Seulement 15% de la population en faveur du projet
Voie de contournement à Lac-Mégantic: un sondage ravive les oppositions
À Lac-Mégantic, Frontenac et Nantes, le débat entourant le projet de voie de contournement ferroviaire refait surface alors qu’un sondage de la firme Léger, commandé par le Bloc québécois et rendu public ce lundi 2 février, met en lumière une opposition marquée d’une partie importante de la population.
Cette publication survient quelques jours après la fin de la consultation publique de l’Office des transports du Canada (OTC), tenue du 12 novembre 2025 au 30 janvier dernier, et relance les discussions sur un projet aux impacts directs pour la Beauce.
Selon les résultats du sondage, 50 % des répondants jugent le projet « plutôt mauvais », contre 42 % qui le considèrent « positif ». Seuls 15 % des répondants privilégient la construction d’une voie de contournement complète telle que proposée par le gouvernement fédéral. À l’inverse, 44 % préfèrent le scénario d’une demi-voie de contournement passant par la zone industrielle, tandis que 37 % prônent le statu quo.
À Frontenac, un sondage qui confirme les inquiétudes
Pour le maire de Frontenac, Gaby Gendron, ces résultats ne constituent pas une surprise. « Honnêtement, ça vient confirmer ce que nous, on savait déjà », affirme-t-il lors d'une entrevue avec EnBeauce.com. S’il se dit satisfait de la tenue du sondage, il déplore toutefois que l’initiative ne vienne pas du député fédéral de la circonscription. « La seule chose qui me déçoit, c’est que ça n’ait pas été notre député fédéral, Luc Berthold, qui l’ait fait faire […] Ça aurait prouvé qu’il essaie de représenter l’ensemble de ses citoyens, ce qui est visiblement pas le cas. »
Le maire souligne également les tensions persistantes entre les municipalités concernées, notamment sur la question du plan de surveillance des puits d’eau potable. Initialement, Frontenac s’était dite prête à en assumer la responsabilité, à la demande de citoyens des trois municipalités. Or, une difficulté majeure est récemment apparue. « Nos assurances refusent de nous assurer si on prend le plan de surveillance des puits d’eau potable car ils assurant le risque et non la probabilité », explique M. Gendron. Or, dans le plan de surveillance des puits d’eau potable, il est mentionné une forte probabilité (de manquer d'eau et de contamination), et non un risque. Un choix de mot qui change la donne pour la municipalité.
Dans ce contexte, Frontenac affirme demeurer ouverte à assumer cette responsabilité, mais sans garantie d’assurance, la municipalité devra réévaluer sa position. « On n’a jamais dit qu’on ne voulait pas le prendre. Ce qu’on dit, c’est que si on le prend, nos assurances ne nous assurent pas pour le projet. »
À Nantes, impacts financiers et environnementaux en cause
Également contacté, le maire de Nantes, Daniel Gendron, estime que le sondage Léger vient renforcer un message déjà clair. « Maintenant, on a un sondage qui dit qu’il y a juste 15 % des gens qui veulent avoir la voie de contournement », lance-t-il, appelant les élus de Lac-Mégantic à reconnaître l’opposition et à discuter davantage avec les municipalités voisines.
Le maire de Nantes s’inquiète aussi des coûts du projet, dont l’estimation serait, selon lui, passée de 133 millions de dollars à plus d’un milliard, sans confirmation officielle à ce stade. « Mes citoyens vont devoir payer des taxes et payer des impôts pour payer cette voie de contournement », dit-il, soulignant que la municipalité devra aussi composer avec une perte de taxes foncières liée aux expropriations. L’élargissement du corridor ferroviaire, passé de 90 à 300 pieds, suscite également des craintes. « Avec 300 pieds, on va se ramasser avec une cour de triage dans notre municipalité », affirme-t-il.
Au-delà des finances locales, Daniel Gendron met de l’avant les répercussions environnementales du tracé proposé. « Ils vont manger une zone humide qui filtre l’eau qui s’en va au lac de l’Orignal, qui se déverse dans la rivière Glen, puis dans la rivière Chaudière », rappelle-t-il, soulignant que ces impacts toucheraient directement la Beauce en aval.
La Coalition des victimes collatérales salue le sondage
La Coalition des victimes collatérales (CVC), qui regroupe environ 300 citoyens de Lac-Mégantic, Nantes et Frontenac, dont plusieurs ont perdu des proches lors de la tragédie ferroviaire de 2013, a également réagi par voie de communiqué. « La CVC salue l’initiative du Bloc québécois d’avoir commandé un sondage par la firme Léger qui démontre, encore une fois, la non-acceptabilité sociale du tracé proposé », peut-on lire.
Le groupe rappelle que seuls 15 % des répondants appuient le tracé proposé, un résultat qu’il juge cohérent avec des sondages antérieurs et le référendum tenu à Frontenac en 2023, où 92,5 % des citoyens avaient rejeté le tracé. La coalition insiste sur les risques environnementaux et de santé publique associés au projet, ainsi que sur une sécurité ferroviaire qu’elle juge insuffisante.
La CVC souligne également que l’assureur de la municipalité de Frontenac aurait conclu que le projet n’est pas assurable en raison des risques confirmés à l’eau potable. Un extrait du mémoire déposé par la Ville de Frontenac à l’OTC le 15 janvier dernier précise : « Une assurance couvre un aléa […] elle ne couvre pas une situation où les incidents et problématiques sont anticipés avec un degré de certitude tel qu’ils s’apparentent à des pertes attendues. »
Dans son mémoire soumis le 29 janvier dernier, la coalition affirme que « le projet de la voie de contournement avec l’emplacement du tracé proposé entraîne une augmentation nette du risque global », évoquant un corridor ferroviaire à haute vitesse situé au-dessus d’un aquifère régional critique.
Un début de victoire, selon une citoyenne
En entrevue également, Yolande Boulanger, co-fondatrice de la CVC, voit dans la publication du sondage un levier important. « C’est une bonne chose pour nous autres, affirme-t-elle. Quand on sait que les assurances ne veulent pas assurer, c’est parce que le risque est plus que grand. Il est presque certain. » Elle estime que le document commandé par le Bloc québécois pourrait influencer la suite du dossier. « C’est un début de victoire pour moi », ajoute-t-elle, évoquant aussi l’ampleur des coûts et le manque de visibilité nationale sur les impacts du projet.
Alors que l’OTC doit maintenant analyser les mémoires reçus et déterminer la suite à donner au projet, le sondage Léger et les réactions qu’il suscite confirment que la voie de contournement ferroviaire demeure un enjeu sensible pour les communautés de la région… et pour l’ensemble de la Beauce, située en aval des impacts environnementaux potentiels.
La mairesse de Lac-Mégantic, Julie Morin, a été sollicitée pour réagir aux résultats du sondage. Elle a toutefois indiqué ne pas être disponible pour commenter au moment de la rédaction.
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