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8 décembre 2017 - 08:35 | Mis à jour : 18:04

Une rescapée polonaise des camps de concentration nazis décède à 95 ans à St-Georges

Par Stéphane Quintin, Journaliste

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NOUVEAUTÉ : Vous pouvez écouter cette nouvelle en format audio en cliquant sur le lien ci-dessus

Dans la matinée du mardi 5 décembre dernier, vers 7h30, au centre d'hébergement Champlain-de-l'Assomption, à Saint-Georges, une résidente peu ordinaire s'est éteinte à l'âge de 95 ans, emportant avec elle une part importante de l'histoire du XXe siècle, la Polonaise Zdzislawa Solecka, connue dans la région sous le nom de Ghislaine Baillargeon. Pour rendre hommage à cette rescapée des camps de la mort nazis, son ami de trente ans, Yvon Thibodeau, qu'elle appelait son « petit frère », a tenu à rappeler son histoire tourmentée, échelonnée de drames, d'amour et de courage. 

Zdzislawa voit le jour à Varsovie le 29 mai 1922, au sein d'une grande famille polonaise. Son père, Adam, docteur en droit et en philosophie, travaille au ministère de la Culture. Il est fils de comtesse et la santé fragile de son épouse, catholique très pratiquante, amènera Zdzislawa à vivre durant plusieurs années chez ses grands-parents. Elle en gardera le souvenir de réceptions fastueuses, où la musique était omniprésente. À l'âge de vingt ans, elle termine ses études classiques dans le domaine des Beaux-Arts et commence à s'intéresser au droit. La Seconde Guerre mondiale aura raison de cet avenir qui s'annonçait sous les meilleurs auspices. 

Déportée dans les camps de la mort à 22 ans

Occupée par les troupes allemandes depuis 1939, la ville de Varsovie organise son insurrection à partir du mois d'août 1944, visant à rétablir les institutions de l'État polonais à l'approche de l'Armée rouge et à sortir de la clandestinité pour affronter l'occupant nazi. L'objectif de la Résistance était ainsi de pouvoir accueillir les libérateurs soviétiques en position de force. Si les combattants polonais parviennent à résister jusqu'en octobre, les troupes du Reich allemand finissent par briser les insurgés. Le quart de la ville est complètement détruit durant les combats. La population civile toujours présente est alors évacuée dans des camps de transit, puis déportée dans des camps de concentration. Parmi ces derniers, tous les membres de la famille Solecka. 

De Ravensbrück à Auschwitz, l'enfer des camps de concentration

Débarqués à Auschwitz, les Solecka sont alors séparés. Son petit frère, Mietsiwa, âgé d'à peine 12 ans, est jugé apte au travail et envoyé dans la section des hommes. Quant à son père, avant son transfert à Dachau, où il sera exécuté, il a le temps de prédire à sa fille un avenir meilleur après la guerre. En attendant, elle doit subir les sévices et les mauvais traitements dans cet enfer où « ça sentait la mort ». La faim, le froid, la violence et les maladies sont le fardeau de son quotidien plein de souffrances sur lequel elle a eu besoin, par la suite, de se livrer pendant de longues heures. Yvon Thibodeau a été l'une de ces oreilles attentives auprès desquelles la rescapée a pu trouver un exutoire et accomplir ainsi la transmission de ses cauchemars de jeunesse, pour que l'humanité n'oublie jamais la barbarie nazie. 

« Une fois un officier de la Gestapo lança son chien après moi. Sachant que ces énormes danois avaient l'habitude de refermer leurs mâchoires sur la gorge de leur proie, je me suis jetée face contre terre, en tentant de me protéger le cou de mes mains, ce qui me sauva la vie », a confié la rescapée des camps. 

