Une course de 135 km et un sommet de plus de 6000 m
Du Québec Méga Trail à la Bolivie : l'été sans répit de Justin Rodrigue
Justin Rodrigue a couru un trail de 135 km, montée un sommet de plus de 6000m en Bolivie et accompagné un groupe de voyageurs au Pérou
« C'est fini, j'arrête. Il y a aucune chance que je reparte ». Au kilomètre 75 du Québec Méga Trail, un ultra-marathon de 135 km, Justin Rodrigue avait pris sa décision. Assis à un ravitaillement, la montre et les souliers retirés, le jeune athlète de Saint-Georges, 20 ans, était certain d'en avoir terminé pour cette année.
Il n'imaginait pas encore que cette course allait devenir, avec un séjour en Bolivie et un voyage au Machu Picchu, l'un des étés les plus intenses de sa jeune carrière.
Le 3 juillet dernier, Justin Rodrigue prenait le départ du Québec Méga Trail avec la confiance d'un athlète qui avait déjà bouclé, un an plus tôt, l'Ultra-Trail Harricana de 125 km. Mais dès les premières heures de course, dans la nuit humide et technique, il assiste à un grave accident.
Un coureur français glisse et chute sur un pont mouillé. « Sur le coup, je n'avais pas trop de détails. J'ai juste vu quelqu'un en bas avec une couverture de survie et avec les secouristes », raconte Justin Rodrigue, qui apprendra plus tard l'ampleur des blessures de l'athlète, défiguré et hospitalisé trois semaines. « Ça met un petit coup de pression, ça te remet à ta place », confie-t-il.
Le kilomètre 75, et son équipe qui a tout changé
La course, déjà éprouvante, prend une tournure différente de celle de l'an dernier. Le format impose deux nuits complètes sur le parcours plutôt qu'une, et Justin sent rapidement qu'il lui manque, cette fois, la motivation brute de sa première tentative.
« L'année passée, je voulais vraiment me le prouver à moi que j'étais capable. Cette année, j'avais moins ce pourquoi-là, admet-il. Au kilomètre 75, épuisé, il annonce à son équipe qu'il abandonne. J'étais content de moi. J'avais rien à prouver à personne. » Mais ses amis et sa blonde, présents au ravitaillement, refusent de le laisser partir sur cette décision.
Après une heure passée assise avec eux à manger et à parler, quelque chose bascule. « C'est vraiment grâce à eux que je suis reparti. Sans mon crew, sans mes amis, sans ma blonde, je serais jamais reparti. »
Les kilomètres suivants sont les plus durs. Passé minuit, lors de la seconde nuit sans sommeil, Justin commence à halluciner. « J'ai vu des poules dans le bois, j'ai vu des voitures, j'ai vu des humains au bout du chemin. À chaque fois que j'arrivais, il y avait rien. » Trop épuisé pour continuer, il s'étend à même le sentier avec une alarme réglée à huit minutes, sans réussir à dormir, avant de repartir.
Il franchit finalement la ligne d'arrivée au petit matin, après 33 heures et 26 minutes d'effort et à peine dix minutes de sommeil total, terminant 137e sur 312 coureurs. « J'ai toujours pas trouvé les mots pour savoir ce que je ressentais après la course. Oui, j'étais fier, mais on dirait que je savais déjà que j'étais capable. »
La course lui permet aussi d'amasser 5 000 $ pour la Fondation Vincent Bourque, dédiée à la sclérose latérale amyotrophique (SLA), portant à plus de 10 000 $ ses collectes des deux dernières années. « J'ai personne dans ma famille directe qui est gravement malade, mais ça me fait vraiment plaisir de les aider, eux, mais aussi les autres familles à travers cette maladie. »
En Bolivie, l'acclimatation change tout
Un mois plus tard, Justin Rodrigue s'envolait pour la Bolivie afin de gravir le Huayna Potosí, un sommet de 6 088 mètres. Contrairement à la majorité des grimpeurs, qui montent au camp de base en voiture avant une ascension de trois jours, son groupe a choisi de s'acclimater d'abord sur un trek en autonomie de sept jours, en dormant sous la tente jusqu'à 5 200 mètres d'altitude.
Le choix s'avère payant. « On rattrapait tout le monde. Il y avait des vomissures partout sur la trail, des gens qui faisaient demi-tour. C'est là que tu vois que tu es content d'être acclimaté », raconte-t-il. Le sommet est atteint au lever du soleil, par un froid modéré d'environ -15 à -20 degrés. « On a pu en profiter, prendre des photos, des vidéos. » Comparée à l'ascension de l'Island Peak au Népal l'an dernier, marquée par le mal des montagnes et l'épuisement, celle-ci lui a demandé neuf heures d'effort réel contre dix-sept l'an dernier pour une altitude comparable.
« L'année passée, je tombais par terre, je perdais connaissance. Là, on est monté, on est descendu, on rattrapait tout le monde. »
Un détour par le Machu Picchu
Justin Rodrigue a terminé son été par un voyage bien différent, au Pérou, où il a organisé un séjour de groupe au Machu Picchu et au Choquequirao, une cité inca moins connue et moins fréquentée, à la suite d'une proposition reçue d'une agence européenne grâce à son contenu sur les réseaux sociaux.
« C'est long avant que tu voies que tes efforts payent. Le fait de me faire proposer d'organiser un voyage, c'était complètement malade. »
Après un trek de six jours, le groupe atteint le Machu Picchu aux premières lumières du jour. « C'était complètement magnifique. » S'il reconnaît le caractère touristique du site, fréquenté par jusqu'à 5 000 visiteurs par jour, il en retient surtout l'aspect humain du voyage. « Il y en a beaucoup qui aiment voyager, mais qui ont peur de le faire seuls. Pouvoir amener des gens avec moi, c'était vraiment cool. »
Des projets plein la tête pour la suite
L'automne s'annonce déjà chargé pour le jeune athlète, qui vise un podium au Beaver's Ultra de Saint-Georges, une épreuve de 24 heures prévue début novembre.
En janvier, il espère gravir en autonomie complète, sans guide, l'Ojos del Salado, le plus haut volcan actif au monde, à la frontière du Chili et de l'Argentine, aux côtés de trois autres alpinistes québécois.
Mais c'est un projet encore plus lointain qui occupe déjà ses pensées, un objectif qu'il prépare pour 2028 et qu'il refuse pour l'instant de dévoiler. « J'en parle pas tout de suite, mais j'ai vraiment hâte de l'annoncer. Ça va être quelque chose d'énorme », a-t-il conclu.
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