Publicité
2 mars 2020 - 12:00 | Mis à jour : 8 mars 2020 - 19:01

Portrait de femmes - 2 de 8

Mélanie Boissonneault: s'ouvrir à l'école du monde

Sylvio Morin

Par Sylvio Morin, Chef des nouvelles

Toutes les réactions 1

C'est elle qui l'avoue d'emblée, au début de notre entretien: Mélanie Boissonneault est une vagabonde qui a constamment soif de voyages pour découvrir d'autres pays, d'autres cultures, d'autres gens.

Pas étonnant que cette enseignante de formation et de carrière, qui fait beaucoup plus que baragouiner les quatre langues qu'elle parle, ait transformé le contenu de son baluchon rempli de ses pérégrinations planétaires en deux écoles trilingues (français-anglais-espagnol) qui prônent la connaissance des autres: l'école primaire Vision Beauce, démarrée à Sainte-Marie voilà 10 ans et La petite école Vision Beauce, pour bébés et bout d'choux, qui opère à Saint-Georges depuis trois ans maintenant.

Il s'agit des seules institutions primaires privées de toute la Beauce dont elle est la directrice et fondatrice-propriétaire. Of course!

Cette ouverture sur le monde pour cette native de Sainte-Marguerite remonte à sa tendre enfance alors que sa mère l'avait inscrite dans la troupe Les danseurs de Sainte-Marie qui faisait dans le folklore sur des airs des autres pays. Plus tard, avec la troupe adulte Manigance, elle fera un voyage qui allumera encore plus son envie d'explorer les autres contrées.

Elle part en France, puis en Amérique centrale, elle travaille au Mexique, en Allemagne. Elle rencontre aussi celui qui deviendra son conjoint, un homme de souche italienne. Mama mia!

Au primaire, elle aimait l'anglais, ce qui la démarquait des autres élèves. Au cégep, elle s'inscrira dans le programme de langues et avec les bourses de stage, ira perfectionner son espagnol, son allemand, son italien.

« Je me suis donné la chance d'aller voir ailleurs. À tous les étés, lorsque l'université finissait, je partais 2-3 mois, je voyageais, je voulais connaître d'autres cultures. J'étais une vagabonde avec mon bagpack sur le dos, j'allais faire le tour de l'Europe ou de l'Amérique centrale comme ça », avoue-t-elle. Ce faisant, elle se créera un réseau d'amis à l'étranger. « Ça a toujours été une passion pour moi de pouvoir parler aux gens dans leur langue ».

Elle obtient de l'Université Laval son bacc d'enseignement de l'anglais langue seconde avec une mineure en espagnol. On est en 1999.

Elle décroche son premier contrat à la Polyvalente Benoit-Vachon de Sainte-Marie tout en donnant des cours d'espagnol et d'allemand en parascolaire. Elle besogne une dizaine d'années avant de tomber enceinte de son premier enfant. Cette pause du travail régulier sera déterminant pour la suite.

Insensé
Au moment de la naissance de son enfant, Mélanie Boissonneault donne ses cours de langue à la maison en plus d'être impliquée dans les opérations du restaurant de son conjoint. Elle est aussi conseillère municipale de Sainte-Marie alors que le maire de l'époque, avec des groupes de parents, l'invite à considérer l'ouverture d'une école privée de langues pour desservir la communauté.

Il faut dire qu'une école Vision avait ouvert ses portes à Saint-Romuald quelques années auparavant et que nombre de parents de la Nouvelle-Beauce y envoyaient leurs enfants.

« Je venais d'avoir ma permanence à la polyvalente, je commençais seulement à avoir un peu de stabilité, je venais d'avoir un enfant. Dans ma tête, c'était insensé, c'était gros, je voyais cela comme une montagne ».

Mais l'appel est plus fort que ses premières craintes. Elle s'intéresse au réseau des écoles Vision. Elle va visiter celle de Trois-Rivières. Elle y rencontre la directrice qui a le même profil qu'elle.: enseignante, jeune maman, etc. « Si elle a été capable de le faire, avec sensiblement le même bagage que moi, je me suis dis que moi aussi je serais capable de le faire », se rappelle-t-elle.

Elle rencontre à quelques reprises le franchiseur du réseau Vision avec des partenaires intéressés par le projet. Mme Boissonneault regarde du côté du parc industriel de Sainte-Marie pour occuper une bâtisse existante, puis contemple l'ancien couvent de Vallée-Jonction et va aussi voir à Saint-Georges.

Puis une soirée d'information à Sainte-Marie attire plus de 125 personnes. Le franchiseur et la nouvelle mère de famille comprennent vite que l'intérêt est là. On est au printemps 2009.

La future directrice créée un comité de démarrage et part à la rencontre de la population pour les informer de l'offre de service d'école trilingue dans la région. Elle passe notamment par les entreprises des environs si bien que certains entrepreneurs proposent de l'appuyer en participant à la construction d'une école flambant neuve. ¿Por qué no?

Le maire de l'époque, Harold Guay, suggère de l'établir sur la rue Lamontagne, un quartier proposé pour du développement. « Ici, il y a dix ans, ce n'était que du bois. L'arrivée de l'école a créé un boom de construction dans le secteur ».

