Pier Dutil
Qu’est-ce qui se passe avec notre électricité?
Par Pier Dutil
Les dirigeants d’Hydro-Québec ne sont pas toujours faciles à suivre. Selon les années, on risque de manquer d’électricité ou bien on en a trop.
Dans son plan d’action de 27 pages déposé en 2023 et intitulé «Vers un Québec décarboné et prospère» Hydro-Québec prévoit des investissements de quelque 185 milliards de dollars (185 G$) pour accroître sa capacité. Aujourd’hui, on parle même de doubler la production actuelle d’ici 2050, ce qui ferait passer la facture à plus de 200 G$.
On en manque ou on en a trop?
En 2000, Hydro-Québec lançait l’idée de construire une centrale au gaz à Beauharnois, en Montérégie, parce que l’on craignait de manquer d’électricité. Ce projet a suscité une levée de boucliers un peu partout au Québec, ce qui a incité Hydro-Québec à renoncer à son projet. Et le Québec n’a pas manqué d’électricité.
En 2015, voilà que l’on a maintenant trop d’électricité et surgit l’idée que l’on pourrait en vendre aux états américains de la Nouvelle-Angleterre. Des contrats d’exportation sont signés en 2018 et 2021 pour approvisionner Boston et New York. Il s’agit de contrats d’une durée de 20 ans qui nécessitent d’importants investissements pour construire les lignes de transmission.
Maintenant que l’on s’est engagé avec les contrats américains, on parle à nouveau du risque de manquer d’électricité. Qui dit vrai?
Besoins en hausse
Depuis quelques années, les besoins d’électricité au Québec sont en hausse, notamment avec l’arrivée des véhicules électriques et d’industries à forte consommation d’électricité comme celles de la filière batterie et des centres de données.
On sait tous que la filière batterie a vu plus de projets disparaître que devenir réalité, mais certains sont toujours vivants. Plusieurs centres de données souhaitent s’établir au Québec où l’électricité est la moins chère en Amérique du Nord.
Le Québec dispose de nombreuses sources d’électricité renouvelable et propre, mais encore faut-il en faire un usage raisonnable. On reproche souvent aux consommateurs d’utiliser trop d’électricité, voire même d’en gaspiller.
Il est vrai que le Québec est l’une des sociétés les plus énergivores au monde, mais on est aussi l’une des seules où on nous a convaincu de chauffer nos maisons à l’électricité. J’ai suffisamment de vécu pour me rappeler que nos résidences étaient chauffées au mazout avec un immense réservoir dans les sous-sols. Hydro-Québec a même subventionné les propriétaires pour qu’ils adoptent l’électricité.
Selon une étude réalisée par la Chaire de Gestion du secteur de l’électricité HEC Montréal en 2023, la consommation par forme d’énergie au Québec en 2020 était répartie ainsi : 42 % électricité, 50 % combustibles fossiles (gaz naturel, produits pétroliers, charbon et propane) et 8 % biocarburants.
Présentement, 175 projets industriels sont en attente de se voir attribuer des approvisionnements représentant 30 % de la capacité totale actuelle d’Hydro-Québec. Tout cela en plus des PME québécoises que l’on incite à se décarboner en utilisant l’électricité. Il est certain que le Québec ne pourra satisfaire toutes ces demandes et ça m’inquiète de savoir que l’attribution de ces ressources est entre les mains du ministre de l’Énergie, un politicien. C’est beaucoup de pouvoir pour une seule personne.
Si l’on maintient l’objectif de décarboner le Québec d’ici 2050 et de réduire le plus possible l’utilisation des combustibles fossiles, il faudra disposer de plus d’électricité.
Des investissements pharaoniques
Tel que mentionné en introduction, Hydro-Québec prévoit devoir investir plus de 200 G$ pour développer de nouvelles sources d’approvisionnement.
Quatre rivières situées dans le Grand Nord québécois sont dans la mire d’Hydro-Québec. Il s’agit des rivières Petit Mécatina sur la Côte-Nord, Caniapiscau, À la Baleine et George en Ungava.
Il faut également tenir compte d’une nouvelle entente à venir avec Terre-Neuve-et-Labrador pour l’exploitation de l’électricité de Churchill Falls. Une entente signée en 1969 permet à Hydro-Québec d’utiliser cette ressource à un prix ridiculement bas jusqu’en 1941.
En plus de l’hydroélectricité, Hydro-Québec prévoit multiplier les parcs éoliens, développer davantage le solaire et le gaz naturel renouvelable.
Les investissements en argent ne suffiront pas pour permettre la réalisation de tous ces projets, il faudra aussi des ressources humaines. Hydro-Québec évalue avoir besoin de quelque 35 000 travailleuses et travailleurs pour accomplir le travail. Où va-t-on recruter tout ces gens? Allez savoir.
Il y aura de l’opposition
Face à tous ces projets, il faut s’attendre à voir surgir de l’opposition en provenance notamment des Premières Nations et des lobbys écologiques.
Au Québec, quand on met la «switch» à «on», on est bien content de voir surgir la lumière, mais, en même temps, on s’oppose à la construction de nouvelles centrales hydroélectriques des lignes de haute tension et des pylônes, des poteaux et des fils qui acheminent l’électricité jusqu’à nos résidences. Même chose pour les parcs éoliens. La logique ne nous étouffe pas.
Un peu d’histoire
Les premiers balbutiements d’Hydro-Québec remontent à 1944 aves la création de la Commission hydroélectrique du Québec. C’est en 1963, avec la nationalisation des 80 entreprises privées qui desservaient le Québec en électricité qu’Hydro-Québec a véritablement pris son envol.
Sur le site internet d’Hydro-Québec, la mission de cet organisme se lit comme suit : «Fournir une alimentation fiable et sûre avec une énergie propre et renouvelable.»
Si Hydro-Québec s’en tenait uniquement à l’accomplissement de cette mission, on n’exporterait pas de l’électricité aux États-Unis, on n’aurait donc pas besoin d’investissements pharaoniques pour satisfaire ces clients de l’extérieur et il y aurait suffisamment d’électricité pour satisfaire les besoins du Québec.
Aujourd’hui, en plus d’être le fournisseur principal d’électricité au Québec, Hydro-Québec doit répondre aux demandes du Gouvernement qui s’attend à recevoir à chaque année des dividendes plus importants. Car, il ne faut pas oublier que le seul vrai propriétaire d’Hydro-Québec, c’est l’État québécois qui reçoit annuellement quelques milliards de dollars en dividendes.
Hydro-Québec aujourd’hui, c’est 62 centrales, 262 474 kilomètres de lignes de transport et de distribution, 4,4 millions de clients et quelque 23 500 employés, cela sans compter les contractuels
Hydro-Québec, c’est aussi un chiffre d’affaires de 17,9 G$ en 2025 et un bénéfice net de 2,9 G$.
Hydro-Québec a été créée par et pour les Québécois. Elle devrait se contenter de produire de l’électricité pour les Québécois.
Courage
Il ne reste que 943 jours au mandat de Donald Trump.
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