Évacuée dans plusieurs camps suite à l'avance de l'armée soviétique, la jeune femme, témoin des pires atrocités, participe en 1945 à une longue marche d'évacuation dans la Forêt-Noire, en Allemagne, au cours de laquelle les nombreuses morts par épuisement permettront aux nazis de n'avoir pas à procéder à des fusillades de masse qui auraient laissé trop de traces. Tenaillée par la faim, elle manque de se faire abattre à bout portant par un garde alors qu'elle s'éloigne du groupe de prisonniers pour aller cueillir des herbes de moutarde. L'arme n'ayant pas fonctionné, son bourreau se contente alors d'assouvir sa rage d'un violent coup de crosse. Retrouvée plus tard au-dessus d'une auge à cochon après une nouvelle fuite, elle sert finalement de monnaie d'échange contre une bouteille de whisky. 

Le retour à la liberté puis le besoin de quitter l'Europe

« Les soldats qui devaient nous surveiller désertèrent leur poste face à l'avancée des troupes russes. Lorsque nous avons entendu le bruit des chars d'assaut, nous avons décidé de tenter de sortir de cette grange dans laquelle on nous avait enfermés. Avec l'aide d'une amie, j'ai réussi à m'extirper de ma prison en enlevant quelques planches. C'est alors que j'ai remarqué un jeune soldat russe qui était assis sur son cheval. Comme je parlais cette langue, j'ai su qu'il s'appelait Vanya et qu'il avait combattu en Pologne. C'est à ce moment qu'il m'a annoncé que la ville de Varsovie, où j'avais été si heureuse, entourée des membres de ma famille, avait été complètement détruite par les bombardements », a expliqué Zdzislawa à Yvon Thibodeau. 

Ayant retrouvé sa mère et son frère à l'issue de la guerre, la jeune femme complète alors des études en sciences policières et travaille quelques années en Allemagne où, renouant avec sa créativité, elle gagne un concours d'artisanat. Apprenant finalement que plusieurs Polonaises devaient quitter un village près de Francfort suite à la visite du Canadien Ludger Dionne, député fédéral qui recrutait des ouvrières pour son usine de filature à Saint-Georges, elle décide de saisir sa chance et traverse alors l'océan, laissant derrière elle tous les malheurs endurés en Europe. 

L'arrivée à Saint-Georges-de-Beauce et le début d'une nouvelle vie 

Hébergée à son arrivée par les Soeurs du Bon-Pasteur avec les 99 autres Polonaises recrutées par Ludger Dionne, elle quitte son travail à l'usine en raison de nombreux évanouissements consécutifs aux souffrances vécues dans les camps et se voit finalement confier un travail de servante auprès des Baillargeon. Elle tombe alors amoureuse du mari, Jules Baillargeon, qui finit par l'épouser le 11 octobre 1969. À noter qu'il s'agissait, selon Yvon Thibodeau, du premier mariage civil célébré dans la Beauce. Ayant déménagé pendant un temps à Montréal, où Zdzislawa, devenue Ghislaine Baillargeon, a suivi une carrière de mannequin, le couple revient s'établir à Saint-Georges dans une maison de style suisse, située face à l'auberge Benedict Arnold. La partie avant de leur demeure servait alors de boutique, dans laquelle elle vendait les produits artisanaux qu'elle prenait plaisir à confectionner. 

Le droit au bonheur

Follement amoureuse de son mari, Ghislaine, qui ne parlait pas un mot de français lors de son arrivée, bien qu'elle pût s'exprimer par ailleurs en polonais, allemand, russe, ukrainien, slovaque ou encore latin, est ainsi parvenue à trouver la sérénité auprès de Jules Baillargeon, décédé d'un cancer en 1989, à l'âge de 78 ans. Après avoir demeuré à l'Hôtellerie de l'Ardoise et à la résidence Marie-Pier de St-Côme, Zdzislawa résidait au CHSLD Champlain-de-l'Assomption depuis l'été dernier, où elle est décédée le 5 décembre. Une liturgie de la parole a été célébrée ce vendredi à 10h30 à la chapelle du Parc commémoratif Chaudière-Appalaches. N'ayant pas eu d'enfants, elle laisse surtout dans le deuil de nombreux amis, dont Yvon Thibodeau, qui a tenu à lui rendre un dernier hommage. 

