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François Legault n'est pas fou, mais...

durée 18h00
17 juin 2024
duréeTemps de lecture 4 minutes
Par
Pier Dutil

Vous connaissez sans doute le proverbe qui dit : «Il n’y a que les fous qui ne changent pas d’idée.»

Eh bien, si ce proverbe est exact, et je crois que c’est le cas, on peut affirmer sans risque de se tromper que François Legault n’est pas fou lorsque l’on analyse ses multiples propositions concernant le projet d’un troisième lien entre Québec et Lévis.

Une priorité abandonnée et reprise

Suite à l’élection de 2018 qui a permis à la CAQ de prendre le pouvoir à Québec, François Legault met de l’avant le projet d’un troisième lien entre Québec et Lévis afin de solutionner les problèmes d’engorgement de la circulation entre ces deux villes.

À ce moment, le projet prend la forme d’un immense tunnel à deux étages permettant la circulation entre les deux rives. Mais ce tunnel est tellement gros qu’il n’existe dans le monde aucun appareil de forage, appelé tunnelier, pour creuser le tout. On évalue alors le projet à 10 milliards $ (10 G$).

Suivra un projet modifié en deux tunnels voisins, ou, si vous préférez, deux tubes de type autoroutier incluant des voies réservées au transport collectif.

L’idée fait son petit bonhomme de chemin, mais le projet ne démarre pas encore.

Arrive l’élection générale de 2022 et le troisième lien devient un engagement prioritaire de la campagne dans les régions de la Capitale nationale et de Chaudière-Appalaches.

Les candidats vedettes de la CAQ sur la rive sud, Bernard Drainville dans Lévis et Martine Biron dans Chutes-de-la-Chaudière en font leur priorité. Sur la rive nord, Éric Caire, dans La Peltrie, va même jusqu’à mettre son siège en jeu si jamais le projet de troisième lien ne se réalise pas.

De son côté, François Legault assure que la première pelletée de terre du projet sera effectuée au cours de son mandat, rien de moins.

Avec tous ces engagement et/ou promesses, il ne fait plus de doute que la réalisation du troisième lien n’est plus qu’une question de temps.

Changement de cap

En avril 2023, à peine six mois après l’élection générale qui a accordé un deuxième mandat à la CAQ avec 90 Députés, la ministre des Transports, et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault se présente devant les médias pour annoncer que le projet de troisième lien est abandonné.

Une annonce qui surprend tout le monde puisque rien n’annonçait ce virage à 180 degrés de la part du Gouvernement caquiste. Les réactions sont nombreuses, mais il ne fait aucun doute que la décision surprend tout le monde.

Comment a-t-on pu abandonner totalement l’un des engagements majeurs de la dernière campagne électorale sans fournir de justifications? Mystère et boule de gomme.

Mais nous n’en étions pas encore au bout de nos surprises. En octobre 2023, après six mois de l’abandon du projet, une élection partielle se déroule dans le comté de Jean-Talon à Québec et c’est le candidat péquiste, Pascal Paradis, qui l’emporte avec une importante majorité, faisant subir un échec cuisant à la CAQ qui détenait ce comté auparavant.

Le lendemain de l’élection, sans préavis, François Legault surprend tout le monde et ses ministres en annonçant le retour dans les cartons du projet de troisième lien qui, cette fois, sera un tunnel réservé au transport collectif. Un autre virage à 180 degrés. Allez y comprendre quelque chose.

De tunnel à pont

Voilà que la semaine dernière, suite à la présentation du rapport de l’étude réalisée par la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ) portant sur la mobilité dans la grande région de Québec, étude commandée par le Gouvernement, on préconise l’arrivée d’un tramway dans la ville de Québec et l’abandon du projet de troisième lien qui ne serait plus justifié.

Dès le lendemain, le premier Ministre François Legault se dit favorable au projet de tramway et, sortant un lapin de son chapeau, lance l’idée d’un troisième lien qui, cette fois, prend la forme d’un pont qui serait situé à l’est. On oublie les tunnels.

Difficile à suivre notre Premier ministre, n’est-ce pas?

Un argument douteux

Pour justifier sa décision, François Legault utilise un argument relié à la sécurité et déclare : «Pour des raisons de sécurité économique, notre Gouvernement s’engage à planifier et construire un nouveau lien autoroutier entre Québec et Lévis.»

En quoi consiste cet argument dont on n’avait jamais entendu parler lors de la présentation de tous les autres projets de troisième lien? 

On fait alors état du risque de fermeture partielle ou totale du pont Pierre-Laporte qui obligerait les quelque 10 500 camions lourds qui l’utilisent quotidiennement pour circuler entre les rives nord et sud à devoir se taper un détour jusqu’à Trois-Rivières pour traverser le fleuve en utilisant le pont Laviolette.

Le pont Pierre-Laporte a été inauguré en 1970 et, depuis maintenant 54 ans, jamais le pont n’a été totalement fermé à la circulation des camions lourds.

Mais, quand on a besoin d’un argument pour justifier une décision, tout est permis.

Une vraie girouette

Je me souviens des éléments que l’on installait sur le toit de divers édifices, constitué d’un dispositif rotatif, servant à indiquer la provenance du vent. C’est ce que l’on appelait une girouette.

Les nombreux changements d’idées de François Legault dans le cas du troisième lien entre Québec et Lévis me confirment qu’il n’est pas fou.

Mais est-ce que devenir une girouette est plus rassurant? J’en doute fort.

Et j’oserais même prédire que nous n’en sommes pas à la fin de cette saga. 

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Pensée de la semaine

Je dédie la pensée de la semaine à François Legault :

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