Où va l'argent?
Pier Dutil
Comme moi, vous êtes sans doute conscients qu’il en coûte de plus en plus cher pour se loger et se nourrir. Au cours des dernières années, ces deux postes budgétaires ont grugé une part de plus en plus importante de nos budgets, dépassant même largement le taux annuel d’inflation.
Personnellement, je me demande où va cet argent supplémentaire que nous payons. À entendre les commentaires des nombreux fournisseurs en construction et en alimentation, personne ne réalise plus de profits. Pourtant, l’argent relié à la hausse des prix doit se retrouver quelque part.
De plus en plus cher pour se loger
Dans un article de Nicolas Bérubé dans La Presse+ du 11 février dernier, nous apprenions que, selon Statistique Canada, la hausse des prix de la construction a été de 71 % depuis 2017, alors que l’augmentation du taux d’inflation pour la même période était de 26 %. Toute une différence!
On explique ces hausses par l’augmentation des prix des matériaux (acier, bois, béton, verre, etc.), par la hausse des coûts de la main-d’œuvre spécialisée et par la lourdeur de la réglementation des municipalités.
Mais personne ne nous explique en quoi tous ces prix ont augmenté et pourquoi. Si les matériaux coûtent aujourd’hui plus cher, comment peut-on l’expliquer?
Si ces augmentations expliquent en partie pourquoi le coût d’achat d’une maison neuve atteint aujourd’hui des sommets inégalés, elles affectent également le coût des logements à louer.
Le rêve d’acheter un jour sa maison et devenir propriétaire est aujourd’hui quasi irréalisable. Même si les deux membres du couple occupent un emploi, amasser suffisamment d’argent pour disposer d’une mise de fonds suffisante exige des efforts considérables dans la gestion du budget.
Les locataires ne sont pas épargnés, subissant des augmentations de loyer beaucoup plus importantes que le taux d’inflation. À chaque année, le Tribunal administratif du logement (TAL) suggère un taux d’augmentation. Pour 2026, ce taux est de 3,1 %.
Mais ce taux n’a qu’un effet suggestif. Il n’a pas force de loi et les propriétaires ne sont pas tenus de s’y conformer. D’ailleurs, au cours des dernières années, nombreux sont les locataires qui ont subi des augmentations beaucoup plus importantes que le taux suggéré.
Dans le Journal de Québec du 14 février dernier, Michel Girard faisait référence à un sondage de la firme Léger dans lequel on mentionnait que 20 % des locataires québécois avaient de la difficulté à payer leur loyer à chaque mois.
Les locataires peuvent toujours contester des hausses jugées abusives auprès du TAL, mais cela demande beaucoup de temps et le résultat de la contestation n’est jamais assuré.
Et cela est sans compter les propriétaires abuseurs qui expulsent leurs locataires prétendant devoir réaliser d’importants travaux de rénovation pour, par la suite, servir une importante augmentation au futur locataire. Le phénomène a tellement pris de l’ampleur qu’on a inventé un nouveau mot pour le décrire la «rénoviction».
De plus en plus cher pour se nourrir
L’alimentation est un autre secteur de notre budget qui a connu une hausse fulgurante au cours des dernières années. À chaque semaine, lors de mon passage à l’épicerie, je peux le constater, comme vous, d’ailleurs.
En 2022, le prix des aliments et des boissons non alcoolisées a augmenté de 9.,2 %. En 2023, ce fut de 8,3 % et en 2024, la hausse a atteint 2,0 %.
Et, comme si ces augmentations importantes des années passées n’étaient pas suffisantes, on nous prédit des augmentations de 4 à 6 % pour l’année 2026, ce qui représente une hausse de quelque 1 000 $ pour une famille de quatre personnes.
Là encore, on explique ces fortes hausses par les augmentations de prix exigées par les divers intervenants de la longue chaîne d’approvisionnement qui va de l’éleveur et du producteur jusqu’à notre assiette.
On y retrouve les exploitations (agriculture, élevage, pêche, production), les abattoirs, les usines de transformation, les emballeurs, les transporteurs, les grossistes et, finalement, les détaillants à qui je paie chaque produit.
Et, concernant les produits importés comme les fruits, les légumes que nous ne produisons pas ici en hiver et de nombreux autres produits, la faiblesse du dollar canadien contribue à la hausse de coût de ces importations.
À chacune de ces étapes plus ou moins coûteuses, on y ajoute un profit. Mais, en bout de ligne, c’est toujours le consommateur qui finit par régler la note.
Selon une étude réalisée par l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse qui s’intéresse au secteur de l’alimentation au Canada, pour nourrir une famille de quatre personnes en 2026, il en coûtera 17 500 $.
Pas surprenant que les banques alimentaires subissent une demande de plus en plus forte. Et ce ne sont plus seulement les gens en difficulté financière qui les fréquentent. Au Québec, en 2025, 598 081 personnes ont fait appel à l’aide des banques alimentaires, ce qui représente 6,6 % de la population québécoise.
Pas surprenant non plus qu’une forte proportion de consommateurs québécois (92 %) fréquentent régulièrement les commerces à rabais comme Maxi, Super C et Dollarama.
Question sans réponse
Après avoir constaté ces augmentations importantes pour se loger et se nourrir et avoir pris connaissance des explications fournies par les dirigeants de ces secteurs de notre économie, je n’ai toujours pas obtenu la réponse à ma question en titre, à savoir : Où va l’argent?
En partant de la maxime «Rien ne se perd, rien ne se crée» attribuée au chimiste français Antoine Lavoisier, j’aimerais qu’on m’explique où va l’argent que l’on vient cueillir de façon de plus en plus importante dans nos poches pour nous loger et nous nourrir.
Quelqu’un en profite quelque part et j’aimerais savoir qui.
Courage
Il ne reste que 1 069 jours au mandat de Donald Trump.
Visionnez tous les textes de Pier Dutil
Pensée de la semaine
Je nous dédie, à toutes et tous, la pensée de la semaine :

Pour partager votre opinion vous devez être connecté.