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10 février 2020 - 18:00

La peur est mauvaise conseillère

LA PEUR EST MAUVAISE CONSEILLÈRE

L’épidémie provoquée par le coronavirus en Chine continentale depuis quelques semaines est en train de créer un climat de panique un peu partout sur la planète.

Malgré les appels au calme lancés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les nombreuses mesures préventives prises par les gouvernements de plusieurs pays, des citoyens se comportent comme si la mort était à nos portes.

Les faits d’abord

Au moment d’écrire ces lignes (dimanche), le bilan fait état d’un peu plus de 37 000 personnes atteintes, dont 350 à l’extérieur de la Chine.

En Chine, la population est de 1 390 000 000 habitants. 37 000 personnes atteintes représentent donc une infime partie de l’ensemble de la population. De plus, sur le nombre de personnes atteintes, un peu plus de 800 sont décédées, soit 2 % de tous les cas.

Au Canada, moins de 10 cas ont été répertoriés, dont aucun au Québec.

Je ne prétends pas que cela est banal et qu’il n’y a pas de quoi s’énerver le poil des jambes. Cependant, il faut ramener les choses dans de justes perspectives.

De multiples précautions

Les dirigeants chinois ont tardé à reconnaître le sérieux de la situation, se permettant même d’arrêter le médecin qui a été le premier à sonner l’alarme. Il faut se rappeler que la Chine est dirigée par un parti communiste qui y maintient une dictature où les libertés sont quasi inexistantes. Ce n’est pas la transparence qui étouffe les dirigeants chinois.

Par contre, dans la plupart des autres pays, les gouvernements n’ont pas hésité à mettre en place une pléthore de mesures préventives pour éviter que l’épidémie chinoise devienne une pandémie. La plupart des pays qui ont accepté de rapatrier certains de leurs citoyens présents en Chine les ont placés en quarantaine pour 14 jours, le temps qu’il faut au virus pour se manifester.

On n’a pas pris de chances et même des passagers sur des bateaux de croisière sont confinés à leurs cabines pour éviter que le virus puisse se répandre.

À date, on peut dire qu’à part en Chine, la situation semble sous contrôle et il y a lieu de faire confiance aux responsables de la santé publique.

Des réactions exagérées

Malheureusement, des gens paniquent et réagissent de façon exagérée. À Montréal, certains refusent de fréquenter le quartier chinois. Des parents retirent leurs enfants de garderies où sont présents des enfants chinois, même si la plupart d’entre eux sont nés ici et n’ont jamais mis les pieds en Chine. Ce n’est pas parce qu’une personne a les yeux bridés qu’elle est porteuse du coronavirus. De grâce, respirons par le nez!

La situation actuelle me rappelle d’autres situations où les gens, guidés par la peur ou le manque de connaissances, n’hésitent pas à se livrer à des généralisations en développant des réflexes xénophobes. Depuis les tristes événements de septembre 2001 aux États-Unis où près de 3 000 personnes ont perdu la vie dans les attentats à New-York et à Washington, il se trouve encore des gens pour prétendre que tous les musulmans sont des terroristes, même ici, au Canada.

Pourtant, aux États-Unis, on compte près de 30 000 personnes tuées par les armes annuellement. Et, malgré cela, on se refuse toujours à limiter la possession d’armes d’assaut. La personne qui achète une AR-14 ou une AK-47 ne se prépare certainement pas pour la chasse à la perdrix, n’est-ce pas?

Des terroristes québécois

Lorsque je fais le bilan d’importantes tueries survenues chez nous, je constate qu’aucunes d’entre elles n’ont été l’œuvre de musulmans ou d’immigrants.

En 1984, à l’Assemblée nationale, c’est un Québécois pure laine, Denis Lortie, qui a tué trois personnes et fait plusieurs blessés, alors qu’il cherchait à assassiner des députés. En 1989, à l’école Polytechnique de Montréal, c’est encore un Québécois qui a tiré sur plusieurs jeunes femmes, faisant 14 victimes et plusieurs blessées.

En 2014, à St-Jean-sur-Richelieu, Martin Couture-Rouleau a tiré sur deux militaires, tuant l’un deux. Même chose à Ottawa lorsque Michael Zehaf-Bibeau a tué un soldat et a pénétré au Parlement avec l’intention de tuer des députés. Heureusement, il a été abattu avant de réaliser son projet.

Enfin, en 2017, à la mosquée de Québec, c’est encore un Québécois, Alexandre Bissonnette, qui a ouvert le feu sur des musulmans en prière, tuant six d’entre eux et laissant de nombreux blessés sérieusement sur place.

Alors, avant de blâmer les étrangers ou les gens pratiquant une religion différente de la nôtre, regardons-nous dans le miroir et apprenons à faire la juste part des choses.

Tous les Italiens ne sont pas des «mafiosi» et tous les motards ne sont pas des «hells angels». Cessons donc de nous laisser guider par la peur, car cette dernière est une très mauvaise conseillère.

La plupart de ces amalgames ne sont nullement justifiés.


Visionnez tous les textes d'opinion de Pier Dutil

PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine à celles et ceux qui ont tendance à se laisser guider par la peur :

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