Entrevue avec Elliot Poulin
Des os de cervidés intriguent un étudiant de Saint-Prosper
Un étudiant originaire de Saint-Prosper, Elliot Poulin, a partagé les résultats surprenants de certaines analyses réalisées dans le cadre de sa maîtrise en ostéoarchéologie à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).
Lors d’une entrevue accordée à EnBeauce.com, le jeune chercheur a expliqué comment des recherches menées sur des os de cervidés provenant notamment de la Beauce l’ont amené à s’interroger sur la fragilité de certains spécimens et sur des phénomènes biologiques qui pourraient toucher ces animaux.
À la base, les travaux d’Elliot Poulin ne portent pas directement sur la santé des cervidés. Son projet de maîtrise s’inscrit dans le domaine de l’archéologie expérimentale et vise à mieux comprendre la fabrication d’hameçons en os utilisés autrefois. « Je suis étudiant à la maîtrise en ostéoarchéologie. Grosso modo, je fais des hameçons en os à partir d’os prémaxillaires de cervidés, donc des os situés au niveau du nez », explique-t-il.
L’objectif est de reproduire ces hameçons, puis de pêcher avec ceux-ci afin d’analyser les traces laissées par les poissons. Ces observations peuvent ensuite être comparées avec des hameçons conservés dans des collections archéologiques afin de mieux comprendre quelles espèces étaient pêchées à l’époque.
« Dans le monde archéologique, il y a un gros flou sur les os qui étaient utilisés pour fabriquer des hameçons. Dans mon cas, j’essaie de démontrer l’utilisation des os prémaxillaires de cerfs de Virginie comme matière première », précise l’étudiant.
Des os parfois beaucoup plus fragiles
Au fil de ses expériences, Elliot Poulin a remarqué une différence importante entre certains os utilisés pour la fabrication de ses hameçons. « Il y en avait qui étaient super solides, mais d’autres pliaient presque comme de la réglisse quand j’essayais d’y mettre un peu de pression », raconte-t-il. Pour comprendre cette différence, il a réalisé des analyses par micro-tomodensitométrie, une technique qui permet d’observer l’intérieur des os. « C’est un peu l’équivalent d’un IRM, mais pour les os. Ça permet de voir ce qui se passe à l’intérieur du squelette. »
Ces observations ont montré que certains os présentaient une structure interne beaucoup plus poreuse. « On se retrouve dans un réseau qui ressemble un peu plus à du gruyère qu’à quelque chose de bien dense. C’est ce qu’on appelle de l’ostéoporose. » Pour réaliser son projet, Elliot Poulin a travaillé avec une entreprise de débitage afin d’obtenir des têtes de cervidés utilisées pour ses analyses. Parmi ces spécimens, environ 15 sur 50 présentaient des os jugés trop mous pour fabriquer des hameçons, un résultat qui demeure significatif selon lui.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette fragilité osseuse. Elliot Poulin évoque notamment des carences alimentaires liées aux caractéristiques du territoire. « En Beauce, le sol est parfois assez acide. Ça peut réduire les minéraux disponibles dans le sol et donc dans l’alimentation des animaux », explique-t-il.
Une autre hypothèse concerne la maladie débilitante du cerf, parfois surnommée la « maladie du cerf zombie ». « C’est une maladie à prion. Ce n’est pas un virus ni une bactérie. Une fois qu’elle est installée, on n’en guérit pas », souligne-t-il.
Selon lui, même si la maladie est surtout présente aux États-Unis pour l’instant, la proximité de la frontière incite à la vigilance.
Un message pour les chasseurs et les citoyens
Sans se présenter comme spécialiste de la faune, l’étudiant souhaite surtout sensibiliser la population à certains comportements inhabituels chez les cervidés. « Si vous voyez un chevreuil avec une démarche chancelante ou un comportement étrange, c’est important d’appeler SOS Braconnage pour que les autorités puissent analyser la situation. »
Les agents de la faune peuvent alors intervenir afin d’examiner l’animal et effectuer des analyses si nécessaire.
Les personnes intéressées peuvent également en apprendre davantage lors d’une conférence qu’Elliot Poulin présentera le 17 avril à 19 h à Saint-Prosper, sur la préhistoire de la pêche au Québec. Tous les profits seront reversés à la Société Historique de Saint-Prosper-de-Dorchester.
Il est aussi possible d’écouter l’intégralité de notre entrevue vidéo avec lui ci-dessus.

