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Portrait

La chasse au féminin : Danye Vachon

durée 18h00
14 octobre 2020
Léa Arnaud
durée

Temps de lecture   :  

6 minutes

Par Léa Arnaud, Journaliste de l’Initiative de journalisme local

Danye Vachon est une agricultrice beauceronne de 49 ans qui chasse depuis l’âge de 18 ans.

Cette ancienne coiffeuse est copropriétaire de la ferme Tarli inc. à Saint-Honoré-de-Shenley depuis son mariage en 1994. Cet établissement comprend une ferme laitière, une érablière et de nombreux terrains où ils pratiquent la chasse en famille.

Quand avez-vous découvert la chasse ? 
« Dès l’âge de 10 ans, je suivais mon père et mes oncles à la chasse fine. On marchait en forêt pour essayer de voir des chevreuils. Et contrairement à mes frères, je chialais toujours pour y aller, ce qui surprenait ma mère. Et petit à petit, il est venu le temps de suivre mon cours de maniements et possessions d’armes à feu, je l’ai donc passé à 18 ans et je chasse depuis. J’ai aussi passé mon cours d’arc en 2000.

Je pense que la chasse c’est un peu comme la politique, une fois que tu tombes dedans c’est fini ! »

Qu’est-ce qui vous plaît dans cette activité ?
« J’ai baigné dans ce milieu depuis toujours, mais j’étais aussi curieuse de me mettre au défi. Voir si en tant que femme je pouvais défier les animaux comme un homme. 

Ce qui me passionne entre la chasse, la pêche etc., c'est le temps passé en forêt. C'est un temps où tu peux relaxer et je m’y sens bien. Je ne suis pas très peureuse quand je suis en forêt, j'aime ça parce que ça sent bon, les couleurs changent, etc. L’odeur d’une première gelée blanche à l’automne c’est ça que j'aime particulièrement. 

La préparation aussi, par exemple cette année on part le 30 octobre et je sais que je vais aller faire l'épicerie avec ma mère. Il faut préparer le stock, les affaires, les valises, … Quand on est sur le départ , on est tous contents, on va à la chasse, on ne sait pas ce qui nous attend. Sur place, on part chacun de notre côté et puis le soir on revient au chalet, on se conte ce qu'on a vu, si quelqu'un a eu un animal etc. C'est un peu tout ça que moi j'aime aussi. 

Ce n’est pas juste d'abattre un chevreuil ou un orignal, c'est sur que c'est la cerise sur le sundae, oui tu as réussi, mais c'est tout ce qui l'entoure. Même installer les caméras c'est fun, ça permet de voir le potentiel sur tel ou tel terrain de chasse. »

La mise à mort d’un être vivant ne vous dérange pas ?
« Quand j'étais petite, j'avais de la peine quand je voyais un chat mort ou même là quand on perd une vache de notre ferme laitière, ce sont des animaux que j'ai élevés, dont je m'occupe… Mais un jour mon père m'a fait comprendre que c'est un équilibre, c'est pour ça que c'est réglementé, il s'agit de le faire correctement et de respecter l'animal. » 

Quelles armes utilisez-vous et pour quels animaux ?
« À mes débuts, je chassais surtout le chevreuil à la carabine, mais maintenant j’utilise seulement une arbalète. Je m’intéresse aussi à l’orignal, au dindon et au petit gibier. Avant, je chassais aussi les ours mais j’ai délaissé cette pratique après avoir quitté mon club de chasse. Cependant, si l’occasion se présente, j’y retournerais. » 

Qu’est ce qui est différent avec la chasse à l’arbalète ?
« Cela demande un niveau un peu plus élevé car il faut être plus près de l’animal. Le chevreuil détecte très bien les odeurs et les mouvements, mais ils s'habituent aussi d'année en année et deviennent plus méfiants. 

Au début où nous chassions à l'arc ou à l'arbalète sur nos terres, le chevreuil ne regardait pas nécessairement dans les arbres, maintenant il s'est habitué il sait qu'il peut y avoir de quoi dans les arbres. Avant on pouvait faire plus de mouvements avant qu'il parte alors que maintenant c'est plus délicat. 

Et c’est important de se tenir à la bonne distance pour faire un tir propre à l’arbalète. Si je doute que le gibier ne soit pas placé correctement, surtout à l'arbalète, et bien je vais attendre, je vais revenir un autre soir, mais je ne prendrais pas de chance. C'est important aussi de bien connaître son arme, savoir  à quelle distance elle tire avec précision. »

Vous souvenez-vous de votre première chasse armée ?
« Oui je me souviens de mon tout premier chevreuil. Il n’y en avait pas vraiment à Saint-Honoré donc je l'ai tiré sur la Zec JARO au fusil calibre 12. Je l'avais manqué dans l'avant-midi, car il m'avait surpris, il était déjà là quand je suis venu m'installer, j’ai tiré juste par dessus. Alors en après-midi j'y suis retourné et je l'ai eu.

