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Éditorial de Pier Dutil

Pourquoi tue-t-on ses enfants?

durée 18h00
27 juillet 2020
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Quand les actualités m’apprennent qu’un parent a tué son ou ses enfants, à chaque fois, j’ai la même réaction. D’abord, je sens le sang se glacer dans mes veines et artères, puis je me pose toujours la même question : comment un parent peut-il en venir à tuer ses propres enfants?

Pour moi, cela me semble inimaginable. Pourtant, ça arrive beaucoup trop souvent.

Des cas que l’on n’oublie jamais

Récemment, Martin Carpentier a tué deux jeunes filles : Norah, 11 ans, et sa sœur Romy, 6 ans, avant de se donner lui-même la mort dans les bois de Lotbinière. À Montréal, dans son appartement, une mère a poignardé sa fille de 6 ans qui est décédée dans les heures qui ont suivi.

Cela n’est pas sans me rappeler le cas de Guy Turcotte qui, en 2009, dans sa résidence, a poignardé à mort ses enfants : Olivier, 5 ans et Anne-Sophie, 3 ans. Je me rappelle également du cas de Sonia Blanchette, cette mère de Drummondville, qui a noyé ses trois enfants : Lorélie, 5 ans, Loïc, 4 ans et Anaïs, 2 ans.

Et n’allez surtout pas croire que cela n’arrive qu’aux pères. Selon des statistiques fournies par l’Institut national de la Santé publique du Québec (INSPQ) et citées dans un article des journalistes Véronique Lauzon et Vincent Larouche de La Presse+ la semaine dernière, de 55 à 60 % de ces crimes sont commis par des hommes, alors que de 40 à 45 % sont l’œuvre de femmes.

Des témoignages scabreux

Dans le cas de Martin Carpentier, on ne connaîtra jamais le pourquoi et le comment de ce triste drame. Mais, on peut s’imaginer que cela ne s’est pas passé en douceur. Qu’il les ait tués à coup de pelle, en les étouffant ou autrement, je me dis qu’à un moment donné, il devrait prendre conscience de ce qu’il est en train de faire et réagir.

Ce fut la même chose pour Guy Turcotte qui, lors de son témoignage, avait raconté que son fils, qu’il était en train de poignarder, l’implorait d’arrêter. Il me semble que tu devrais réagir. Et ne croyez pas que Sonia Blanchette l’a eu facile lorsqu’elle a noyé ses trois jeunes enfants. Ils devaient sans doute se débattre et, encore là, la mère aurait dû sortir de sa bulle.

Ce type de crime, nommé filicide, dépasse l’entendement. On entend souvent des parents dire : «Quand on est parent, c’est pour la vie.» Ma mère, qui est décédée à l’aube de ses 87 ans et qui demeurait dans un CHSLD, se préoccupait encore pour sa progéniture dont les âges variaient alors de 38 à 64 ans.

Les fils se touchent

Le monde de la justice traite ces cas comme des crimes et c’est compréhensible puisque l’on parle de meurtres. Je reconnais n’avoir aucune compétence en psychologie et/ou en psychiatrie, mais il me semble que l’on a davantage affaire à des malades plutôt qu’à des criminels.

Les auteurs d’un filicide sont guidés par une motivation qui m’échappe. Ça peut être par crainte de perdre la garde de ses enfants, par un goût de vengeance contre le conjoint ou la conjointe qui a décidé de se divorcer ou pour n’importe quelle autre raison, mais aucun de ces motifs ne suffit à justifier un tel geste.

Au moment où un père ou une mère se livre à un tel acte, j’imagine qu’il ou elle est en situation de crise. Quelque chose se passe dans leur cerveau, les fils se touchent et on perd le sens de la réalité.

Je peux comprendre que la personne décide souvent de s’enlever la vie après avoir posé un tel geste. Mais, d’autre part, j’ai beaucoup de difficulté à comprendre comment un parent peut continuer à vivre après avoir assassiné son ou ses enfants. Il me semble que l’auteur doit revivre ces tristes moments à chaque jour de sa vie. Tu ne dois plus être capable de te regarder dans un miroir.

Mon épouse et moi n’avons pas eu d’enfants, par choix, mais cela ne m’empêche pas d’imaginer la portée de tels drames et de ressentir beaucoup de douleur lorsque cela se produit.

Finalement, je devrais peut-être me réjouir d’être incapable de comprendre ce qui se passe dans la tête des parents qui passent ainsi à l’acte, car, le jour où je pourrais penser comme eux, qui dit que je ne pourrais pas, moi aussi, poser un geste aussi stupide. Je ne ferai donc pas d’efforts pour tenter de comprendre et laisserai aux spécialistes en ce domaine le soin de tirer leurs propres conclusions.

Lisez tous les textes d'opinion de Pier Dutil

Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine aux parents qui vivent une mauvaise passe et qui ont des idées noires :

«Tu as besoin de beaucoup de raisons pour être triste, mais d’aucune pour être heureux.»  Auteur inconnu

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