« Ma chère Ghislaine, je m'estime très chanceux de faire partie de tous ceux qui ont eu le plaisir et l'honneur de te connaître, et surtout d'avoir eu la chance de recevoir tes confidences », a-t-il tenu à réagir. 

« Je pense que nous pouvons tous être fiers de ce que nous avons fait pour celle qui, à une certaine époque, a vécu un véritable enfer, mais qui a pu surmonter tous ses malheurs grâce à son exceptionnel courage et sa détermination de ne jamais abdiquer devant les obstacles que la vie avait mis sur son chemin. Une inoubliable leçon de vie que nous a fait partager mon amie Zdzislawa Solecka .» 

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13 réactionsCommentaire(s)
  • Dans les années 1990,j'ai eu le privilège de discuter avec Madame Baillargeon lors de la visite de son commerce d'artisanat qui était situé en Face de l'École de L'entrepreneurship de Beauce.Cette dame est un exemple de courage et de détermination pour nous tous !

    Denis Fortin - 2017-12-08 12:30
  • Quelle grande dame! Dommage que beaucoup de beaucerons, n'ayons pas connu cette histoire avant. Au moins maintenant nous la connaissons. Quiel vécu. Merci de vous être confiée à un ami afin de ne jamais oublier cette terrible époque.

    Odette Bisson - 2017-12-08 14:09
  • Très touchant. cette guerre a tellement détruit de vies.

    Hélène - 2017-12-08 15:15
  • Pourquoi ne pas renommer le parc "Carpe Diem" en son nom? Le parc Solecka

    Action Bronson - 2017-12-08 15:23
  • Puisque madame Solecka n'a malheureusement pas eu de descendance, qu'elle a longtemps vécu à Saint-Georges et qu'elle fait partie de l'Histoire de la ville étant donné qu'elle était une des 100 polonaises invitées par M. Ludger Dionne, je trouve que la suggestion d'Action Bronson de donner son nom au parc que les autorités ont choisi de nommer Carpé Diem est excellente.
    Son nom de famille n'est pas difficile à prononcer et ce serait un bel hommage pour cette survivante. Tout le monde à Saint-Georges de plus de 40 ans connaît le commerce qu'elle a longtemps possédé dans le secteur de la Croisée des chemins. Au moins, ce serait plus significatif que Carpé Diem !!!

    R. Fortin - 2017-12-08 16:05
  • Wow. Quelle vie remplie de désespoir mais qui se termine sur une bellenite .
    Également en accord pour le nom du parc !!! Quelqu'un veutbien en faire la demande a la mairie ??

    Était-ce le mafasin juste à côté de la crémière face au benedicte arnorld ??

    Émue - 2017-12-08 17:27
  • C`EST D`AVOIR lE COURAGE DE VOULOIR VIVRE RiP MME SOLECKA.

    monique côté - 2017-12-08 23:44
  • Merci à toi son ami pour ce partage.

    Auguste - 2017-12-09 07:01
  • il reste une polonaise a st georges stephania asiac au st guillaume elle serais interessante a avoir en entrevue elle a travailler a la dionne spinning toute sa vie

    une belle histoire de vie - 2017-12-09 07:54
  • @Emue
    Oui, il s'agit bien de ce magasin. Il était peint en turquoise et avait une forme triangulaire. Il a été démoli et je crois que c'est la Croisée des chemins qui occupe aujourd'hui ce terrain.

    R. Fortin - 2017-12-09 08:06
  • Cette dame avait beaucoup de courage. Peut aurait pu survivre à autant d'épreuves difficiles. Pour ma part, je la trouve très bonne d'avoir pu endurer tous ces malheurs. Je lui souhaite du bonheur dans l'au-delà. Je vous aime, madame.

    gisele - 2017-12-09 22:09
  • Chapeau et reconnaissance à cette dame qui a réussi après toutes ces années de souffrances où elle a réussi à se faire une nouvelle vie dans la Beauce.Qu'elle repose en paix!

    Louise - 2017-12-10 12:48
  • J'ai eu l'occasion une fois de jaser avec cette dame il y a très longtemps. Quelle classe elle avait!!

    michel poulin - 2017-12-10 15:37