Après ça j’ai toujours chassé, de 18 à 49 ans, il y a seulement une année où je n'ai pas tué. J’ai eu la chance d'avoir toujours des mâles sauf ce premier qui était un jeune chevreuil, j'avais le droit à cette époque-là. »

Avez-vous déjà eu peur ? 
« Je ne suis pas très peureuse en général, mais une fois j'allais, avec mes chaudières de desserts, pour appâter des ours, j'étais allé voir et ils ne venaient pas encore régulièrement, car c'était tôt en début de saison, à la fin du printemps. En arrivant, j’ai eu l’impression de voir quelque chose bouger. Là, l'ours était dans le même chemin de bois que moi et il s'est mis debout. On était peut-être à 125 pieds l'un de l'autre, j’ai figé. Je sais qu’il ne faut pas le regarder dans les yeux, j'aurais juste eu à parler fort, mais je n‘ai pas dit un mot. Je tenais mes deux chaudières à bout de bras et j'ai juste détourné le regard. Lui il était curieux donc j'ai pris un détour pour rejoindre mon camion et lui est partit. Alors c'est ça, il faut être prudent. »

Est-ce que votre mari est chasseur lui aussi ?
« Oui lui aussi aime la chasse, il pratiquait déjà avant notre rencontre. Il allait chasser aux États-Unis avec son père. Nous avons même fait notre voyage de noces à l’île Anticosti en 1994 et nous y sommes retournés une deuxième fois l’année suivante. Maintenant on a deux enfants de 19 et 23 ans et eux aussi chassent après avoir trempé dans le domaine depuis leur enfance. »

Est-ce que ça a été difficile de se faire une place dans un milieu où on voit surtout des hommes ?
« Non ça ne m’a jamais freiné d'être dans une femme. J’étais d’ailleurs la seule fille de mon cours de chasse. Oui les premières années il y avait beaucoup de jugement car on était peu de femmes. Les hommes se demandaient si c’était vraiment elles qui allaient à la chasse etc. Et finalement à force de nous voir revenir souvent avec un gibier, ils se font une raison.

J’ai vu quand même une évolution. Par exemple, à mes débuts, il y en avait très peu et les vêtements adaptés n'existaient pas, ce n’était que pour les hommes. À fortiori les compagnies se sont aperçus qu’il y avait des demandes dans les boutiques de chasse, maintenant elles se sont habitués donc elles ont plus de produits, des vêtements et bottes pour femmes. »

À la maison vous ne mangez que de la viande de bois ?
« Oui, on est tous chasseurs dans la famille, donc ça fait de la viande pour toute l'année. En plus, je vais à la pêche aussi. 

Je suis stricte sur le traitement de la viande, j'essaie d'aller vite et de la déposer au boucher le plus vite possible. Ensuite, lui nous fait pleins de choses, de la saucisse, des steaks marinés etc. Au moins on sait vraiment ce qu'on mange !

Ça fait aussi 23 ans que j’organise un souper de chasse. Avant c'était à la cabane à sucre de mes parents, c'était en famille et avec des amis. À chaque fois on fait un petit concours, qui a le plus gros panache d’orignal, pour le chevreuil aussi. Et puis chacun amène un plat, mais c’est uniquement avec de la viande de bois. Maintenant on est trop nombreux alors on fait ça dans une grande salle fin novembre quand la chasse est terminée. »

Qu’est-ce qui vous donne le goût de continuer ?
« Quand un orignal arrive sur le call c’est qu’il veut se battre avec l'autre mâle qui serait supposément sur son territoire donc il s'approche en dandinant son panache. Alors quand je le vois arriver, même après toutes ces années, j’ai le coeur qui palpite. C’est impressionnant. C'est juste qu’à force tu sais pourquoi il fait ça et tu es plus préparé.

Le jour où je n’aurais plus cette sensation-là, ces palpitations, ce ne sera plus le fun. On n'a jamais fini d'apprendre, parce que parfois tu fais tel truc avec un orignal ça marche, et l'année d'après tu le refais et ça ne marche plus. Tu ne sais pas vraiment pourquoi, c'est peut-être une erreur, ou il t'a senti à cause du vent par exemple. 

Mais même après plusieurs années, cette sensation est toujours là. J’espère ne pas perdre ce goût-là. »

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Découvrez cette semaine des portraits de chasse au féminin

commentairesCommentaires

2

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  • RB
    Réjean B.
    temps Il y a 2 ans
    Qu'est-ce qu'on fait avec le cadavre d'un ours? On le mange ou c'est juste pour le plaisir de tuer?
    Pour les chevreuils, ce n'est plus du "sport"; il y en a plein qui se promènent en ville!
  • PD
    Pierre Demers
    temps Il y a 2 ans
    Bravo ! Aussi a ma cousine Paule Demers grande passionnée de la chasse et pêche

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