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Chronique Pier Dutil, par

21 octobre 2019 - 06:00

L'aide médicale à mourir

 

L’AIDE MÉDICALE À MOURIR

 

Le 11 septembre dernier, la juge Christine Beaudoin de la Cour Supérieure du Québec a accueilli favorablement la requête de Nicole Gladu et Jean Truchon, deux personnes souffrant de maladies graves qui désiraient avoir droit à l’Aide médicale à Mourir (AMM), même si leur situation ne respectait pas tous les critères exigés par les lois québécoise et canadienne à ce sujet.

 

Les dispositions jugées «inconstitutionnelles» par la juge Beaudoin concernent le fait d’être dans une situation «de fin de vie» comme le veut la loi provinciale et de se retrouver dans un état de «mort raisonnablement prévisible» comme l’exige la loi canadienne.

 

Il importe de préciser que le jugement en question ne concerne que Madame Gladu et Monsieur Truchon et n’a qu’une durée de six mois. En déclarant «inconstitutionnelles» certaines dispositions des lois, la juge invite les gouvernements québécois et canadiens à assouplir leurs critères permettant l’AMM.

 

Déjà, le gouvernement Legault s’est dit disposé à assouplir la loi du Québec. Quant aux élus fédéraux, pris dans la tourmente de la campagne électorale qui vient de se terminer, les partis n’ont pas adopté de positions claires à ce sujet.

 

Pas un bar ouvert

Le débat qui a mené le Québec à adopter la loi permettant l’AMM en décembre 2015 et Ottawa à faire de même en juin 2016 a duré plus de 30 ans. C’est un Beauceron d’origine, Yvon Bureau, qui a initié ce combat en 1984.

Une personne qui veut se prévaloir de l’AMM doit respecter de nombreuses conditions. Ce n’est pas un bar ouvert où tout le monde se sert à son goût.

 

Le malade doit lui-même en faire la demande, être lucide, bien comprendre sa situation médicale, avoir une maladie grave et incurable, se retrouver dans une situation médicale où ses capacités sont gravement atteintes et aucune amélioration n’est possible, endurer d’importantes souffrances physiques ou psychologiques, etc.

 

Cette demande doit par la suite être acceptée par deux médecins qui en auront discuté avec le patient avant que l’on passe à l’acte. Enfin, entre la demande et le moment où l’AMM sera administrée, il doit se passer un délai minimum de 10 jours. Et pendant ce délai, le demandeur peut changer d’idée n’importe quand.

 

Comme vous pouvez le constater, l’application de l’AMM est très sérieusement encadrée.

 

Modifications demandées

La démarche en justice de Nicole Gladu et Jean Truchon leur permettra de se prévaloir de l’AMM au cours des prochains mois.

 

Les gens qui souhaitent l’assouplissement de certains critères désirent permettre aux patients de procéder à la demande avant que leur état mental ne se détériore. Ainsi, lorsque la maladie affecte sérieusement l’état d’un patient, celui-ci n’a plus la lucidité lui permettant de faire la demande pour l’AMM.

 

Cela concerne, entre autres, les gens souffrant de la maladie d’Alzheimer dont l’état mental est graduellement affecté à mesure que la maladie progresse. Ce serait un peu comme préparer un mandat d’inaptitude.

 

Pas de dérapages

Tout au long du débat qui a mené à l’adoption des deux lois québécoise et canadienne, les opposants laissaient entendre que c’était ouvrir la porte au suicide assisté, que l’on assisterait à une orgie de demandes plus ou moins sérieuses, que n’importe qui pourrait se prévaloir de cette option et ainsi de suite. Il y avait même des médecins qui affirmaient refuser d’appliquer l’AMM. Pour plusieurs, des considérations religieuses guidaient leur position, ce qui est tout à fait légitime.

 

Les opposants à cette loi n’ont qu’à ne pas s’en prévaloir. Même chose pour les médecins qui refusent de l’appliquer. Personne n’est forcé. Par contre, celles et ceux qui souhaitent jouer un rôle dans leur fin de vie auront le privilège de le faire, sans que cela ne lèse les autres.

 

Je connais personnellement des gens qui se sont prévalus de l’AMM et des médecins qui ont accepté de l’appliquer. Dans tous ces cas, on m’a décrit un décès dans un climat de grande sérénité.

 

Au Québec, il y a en moyenne 60 000 décès par année. Depuis l’adoption de la loi en décembre 2015 et jusqu’à la fin de l’année 2018, 2909 personnes se sont prévalues de l’AMM, soit moins de 2 % de tous les décès. Comme on est à même de le constater, les dérapages annoncés n’ont pas eu lieu.

 

D’ailleurs, l’expérience vécue dans les pays qui ont adopté l’AMM depuis de nombreuses années et où les critères sont beaucoup moins rigides qu’ici, comme la Belgique et les Pays-Bas, n’ont pas connu, eux aussi, les dérapages annoncés.

 

Que l’on assouplisse quelque peu les critères d’admission à l’AMM pour permettre à plus de gens de mourir dans la dignité, cela ne pourra qu’être bénéfique à l’ensemble de la population.

 

PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine aux opposants à l’Aide médicale à Mourir :

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