sur d'anciennes planques ou des bunkers oubliés. C'est ainsi qu'il a exploré un tunnel passant sous le Rock Café, sur la 1re Avenue, et un puits de prospection d'or près de la caserne de pompiers, deux découvertes qu'il a accepté de montrer sur place à EnBeauce.com, en plus du tunnel déjà connu sous l'ancien cinéma.
« Tu vois des preuves réelles qu'il y a eu un tunnel là, t'as l'autorisation de percer des portes vers l'autre bord. Ça commence à être intéressant », raconte-t-il.
Certaines de ses trouvailles viennent d'un ancien lit de rivière, le ruisseau d'Ardoise, où il a récupéré divers objets liés à la vieille usine Saint George Woolen Mills, aujourd'hui Tapis Venture. Parmi eux, une brique frappée du nom « Etna », fabriquée en Écosse, dont l'origine est finalement demeurée un mystère jusqu'à sa visite de l'usine.
« On m'explique qu'un jour, le boss, Tom Comrie, était écossais. Etna fait référence au volcan qui n'est pas loin de là. Nous autres, on cuit nos briques dans une terre qui devient rouge ; eux, une terre volcanique qui devient blanche. » Un détail que peu de gens remarqueraient, mais qui, mis bout à bout avec les autres, dessine pour lui toute une mémoire enfouie de la ville.
Daniel Poulin s'est aussi intéressé, un temps, à des rumeurs plus sombres circulant à Saint-Georges, après qu'un policier lui eut parlé d'activités nocturnes autour de la période d'Halloween, des messes noires et des séances occultes dont il n'a toutefois pas la preuve. « Fait que je pars à la course de ça pas mal tout le temps dans le coin d'Halloween », dit-il, plus fasciné qu'inquiet par ce genre de récit.
Un souhait pour la suite
Ce que Daniel Poulin espère maintenant, c'est un peu plus d'ouverture de la part de la Ville pour donner accès à certains lieux qui intriguent les citoyens, pas nécessairement historiques, mais simplement mystérieux à leurs yeux. « Les gens voient des petites cabanes barrées partout. C'est juste pour leur dire : voici ce qui est là-dedans. »
Pour lui, Saint-Georges mérite d'être redécouverte pour sa débrouillardise historique, celle qui l'a menée, à l'époque d'Édouard Lacroix, jusqu'en Angleterre, à Vancouver et jusqu'au Japon. « Le peuple de Saint-Georges, c'était vraiment les Gaulois du Québec, comme Astérix et Obélix. On avait une entraide, une débrouillardise qui est reconnue mondialement. Je sens qu'on est en train de la perdre. » Il invite d'ailleurs quiconque possède de vieilles photos ou des histoires familiales à les lui transmettre.
Daniel Poulin ne manque pas d'ambition pour la suite de ses recherches. « J'ai prévu de mourir à cent vingt ans. Fait qu'il y a du temps encore en masse pour se rattraper. »
EnBeauce.com vous invite à visionner l'entrevue vidéo intégrale avec Daniel Poulin ci-dessous, pour en découvrir encore plus.
RECOMMANDÉS POUR VOUS

Cinq «Bâtisseurs Victorois» décernés
Près de 140 convives ont assisté au 3e Gala des Bâtisseurs Victorois, tenu samedi soir au Manoir Route 66 de Saint-Victor, afin de souligner la contribution remarquable d’entreprises et de citoyens de la communauté. Cinq prix au total ont été décernés dans les volets Affaires et Communauté , par les organisateurs de l'événement, soit ...
LIRE LA SUITE
Deux personnalités médiatiques reconnues pour leur carrière
Avant de quitter officiellement ses fonctions, le député sortant de Beauce-Nord, Luc Provençal, a tenu à reconnaître le travail de deux personnalités médiatiques de la région, en leur remettant la médaille de l'Assemblée nationale du Québec. Il s'agit dans un premier temps de l'animateur radiophonique Jean-François Routhier, qui vient ...
LIRE LA SUITE
Du Mercredi étudiant à un premier album: l’histoire de L’autruche et la poule
Huit pièces, aucune parole et près de deux ans de soirées passées dans un sous-sol. Albert Cliche, Angelik Gagné et Justin Maheux, trois jeunes étudiants de la région réunis sous le nom de « L'autruche et la poule », dévoilent ce vendredi 9 octobre D'une minute à l'aube , leur premier album, disponible dès aujourd'hui. Le trio est ...
LIRE LA SUITE

