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Chronique Pier Dutil, par

11 novembre 2019 - 18:00

Faciliter le don d'organes

 

FACILITER LE DON D’ORGANES

 

La semaine dernière, à l’Assemblée nationale, le dépôt d’un projet de loi par le porte-parole de l’opposition libérale en matière de Santé, André Fortin, n’a pas attiré toute l’attention qu’il aurait mérité de la part des médias.

 

On préférait parler d’immigration, des déguisements de la députée de QS, Catherine Dorion, et de la mise à jour économique du ministre des Finances, Éric Girard, qui en a profité pour nous offrir à l’avance des cadeaux de Noël.

 

Et pourtant, le projet de loi présenté par André Fortin est susceptible de jouer un rôle très important dans la vie de milliers de Québécoises et de Québécois.

 

Procédure actuelle

Présentement, les personnes qui consentent à donner leurs organes après leur décès doivent manifester leur intention en signant leur carte d’assurance-maladie. C’est donc un geste volontaire laissé à la discrétion de chaque personne.

 

Et, même si la personne a volontairement donné son approbation en signant sa carte, il se peut que les prélèvements d’organes encore sains ne puissent se faire si les proches de la personne décédée refusent de donner leur consentement.

 

Je dois vous avouer que je n’ai jamais compris pourquoi des gens pouvaient ainsi intervenir pour contrer le consentement librement donné par une personne. En procédant ainsi, on renie la signature de l’éventuel donneur.

 

Quand vient le temps de signer le formulaire pour m’inscrire à l’Aide médicale à mourir, ma signature suffit et personne d’autre ne peut intervenir pour invalider cette signature. Si on respecte ma signature pour le droit à mourir, comment expliquer qu’une tierce personne puisse invalider ma signature me permettant de faire don de mes organes?

 

Remarquez que je peux comprendre la position d’une personne qui vient de perdre un être cher. Quelques minutes après, on vient lui demander si on peut préparer la personne décédée pour la garder en activité cérébrale afin de conserver en bon état les organes qui pourraient être donnés.

 

Sur le coup, dans la peine, plusieurs personnes ont tendance à refuser cette intervention. Et, pour avoir assisté à une reprise à un cas comme celui décrit ci-haut, je puis affirmer que le personnel de l’hôpital ne fait aucun effort pour sensibiliser les proches à l’importance des dons d’organes et au fait que la personne décédée avait bel et bien manifesté son intention de donner ses organes en signant sa carte d’assurance-maladie. Il faut reconnaître que le don d’organes représente un coût pour un centre hospitalier. Est-ce que cela pourrait expliquer le peu d’empressement du personnel hospitalier?

 

Consentement automatique

Le projet de loi présenté par le député Fortin voudrait renverser la procédure de consentement. Ainsi, si ce projet de loi était adopté, tous les citoyens du Québec seraient considérés comme volontaires pour procéder au don de leurs organes.

 

Mais, si vous n’êtes pas consentants, il existerait une procédure pour indiquer votre refus. C’est alors que vous devriez signer un formulaire quelconque. On vient donc tout simplement renverser la procédure. Au lieu de signer pour consentir le don d’organes, un individu devrait signer pour s’exclure du processus.

 

Personnellement, je vous avoue que ce projet de loi me plaît. J’ai toujours trouvé que le don d’organes au Québec n’était pas valorisé. J’ai personnellement connu deux personnes qui ont bénéficié d’un don d’organes. La première a reçu une greffe du foie alors qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre si une greffe n’était pas possible. Le receveur a ainsi vécu plus de dix ans avec son nouveau foie et est décédé d’une maladie qui n’avait rien à voir avec sa greffe.

 

Dans le deuxième cas, la personne a reçu un rein lui évitant de devoir se soumettre à la dialyse plusieurs fois par semaine, ce qui avait pour effet d’hypothéquer sa vie. Aujourd’hui, cette personne mène une vie normale, peut vaquer à ses activités et voyager à travers le monde. La vie de ces deux personnes a été complètement modifiée pour le mieux et cela grâce à la générosité de personnes décédées et de leurs proches. Et ces dernières n’ont rien perdu en retour. C’est un beau geste, une preuve de grandeur d’âme.

 

Trop peu de dons d’organes

Le consentement automatique de don d’organes que l’on suggère d’adopter au Québec n’est pas une première mondiale. Cela existe déjà en Espagne et en France et sera en vigueur en Nouvelle-Écosse dès 2020.

 

Au Québec, en 2018, on a procédé à des dons d’organes sur seulement 164 personnes, ce qui a permis à 451 receveurs de voir leur vie transformée pour le mieux. À la fin de l’année 2018, 805 personnes se trouvaient sur la liste d’attente d’un don d’organes. Depuis lors, il est probable que plusieurs soient décédées, faute de recevoir à temps un organe sain.

 

Pourtant, on compte en moyenne 60 000 décès annuellement au Québec. Les 164 donneurs ne représentent que 0,27 % de l’ensemble des décès au Québec, une vraie honte.

 

La ministre de la Santé, Danielle McCann, s’est dit ouverte face à ce projet du député Fortin, mais elle souhaite mener des consultations avant de procéder. Espérons que ces consultations ne s’éterniseront pas et que tous les partis à l’Assemblée nationale sauront mettre de côté la partisanerie et adopter à une large majorité cette mesure comme on a su le faire il y a quelques années dans le cas de l’Aide médicale à mourir.

 

PENSÉE DE LA SEMAINE

Je dédie la pensée de la semaine aux donneurs d’organes et aux proches qui respectent les volontés des donneurs :

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