Entrevue avec Ariël Cardinal-Petit
Recommandé par le Guide Michelin, le 1668 mise sur le terroir beauceron
Le restaurant gastronomique 1668, situé à Saint-Georges, a appris ce mercredi 6 mai qu’il faisait désormais partie des établissements recommandés par le Guide Michelin 2026.
Une reconnaissance importante pour le chef et copropriétaire Ariël Cardinal-Petit, mais aussi pour la Beauce, alors que l’établissement revendique une cuisine gastronomique entièrement québécoise, construite en grande partie avec des produits de la région. EnBeauce.com est allé le rencontrer.
« On a appris un peu la nouvelle de la même façon que tout le monde », raconte Ariël Cardinal-Petit, qui a découvert l’annonce par la mise à jour du site internet du Guide Michelin et par une diffusion en direct réunissant plusieurs acteurs du milieu de la restauration québécoise.
Pour le chef, cette recommandation est arrivée sans avertissement. « On était surpris, mais contents. On ne s’attendait pas vraiment à la nouvelle. On sait que les inspecteurs du Guide sont très mystérieux et anonymes. »
Une « belle tape dans le dos »
Sans savoir exactement quand les inspecteurs sont passés à Saint-Georges, Ariël Cardinal-Petit voit cette reconnaissance comme une validation du travail réalisé depuis l’ouverture du restaurant en 2021. « D’avoir été évalués, déjà, c’est bien. En plus d’avoir été recommandés, c’est encore mieux. Donc c’est vraiment une belle tape dans le dos, une belle accolade, une belle récompense de notre travail. »
Le chef rappelle que la recommandation Michelin n’est pas une étoile, mais qu’elle demeure une mention significative dans l’univers de la gastronomie. « Juste déjà d’être inscrit sur une liste qui répertorie un peu les meilleurs restaurants du monde, nous, ça nous fait déjà une belle reconnaissance. »
Pour lui, le restaurant ne s’est pas construit dans le but de courir après Michelin, mais plutôt dans une volonté d’amélioration constante.
« Je pense que ce n’est pas l’étoile Michelin qu’on prépare. Je pense que ce n’est pas la reconnaissance qu’on prépare. Je pense que c’est toujours une question d’évoluer, d’adapter puis d’améliorer notre travail. »
Une cuisine 100 % québécoise... et beauceronne
Le 1668 se distingue par une mission claire, qui est ne servir que des produits québécois. Cela signifie, entre autres, l’absence de produits d’importation comme le poivre noir, l’huile d’olive, les agrumes ou la vanille. « Nous, on assume aussi qu’on fait du 100 % Québec. En fait, c’est la mission de l’entreprise, c’est de n’offrir que des produits québécois », explique Ariël Cardinal-Petit.
Cette démarche influence directement la création des plats. Le restaurant travaille avec environ 150 producteurs à travers le Québec, en priorisant les produits de la Beauce lorsque c’est possible. « Je pense que notre ratio d’ingrédients de la Beauce, c’est presque à 50 % de la carte », précise le chef.
Selon lui, cette proximité avec les producteurs donne une couleur particulière à l’établissement.
« Moi, je pense que la Beauce, c’est un pays de producteurs. On est très proche de la campagne. On est proche de beaucoup de gens qui font des belles choses. On est dans une région d’artisans. »
Au 1668, la création des menus part d’abord des ingrédients disponibles et de la saisonnalité. Le chef évoque par exemple l’arrivée prochaine de l’asperge, de la rhubarbe, du homard, du crabe ou encore des crevettes de Sept-Îles. « Le point focal pour la création, nous, c’est toujours l’ingrédient », résume-t-il.
Ce choix impose toutefois des contraintes, surtout en région. Certains produits, notamment les poissons et fruits de mer, sont plus difficiles à obtenir rapidement qu’à Montréal ou Québec. « On est proche de nos producteurs, mais il y a certains produits desquels on est plus éloignés. Je pense aux poissons qui sont pêchés. On est très loin de la Gaspésie, par exemple, ou des Îles-de-la-Madeleine. »
Malgré ces défis, le chef estime que cette contrainte fait partie de l’identité du restaurant.
« Oui, l’étoile, ça nous intéresse »
La recommandation du Guide Michelin pourrait-elle ouvrir la porte à une étoile dans les prochaines années? Ariël Cardinal-Petit ne cache pas que cette perspective l’intéresse. « Oui, l’étoile, ça nous intéresse. C’est sûr que c’est une accolade, c’est une reconnaissance qui est exceptionnelle, je pense, pour tout chef, tout restaurant, d’avoir l’étoile. »
Il nuance toutefois immédiatement son propos. Pour lui, l’objectif ne doit jamais se faire au détriment de la clientèle ni de la stabilité de l’entreprise. « Je préfère être recommandé pour le restant de l’ouverture du restaurant, si c’est 30 ans, être recommandé pendant 30 ans, puis conitnuer d’avoir une clientèle stable plutôt que d’avoir une étoile puis de faire fuir toute ma clientèle. »
Le chef estime que la priorité demeure la pérennité du restaurant et l’expérience offerte aux clients.
Pour Saint-Georges et la Beauce, cette recommandation Michelin donne une visibilité particulière à une offre gastronomique développée en région, loin des grands centres.
Vous pouvez écouter l'intégralité de notre entrevue avec le chef Ariël Cardinal-Petit ci-dessus.

