Qui dit vrai?
Pier Dutil
Les courses à la chefferie des partis politiques québécois et la tenue d’élections générales sont des occasions de découvrir des slogans utilisés par les politiciens, slogans qui, trop souvent, sont vides de sens.
La semaine dernière, trois exemples d’utilisation de tels slogans ont attiré mon attention et m’ont incité à me poser des questions que je me permets de partager avec vous.
Du «vrai monde»
Lors du lancement de sa campagne à la chefferie de la Coalition Avenir Québec (CAQ), Bernard Drainville a déclaré : «La CAQ doit être le parti du vrai monde» sans préciser qui sont les gens qui forment le «vrai monde».
Et quand Bernard Drainville dit que son parti doit devenir le parti du «vrai monde», est-ce à dire que, depuis bientôt huit ans au pouvoir, la CAQ n’a pas gouverné pour le «vrai monde»? Alors pour qui le Gouvernement de la CAQ a-t-il gouverné? Et pourquoi, en tant que ministre, Bernard Drainville n’est pas intervenu plus tôt pour défendre les intérêts du «vrai monde»?
Encore faudrait-il que Bernard Drainville nous donne sa définition du «vrai monde».
Qui fait partie du «vrai monde»? Est-ce l’entrepreneur bien nanti qui investit dans une nouvelle entreprise? Est-ce le travailleur d’usine qui vit d’une paye à l’autre? Est-ce le jeune couple qui rêve d’acheter une première maison et fonder une nouvelle famille? Est-ce l’étudiant qui s’endette pour défrayer ses études et ses besoins de logement et autres?
Je pourrais continuer encore longtemps cette énumération, mais ce n’est pas à moi qu’il appartient de déterminer qui fait partie du «vrai monde».
En attendant d’obtenir plus de précision de la part de Bernard Drainville, vous, comme moi, pouvons toujours nous questionner à savoir si nous faisons partie du «vrai monde» et si un Gouvernement dirigé par Bernard Drainville dirigerait le Québec pour vous et moi.
À suivre!
Les vraies affaires
Le Parti Libéral du Québec (PLQ) n’allait pas laisser à Bernard Drainville le privilège unique d’utiliser le mot «vrai».
Lors du caucus préparant la rentrée parlementaire de cette semaine, le chef intérimaire, Marc Tanguay, a déclaré que son parti voulait s’occuper des «vraies affaires». Encore là, pas de précisions supplémentaires. À chacun de nous d’imaginer quelles sont les «vraies affaires» dont parlait Marc Tanguay.
Comme Bernard Drainville, on s’attendrait à ce que Marc Tanguay nous explique quelles sont les «vraies affaires» dont il parle. Est-ce que ce sont les finances de l’état, les problèmes en santé et en éducation, l’entretien de nos infrastructures qui tombent en ruine, etc.?
S’occuper des «vraies affaires» me rappelle le slogan utilisé par le PLQ dirigé par Philippe Couillard lors de la campagne électorale qui a ramené au pouvoir le PLQ en 2014, à savoir : «Ensemble, on s’occupe des vraies affaires.»
Comme le rappelait Nathalie Collard dans La Presse+ vendredi dernier : «…quand il était au pouvoir, ce même PLQ n’avait pas hésité à couper dans les «vrais» services destinés à de «vraies» personnes.»
Quelles sont les «vraies affaires» dont parle Marc Tanguay? Peut-être devrons-nous attendre le couronnement de Charles Milliard à titre de nouveau chef du PLQ le 13 février prochain pour en savoir plus.
À suivre également!
Le camp de la vérité
Le chef du PQ, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), désirant ne pas être en reste par rapport à ses adversaires a, lui aussi, utiliser une formule qui me laisse songeur.
Lors du congrès d’orientation du PQ qui se déroulait à Saint-Hyacinthe il y a une dizaine de jours, le chef péquiste, parlant d’un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec à tenir si le PQ prend le pouvoir, affirmait que le camp du «oui» sera «le camp de la vérité.»
En utilisant un tel slogan, est-ce que PSPP laisse entendre que toutes celles et tous ceux qui ne seront pas du camp du «oui» seront des menteurs? Et, est-ce que le chef péquiste veut nous convaincre que tout ce que dira le camp du «oui» sera pure vérité?
Se draper du manteau de la vérité et prétendre en être l’usager exclusif comporte d’importants risques qui pourraient vite avoir un effet «boomerang» pour celui qui l’utilise. Il suffirait d’une seule inexactitude ou demi-vérité pour que la baloune de la vérité lui éclate en plein visage.
À suivre également!
On devrait se réjouir d’entendre des politiciens québécois parler de «vrai monde», de «vraies affaires» et de «vérité», mais, sans vouloir être rabat-joie, je me dois de vous avouer que je demeure sceptique, d’où mon choix de la pensée de la semaine.
Courage
Il ne reste que 1083 jours au mandat de Donald Trump.
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Pensée de la semaine
Je dédie la pensée de la semaine à tous les politiciens :

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