L'école primaire Vision Beauce ouvre le 30 août 2010 avec un premier contingent de 71 élèves. En 2020, elle compte 220 élèves avec un gymnase et un terrain de soccer qui se sont ajoutés au fil des ans. L'institution offre le cycle complet d'enseignement primaire de la maternelle jusqu'à la 6e année. Le curriculum comprend aussi des voyages d'immersion culturelle dans divers pays, comme le Guatémala.

À Saint-Georges, c'est le concept de garderie avec une cinquantaine d'enfants de 6 mois à 4 ans. Les deux sites emploient une quarantaine de personnes.

Se démarquer
Démarrer à zéro une institution d'enseignement privée n'a pas été facile au départ car « il faillait se démarquer et être crédible ».

Puis il y a eu des tensions avec des représentants locaux du milieu de l'éducation à l'effet qu'une enseignante à l'emploi du réseau public démarre une école privée pour faire « concurrence » en s'accaparant une partie de la clientèle scolaire.

« Au début, je me suis senti mal mais maintenant, c'est derrière moi. Je me dis que si nous sommes encore là depuis 10 ans, c'est parce que nous répondons à un besoin. Ça donne une complémentarité de services dans la Beauce. »

Mme Boissonneault est très fière de l'approche de ses écoles qui encouragent l'implication communautaire et l'ouverture sur le monde. Offenheit für die Welt.

D'abord en faisant tomber les barrières de la langue; ensuite en démontrant que les frontières des pays ne sont que des lignes imaginaires, qu'il faut respecter certes, mais qui peuvent être franchies avec une ouverture d'esprit.

« En 2020, les entreprises embauchent de plus en plus des travailleurs étrangers et ils ont besoin de membres de leur personnel qui vont être en mesure de communiquer avec ces personnes. Nos élèves sortent d'ici avec ce beau bagage alors qu'ils n'ont pas la barrière de la langue. »

La place des femmes
Au sujet de la place des femmes dans le monde, Mélanie Boissonneault reconnait d'emblée que les Québécoises se trouvent dans une meilleure situation que biens d'autres consoeurs ailleurs sur la planète.

Elle connaît bien la réalité des femmes guatémaltèques, encore majoritairement confinées à la maison, qui mettent toutes leurs billes dans la protection et l'éducation de leur progéniture mais qui n'ont pas le luxe de s'occuper d'elles-mêmes alors qu'ici, les opportunités sont plus grandes et réalisables.

« On dit que l'intelligence émotionnelle va être un des éléments mis en valeur au cours des prochaines décennies. Moi j'y crois vraiment car cette dimension est très développée chez les femmes. C'est un aspect fort le senti. Il ne faut pas la mettre de côté selon moi. »

Mais, ce qui importe avant tout pour Mélanie Boissonneault, c'est l'expérience humaine que permet de transmettre ses écoles, en prenant le temps d'apprendre le langage des autres pour se connecter avec eux mais aussi avec soi-même. Et de vivre l'expérience des autres cultures.

Les voyages forment la jeunesse dit-on. Il y a belle lurette que Mélanie Boissonneault l'a compris. Ses écoles sont là pour bien les préparer, jeunesse et voyages. Hasta la proxima!

À lire également :
​Amélie St-Hilaire : suivre la vague de l’entrepreneuriat
Marie-Claude Gonthier: grimper les poteaux et les échelons
​Sonya Cliche : une financière créative et ambitieuse​
Lisa Fecteau: filer vers une vie responsable et bienveillante
Véronique Lévesque : pionnière de la chasse et entrepreneure passionnée
​Ghislaine Doyon : une mairesse qui redonne à sa municipalité d’adoption 
Louise Champagne : sortir l'art de son cadre

Portrait de huit Beauceronnes pour marquer le 8 mars

 

Vous avez un scoop
Vous connaissez des personnes de la Beauce qui sont inspirantes et qui ont des histoires intéressantes à raconter ou encore des parcours de vie hors du commun ? Contactez-nous par courriel à l’adresse [email protected] afin d’en discuter avec l’un de nos journalistes. Au plaisir de vous lire !

Publicité

Commentez cet article

Un ou plusieurs champs sont manquants ou invalides:





EnBeauce.com se réserve le droit de ne pas publier ou de retirer les propos diffamatoires, obscènes, ainsi que les commentaires discriminatoires, tout comme ceux incitant à la haine ou la violence. De plus, l'écriture phonétique et les messages écrits en lettres majuscules ne seront pas acceptés.

Vous souhaitez commenter cet article ? Faites-le de façon intelligente. Quoique certains internautes se croient à l’abri en publiant des commentaires et en nous donnant de faux courriels, il est très facile de les retracer. En cas de plainte pour diffamation ou menaces, EnBeauce.com collaborera avec les autorités en leur remettant les informations desdites personnes.

Toutes vos réactions

1 réactionsCommentaire(s)
  • Bravo! Votre rêve est réalisé. La place des femmes dans un monde d'homme prend sa place de plus en plus. L'égalité des femmes versus les hommes se fait peu à peu. Prenons notre place comme vous Madame Boissonneault.

    perruche - 2020-03-02 17:30